Bières

Les défauts d’une bière

Chaque fois que j’ai le plaisir de partager quelques heures avec vous dans une section bière, vous me posez très souvent la même question : comment reconnaître un défaut dans une bière? Les défauts peuvent être multiples, un bon dégustateur sera en mesure de les déceler rapidement. Un consommateur peut être parfois confronté à un défaut sans s’en rendre compte. Je vous propose aujourd’hui un petit guide pratique portant sur les quatre défauts les plus communs.

Lorsque j’ai commencé à déboucher mes premières bières à titre professionnel, il n’était pas rare d’en croiser quelques-unes avec des défauts de brassage, d’embouteillage ou de stockage. En 2018, les temps ont un peu changé, mais il m’arrive encore quelquefois de tomber sur des bouteilles ayant des problèmes. Plusieurs consommateurs ne savent pas faire la différence entre une bonne bière et une bière ayant un défaut. Un truc: suivez votre instinct, il se trompe rarement.

Bière

Temps d’arrêt au Roquemont

CHRONIQUE / Sur le bord de la 367, un peu à la sortie du village de Saint-Raymond dans Portneuf, se tient l’hôtel Le Roquemont. Depuis plus de 30 ans, l’hôtel propose une trentaine de chambres pour le plus grand plaisir des cyclistes l’été et des motoneigistes l’hiver. Trente ans que l’hôtel est judicieusement placé entre les circuits de vélo et les pistes de motoneige. Trois ans toutefois que celui-ci propose une sélection de bières brassées sur place.

La première fois que j’ai posé mes valises à l’hôtel Roquemont, c’était pour y goûter la bière nouvellement brassée. On m’avait parlé d’un jeune brasseur qui prenait plaisir à brasser différents styles de bières pour une clientèle locale. Une clientèle habituée à boire de la bière « blonde », aimait-il me rappeler. On y brassait donc des bières qui valsaient entre arômes légers de céréales et amertume contrôlée. Une décision judicieuse, l’avenir lui donnera raison.

Bière

Une bière à chaque quart pour le Super Bowl

CHRONIQUE / Je suis un admirateur de football. Depuis que fiston a été accepté dans un programme sport-études de l’équipe de football de son école, on parle ballon ovale assez souvent. Ce dimanche 4 février, on sera devant la télé. J’anticipe une victoire des Eagles, elle sera difficile, mais ô combien savoureuse. Ce n’est pas pour vous parler football que je profite de cette chronique, mais de la fameuse « bouffe de Super Bowl » et ses accords bières. Je vous propose une soirée d’accords assez particulière, classée par quart de jeu. Pourquoi pas ?

1er Quart – Avantage Patriots
Un quart difficile et plein d’amertume pour les Eagles. Les Patriots rivaliseront de toutes leurs forces avec une équipe offensive en forme et un quart arrière qui n’a plus rien à perdre. Faut quand même avouer qu’il a du talent ce Brady, même avec une main sensible. Les Eagles devront donc laisser tomber l’amertume pour planifier des jeux pleins de finesse. Voilà l’occasion parfaite de se servir une NEIPA (New England IPA). Originaires de la Nouvelle-Angleterre, elles sont plus fruitées et florales que leurs cousines de la côte ouest. L’amertume y est plus fine. Prétexte parfait pour sortir un plat de nachos composé de guacamole, crème sure, fromage frais et filet de porc. Le tout arrosé de jus de lime, pour la fraîcheur.

Le mag

Cinq bières à boire

CHRONIQUE / Parfois, j’ai envie d’écrire une chronique sur la spontanéité. Le plaisir de découvrir ou faire découvrir différentes bières, sans aucune autre prétention. Que du bonheur. Ce samedi, c’est ce genre de chronique que je vous offre. Cinq bières qui font partie de la culture bière du Québec depuis des années, que je vous invite à déguster autrement !

Saison Rustique — Brasserie Dunham

Titrant 6 % alc/vol, cette bière de type saison propose une belle mousse offrant une très agréable dentelle. Au nez, la bière repose sur des arômes fruités et épicés. J’adore ce nez, c’est une invitation à se faire étancher la soif avec classe. En bouche, la bière est sèche et agréablement amère. J’aime la finale qui se compose d’un corps désaltérant et d’une petite pointe légèrement levurée. La bière s’accompagne bien d’un fromage à pâte semi-ferme et d’un petit moment de répit. N’attendez pas une occasion spéciale pour vous servir un verre et un morceau de fromage. Faites-le maintenant ! Ce sont de petits moments si agréables. 

