Isabelle Pion
Les Québécois peuvent camper gratuitement sur les terres du domaine de l’État (sans statut faunique ou sans statut de protection).
Les Québécois peuvent camper gratuitement sur les terres du domaine de l’État (sans statut faunique ou sans statut de protection).

Camper sur des terres publiques... de manière ordonnée

CHRONIQUE / Camper un peu partout, çà et là, ne me viendrait pas à l’esprit. Trop douillette pour ça, je dois l’avouer. Mais quand même : les Québécois peuvent camper gratuitement sur les terres du domaine de l’État (sans statut faunique ou sans statut de protection). Ces terres publiques occupent plus de 92 % du territoire et se retrouvent principalement au centre et au nord du Québec, selon le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN).

De plus en plus de MRC souhaitent encadrer ce type de camping.

Ainsi, depuis ce printemps, la MRC de Pontiac demande un permis pour camper sur ces terres se trouvant sur son territoire, afin d’encadrer les emplacements choisis et le temps de séjour. La MRC de Pontiac s’est inspirée notamment des MRC de Matawinie et de Lac-St-Jean-Est, dont les règlements prévoient des dispositions sur le camping.

J’ai parlé aux intervenants de la MRC de Pontiac en juin, alors que celle-ci venait de lancer le projet... et avant que l’on ne soit inondé d’images peu reluisantes de ces vacanciers qui campent un peu partout au Québec. Des images, disons-le, assez décourageantes merci. 

À l’origine, l’initiative visait à contrer un problème, observe Mathieu Laroche, inspecteur en bâtiment et baux de villégiature à la MRC de Pontiac.  

Avec tous les déboires que l’on a vus dans les médias, parions que le nombre de MRC intéressées pourrait augmenter.

« Ça nous aide du côté de l’occupation sans droit, ça vient simplifier le processus. Avant, n’importe qui pouvait s’installer pendant sept mois avec une roulotte », note Mathieu Laroche.

« Avant ce règlement, on n’avait pas le pouvoir de donner des constats d’infraction », souligne-t-il en précisant que cela touche l’ensemble du territoire de la MRC.

Dans le cadre de cette mesure, les gens doivent acheter un permis en se rendant sur le site de la MRC.

« En général, c’est du camping libre. Le client choisit son emplacement. Il nous fait parvenir des coordonnées GPS. On s’assure qu’il cible un endroit où il peut être. »

Par exemple, un campeur qui veut s’installer jusqu’à 30 jours doit débourser 50 $ (plus taxes), et 150 $ pour une période entre 31 et 89 jours. Pour 300 $, les gens peuvent s’installer jusqu’à 180 jours, de mai à octobre. Le règlement encadre aussi la distance entre le campement et le cours d’eau.

Comment s’assurer que les gens qui s’installeront à cet endroit ne laisseront pas trop de traces? « C’est ce qu’on va voir cette année. C’est sûr qu’on met des barèmes qu’on demande aux gens de suivre, comme les toilettes portatives. » Il faut dire que jusqu’ici, on comptait davantage sur ces terres des roulottes ou des véhicules récréatifs. 

« On a aussi un formulaire à compléter, lorsque les gens quittent l’emplacement. On demande aux gens de fournir une photo de l’état de l’emplacement une fois qu’il est libéré, pour nous donner une confirmation qu’ils l’ont laissé en bon état sans rien laisser derrière. Ça nous permet de valider que le site est bel et bien libéré et en bon état. » 

Un projet en développement

Aux yeux de la commissaire au marketing touristique de la MRC, Chantal Lair, cette façon de faire peut aussi être vue comme une opportunité touristique, alors que les campings ont plus que jamais la cote. « Il n’y a pas assez de campings dans la région, c’est très en demande par les touristes. Dans notre MRC, on a cinq ou six campings organisés, mais il manque toujours de la place. Éventuellement, j’aimerais avoir des cartes ou de l’information disponible pour les touristes qui ne connaissent pas nécessairement la localisation. Éventuellement, peut-être l’année prochaine, c’est quelque chose qu’on pourrait travailler », fait-elle valoir, en soulignant que le secteur compte plusieurs attraits pour les amateurs de plein air dans la région. Parmi eux, la rivière des Outaouais pour le rafting et le kayak, sans compter les pistes cyclables, comme le Cycloparc PPJ, qui fait environ 92 km.

Pour le moment, la grande majorité des utilisateurs sont des pêcheurs, des quadistes et des chasseurs. « On voit déjà différents types de clientèle s’informer de nous pour des emplacements où s’installer. Ça va permettre de diversifier l’offre et la demande », estime Mme Lair. 

La recherche d’endroits où dormir en camping sauvage se multiplie dans les groupes Facebook de randonneurs et de kayakistes, parions qu’ils pourraient aussi influencer positivement cette demande.

MRC de Pontiac