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Le Rang St-Laurent vers le nord depuis Baie-St-Paul est une superbe route vallonnée mais aussi souvent venteuse.
Le Rang St-Laurent vers le nord depuis Baie-St-Paul est une superbe route vallonnée mais aussi souvent venteuse.

Charlevoix, magane-moi

David Desjardins
David Desjardins
Collaboration spéciale
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HORS-PISTES/ J’adore rouler dans Charlevoix. La surface des routes y est souvent granuleuse, voire raboteuse, c’est vrai. Mais en termes de défi et de paysage, peu de régions peuvent se targuer d’offrir un aussi spectaculaire inventaire sur le même menu.

J’y suis parfois allé par plaisir, mais surtout pour les épreuves sportives : après avoir participé au Granfondo des Grand-Prix de Charlevoix, je me suis essayé à la course par étapes dans ce décor où la compétition ne favorise pas trop la contemplation. Chaque fois, j’en ressortais émerveillé et lessivé.

Mais je ne suis pas là pour vous raconter mes anecdotes de la ligue du vieux poêle des coureurs maîtres retraités. Plutôt pour vous convaincre d’emporter votre vélo lors de votre prochaine visite. Voire d’en planifier une spécifiquement pour rouler et profiter des nombreux visages de la région que l’on voit autrement sur deux roues, à une vitesse plus humaine. Les villages ne sont plus un décor flou. On entend les gens parler, on voit le monde vivre. Et partout où l’on s’arrête, le vélo est un formidable lubrifiant social. Ici comme dans tous les pays que j’ai visité. «Vous montez les côtes», s’étonne la caissière du dépanneur, de la boulangerie, de l’échoppe perdue au milieu des Pyrénées, de la Corse ou de la Catalogne. Ainsi débutent toutes les conversations que vous n’aurez pas lorsqu’on vous demande simplement si vous aviez aussi de l’essence à payer et à quelle pompe.

Pour me guider afin de vous y proposer quelques destinations, j’ai demandé l’aide du solide rouleur qu’est Hugo Germain. Son travail (au sein du groupe Germain, vous l’aurez peut-être deviné) l’amène sur une base régulière à Baie-St-Paul où l’entreprise possède un superbe hôtel. Il y organise un camp d’entraînement cycliste tous les printemps (le camp Hors Catégorie) et connait par cœur les routes du coin.

La boucle relax

«C’est vrai qu’il y a de la côte en masse et que ça peut être un repoussoir pour des cyclistes moins expérimentés», admet d’emblée Hugo à propos de son territoire de prédilection pour aiguiser ses compétences de grimpeur.

Il propose donc aux amateurs de sorties tranquilles d’aller jusqu’à St-Joseph-de-Rive, prendre le traversier et faire le tour de l’Isle-aux-Coudres. Une rando de 24km, sur le plat. Avec la possibilité de louer un vélo (y compris certains à assistance électrique (VAE)) chez Vélo Coudres.

À l’écart du bruit du monde

L’autre proposition de Hugo, c’est d’aller jouer dans le coin du parc des Grands-Jardins. Le temps de tester vos jambes ou la batterie de votre VAE. « On peut se stationner à la hauteur de la Zec des Martres et faire un bout sur la 381, puis revenir », propose-t-il. C’est tout un défi, mais c’est aussi l’occasion de traverser un décor où se mêlent la toundra et la forêt récemment incendiée. À quelques kilomètres se cache parfois un peu d’exotisme : «On se croirait parfois en Écosse», me dit-il.

La petite boucle

Ma première proposition de boucle fait 50km et près de 1000 de dénivelé positif. C’est une version écourtée de la seconde, plus bas, réservée aux rouleurs avec des idées de grandeur.

Pour débuter, prenez le Rang St-Laurent vers le nord depuis Baie-St-Paul, c’est une superbe route vallonnée mais aussi souvent venteuse. N’y gaspillez pas trop d’énergie parce que le premier segment de grimpe, sur le rang Ste-Croix, à droite (donc vers l’Est, s’inscrit dans la catégorie « très costaud ». Ne prenez pas peur devant le mur qui s’érige devant vous. Au pire, marchez-le. Par la suite, ça devient tout à fait vivable. Au total, c’est quand même plus de 4km à 5% de moyenne. À la fourche, prenez à gauche, vers le nord (c’est encore Ste-Croix), puis le 1er rang Est. De là, vous filez vers St-Hilarion, puis vous plongez vers le Nord jusqu’à la route du Fleuve qui vous ramène à Baie-St-Paul.

La grande virée

Je connais bien la longue sortie que propose Hugo. 110km, 2000m de dénivelé positif : ça commence à « faire de la peau », comme je dis parfois. D’autant qu’il y a la brutale côte de St-Irénée et celle du casino à franchir. Cette dernière n’est pas la plus dure, mais elle est interminable.

L’idée, donc, c’est de poursuivre son chemin vers le nord-est à St-Hilarion, rejoindre St-Aimé-des-Lacs par la rue de la Forêt, descendre vers Saint-Agnès, puis le rang St-Charles qui devient le Chemin Mailloux jusqu’à la Malbaie. «Souvent, on arrête là pour prendre une bière et manger avec de repartir », propose Hugo. Riche idée. Mais pas plus d’une bière, parce que la suite sera implacable.

On rentre donc en longeant le fleuve et parfois avec l’envie d’appeler sa mère. Mais c’est un peu l’idée : la souffrance comme monnaie d’échange. En retour, on a droit à des coins qui semblent perdus au milieu de nulle part et quelques-unes des belles vues du fleuve qui nous soient données d’apprécier.

Sans parler de la fierté, éternellement renouvelable, d’avoir vaincu la gravité.