Il existe autant d’interprétations du style saison que de bières saisons, mais dans ce cas-ci, la bière se rapproche de ce que j’aime d’une saison : simplicité et élégance. Il n’y a rien d’autre à comprendre.

Blanche de Chambly — Sleeman Unibroue

On ne présente plus cette grande dame, brassée pour la première fois en 1992, qui est devenue non pas la meilleure copie d’une bière blanche belge, mais la référence de ce qu’une blanche belge contemporaine devrait être. Elle a tout pour plaire, un nez de coriandre et d’orange qui se laisse bercer par un corps crémeux et bien rond, sur une finale légèrement céréalière, voire même un peu acidulée. Elle est encore aujourd’hui, la bière que je considère le plus souvent quand il s’agit de parler du style. Accompagnez--la d’un fromage frais de votre choix, c’est du bonheur à étaler sur un pain artisan. 

Bière

Ale ou lager?

CHRONIQUE / Il y a quelques siècles, on brassait de la bière sans avoir les connaissances nécessaires pour en contrôler la fermentation. Mais on la brassait quand même. Chaque brassin était répété les uns après les autres en espérant que le résultat soit identique. Un savoir-faire empirique qui a créé différents­ styles de bières dans le monde.

À l’ère industrielle, la science a permis d’identifier l’action des levures, mais surtout le type de levures utilisé. Elles avaient toutes des particularités bien distinctes, mais un point commun : l’appartenance à une famille, identifiée par l’action de la levure pendant la fermentation et la température ambiante nécessaire pour lui permettre de travailler : la fermentation basse ou la fermentation haute, qu’on appelle également lager ou ale.

La plus vieille des deux familles, connue pour être utilisée en brasserie, est la levure de type ale, appelée Saccharomyces Cerevisiae. Sa particularité est de bien travailler à des températures comprises entre 16 et 24 degrés Celsius. Sa cousine, de type lager, se fait souvent appeler Saccharomyces Uvarum et travaille à des températures comprises entre 8 et 12 degrés Celsius. Oui, la seconde travaille à des températures plus basses que la première. Vous venez de comprendre une des origines des termes « fermentation basse » et « fermentation haute ».

Dans la bière

Pendant la fermentation, la levure va libérer différents arômes tels que des esters et des phénols. C’est en partie ces arômes qui vont donner le caractère à la bière. Bien entendu, il faut tenir compte des arômes provenant des autres matières premières également. Si le brasseur décide de jouer avec la température de fermentation, la levure va réagir autrement, et ce parfois au degré près. Si le brasseur décide de changer la provenance de son malt ou de son houblon, l’ensemble des arômes de la bière qui définissent son caractère sera modifié si une des matières premières a changé. Mais si on compare les deux levures et qu’on devait résumer succinctement la différence sur le plan olfactif, la levure ale va offrir un profil aromatique beaucoup plus fruité et floral que sa cousine lager, alors que cette dernière laissera bien plus de place aux arômes de houblons et de céréales que sa cousine ale. C’est quand même un petit peu plus compliqué que cela.

Vous avez déjà sûrement dû entendre que la lager est très souvent blonde et que l’ale est plus forte que la lager. C’est vrai, mais c’est aussi faux. Ce n’est pas forcément une question de choix de levures, mais plutôt de lieu de production et de culture, dans les régions brassicoles où les levures ont été le plus souvent utilisées et documentées.

La fermentation basse, par exemple, est très souvent associée aux styles de bières allemands, reconnus pour offrir des bières désaltérantes, faibles en alcool et sèches en goût. Le type de levure lager provient de cette région depuis des siècles ; on associe donc très souvent les bières de type lager au savoir-faire des brasseurs allemands. Au 19e siècle, lorsque des brasseries contemporaines ont voulu offrir des bières de même style partout sur la planète, il était devenu évident d’y indiquer le terme lager, annonciateur de bière désaltérante, fraîche et bien sèche. D’autant plus qu’on utilisait­ ladite levure.

Du côté des bières de type ale, on les associe au savoir-faire anglais avec leurs bières riches, rondes, alcoolisées et souvent de couleurs plus sombres. C’est vrai aussi qu’on y brasse de la bière avec de la levure de « fermentation haute » depuis aussi longtemps que la bière existe et qu’elle peut être d’un noir opaque à un blond bien clair. 

Il est donc important de casser les préjugés et les mauvaises interprétations. Plusieurs bières riches, rondes et bien colorées peuvent être brassées avec une levure de type lager. Alors que plusieurs bières blondes, minces et sèches peuvent être brassées­ avec une levure de type ale. 

