Par où commencer pour partir son vignoble au Québec? Les conseils de deux vignerons, Simon Naud, du Vignoble La Bauge, et Ève Rainville, du Domaine Bergeville.

Comment partir son vignoble?

CHRONIQUE / Avouez que vous y avez déjà pensé — même brièvement. Vous balader au milieu de vos vignes en sirotant un verre de vin de votre propre cru. Posséder un vignoble est un fantasme partagé par de nombreux amateurs de vin.

Mais voilà, vous, vous l’avez mûrement réfléchi et vous songez sérieusement à vous lancer! Vous avez mis tout votre petit change de côté et vous vous avancez en toute connaissance de cause. Car faut-il le rappeler, avoir un vignoble est tout sauf un projet de retraite. En fait, cela s’apparente davantage à avoir un enfant — un enfant qui ne quittera jamais votre nid familial et qui aura besoin de vous chaque jour du reste de votre vie.

Par où commencer ?

Maintenant que vous êtes sûr que c’est réellement ce que vous voulez, par où commencer? Faut-il avoir des connaissances approfondies de la vigne et du vin? Devez-vous suivre des cours? Est-ce nécessaire de s’entourer de spécialistes? J’ai posé toutes ces questions à Ève Rainville, vigneronne au Domaine Bergeville, à Hatley, et à Simon Naud du Vignoble La Bauge, à Brigham.

1. Avant de vous jeter tête baissée — afin de saisir l’ampleur de la tâche de vigneron au Québec —, prenez le temps de travailler sur un vignoble. « Et pas juste les vendanges! », prend soin de souligner Ève, le sourire en coin. Il n’y a rien comme l’expérience terrain pour gérer les attentes et embrasser la réalité. Idéalement, une saison complète, de la taille à l’hivernisation, serait l’idéal, mais même quelques semaines vous donneront un bon avant-goût.

2. Comme point de départ, demandez-vous quel style de vin vous souhaitez produire. « Il est important de faire quelque chose qu’on aime. Ce sera votre motivation quand viendra le temps de donner le petit plus. » Ainsi, Ève recommande de goûter, goûter, goûter ce qui se fait au Québec. Bien sûr, cela passera par de nombreux achats en épiceries fines, mais aussi par la visite de vignerons, comme le propose Simon Naud.

Selon la vigneronne estrienne, le débroussaillage se fait par le sens du goût. Sauf si vous avez l’intention de produire un rouge boisé et tannique : « Alors là, vaut mieux oublier ça au Québec. Du moins, il faut partir avec l’idée que ce sera difficile ».

3. Vient ensuite la recherche du site approprié à la production de ce style. En d’autres mots, trouver la région qui amènera vos cépages à maturité. Ève propose de la choisir en fonction des degrés-jours, de la pluviométrie et du type de sol. Ces informations sont disponibles sur les plateformes gouvernementales de Statistique Canada et du MAPAQ, ainsi que sur le site des Vins du Québec notamment. Simon suggère ensuite de sélectionner la terre de prédilection d’après la composition de son sous-sol, de son drainage, de son exposition, de sa pente et de la nature de ses cultures antérieures. Cela passera idéalement par des analyses de sol, un peu comme on ferait évaluer une maison avant de l’acheter.

Si votre plan d’affaires inclut l’agrotourisme, le vigneron de Brigham souligne l’importance de s’établir à proximité de grands centres, de secteurs viticoles définis, de routes des vins et de routes passantes.

Formation académique

L’UPA offre des formations sur le vin allant de quelques jours à quelques semaines. « C’est sûr que ça reste de base. Ce n’est pas comme aller dans l’Okanagan ou en Ontario, ou encore de se former sérieusement avec un mentor de l’industrie », souligne Ève tout en insistant sur l’importance de la formation viticole — essentielle dans un contexte où le permis artisanal impose la culture de la vigne au Québec. Au niveau des vinifications par contre, il peut être possible de s’en tirer avec moins de connaissances en faisant appel à une firme œnologique.

Débrouillardise. Au rythme où les imprévus surgissent, mieux vaut avoir le système D bien alerte. Par nature, un bon agriculteur se doit d’être patenteux et doit être capable de se débrouiller avec peu.

Persévérance. « En culture pérenne, on peut attendre de 10 à 15 ans avant de voir le fruit de son travail », lance Ève qui cultive la patience aussi bien que la vigne.

Être en bonne forme physique et mentale. Travailler avec la nature est extrêmement exigeant. Cela insinue la capacité à soutenir un rythme intense et à encaisser les péripéties climatiques hors de son contrôle.

Créativité. Le vin est à la fois science et art. « Ce n’est pas une recette toute faite. Donner une couleur et faire un produit artisan exige une certaine sensibilité artistique. »

Être financièrement solide. Ainsi, le stress des premières années sera moins difficile. S’entourer d’associés peut être une avenue intéressante pour réduire le fardeau financier.

Passion. Avec le métier de vigneron vient son lot de défis. La passion deviendra rapidement votre carburant. Grâce à elle, vous parviendrez à surmonter les difficultés et parfois même, à les transformer en opportunités!