La prochaine fois que vous serez devant votre section bière préférée, trouvez quelques lagers et quelques ales, vous remarquerez très rapidement qu’il y en a de toutes les couleurs.

Bière

Le marché de la bière sans alcool

CHRONIQUE / Quel excellent prétexte que de proposer quelques bières sans alcool pour ma première chronique de l’année. Que vous ayez fait des abus ou non, vous êtes plusieurs à m’avoir demandé s’il existait de bonnes bières sans alcool. La réponse est oui et le marché risque d’en voir en arriver d’autres.

Même si je propose cette chronique après le temps des Fêtes, prétexte à l’abus, boire une bière sans alcool n’est plus uniquement l’alternative de l’alcoolique repenti. C’est surtout la décision de consommateurs soucieux de boire de la bière, sans avoir les effets de l’alcool. Les conducteurs désignés et les femmes enceintes sont à la recherche de produits de qualité, par exemple. 

Un peu de technique

Au Canada, une bière « sans alcool » est considérée comme une bière ayant une teneur en alcool inférieure à 0.5% alc/vol. Il suffit donc au brasseur de s’assurer que son produit ne dépasse pas le maximum permis. 

Pour brasser une bière sans alcool, il existe deux principes très simples : on brasse une bière et on retire l’alcool après fermentation ou on brasse une bière et on s’assure qu’elle ne produise pas d’alcool pendant la fermentation. La seconde technique semble être de plus en plus populaire, mais pas encore très accessible. Je m’arrêterai donc sur la technique de brassage, de fermentation et d’élimination­ de l’alcool.  

La première technique consiste à éliminer l’alcool par évaporation. L’alcool, sous l’effet de la chaleur, s’évapore à des températures plus basses que l’eau. C’est le principe de la distillation. Pour retirer l’alcool, il suffit donc de chauffer sa bière. Mais il y a un gros problème, plus on chauffe la bière, plus on diminue ses saveurs. Voilà pourquoi de très nombreuses brasseries utilisent le principe de chauffe dans un environnement sous vide, permettant de diminuer considérablement la température d’évaporation de l’alcool et de préserver au maximum­ les saveurs de la bière.

La seconde technique est appelée osmose inversée. On passe la bière dans une centrifugeuse qui contient un filtre tellement fin que seuls l’alcool et l’eau peuvent traverser ce filtre, concentrant les sucres et autres matières premières en un sirop. Il suffit d’y rajouter de l’eau, à la même concentration qu’avant filtration et vous avez une bière sans alcool. 

Comme expliqué précédemment, l’autre principe consiste à brasser une bière et à fermenter celle-ci sans que le produit final ne dépasse 0.5% alc/vol. On peut y aller de fermentation courte, de dilution du produit, de levures très faiblement atténuantes, etc. Toutes ces techniques sont observées par bon nombre de microbrasseries, car elles permettraient de produire des bières sans alcool, à faible coût. Le marché est encore très jeune.

BitBurger Drive

De style Pilsner, cette bière sans alcool offre des saveurs assez marquées qui permettent de rappeler le style. On y retrouve un nez léger de céréales, des houblons bien herbacés et un petit arôme légèrement sulfurisé, typique du style. Elle est souvent proposée dans différents bars, suggestion pertinente, car assez agréable pour sa catégorie.

Krumbacher Pilsner Alkoholfreies 

De même style que la BitBurger, on y retrouve également les notes céréalières au nez et une légère amertume en bouche. La bière offre un corps assez satisfaisant pour devenir une belle alternative aux bières de même style et de même provenance, mais alcoolisées. 

Weihenstephaner HefeWeissbier Alkoholfrei

Voilà une Weizen qui risque d’en surprendre plus d’un(e). Je l’ai déjà servie, à l’aveugle, à plusieurs convives et le manque d’alcool ne s’est pas fait sentir aux premières gorgées. Non seulement cette bière offre du corps et une bonne présence en bouche, sans oublier le nez typique de la levure, mais en plus, la légère minéralité du blé utilisé se laisse observer au point d’en offrir une bière rafraîchissante qui dominerait la catégorie dans des concours à l’aveugle. 

Weihenstephaner Original Alkoholfrei

De la même brasserie, cette Helles sans alcool propose de belles notes de céréales, assez proches de ce que l’on retrouve dans les bières de même style, mais surtout une incroyable présence en bouche sur une note légèrement sucrée. Une excellente alternative aux bières alcoolisées.

IPA sans alcool 

La microbrasserie Bockale, de Drummondville, nous a sorti une IPA sans alcool, en canette, il y a quelques mois. Un ovni brassicole dans ce monde des IPA bien alcoolisées et riches. Plusieurs l’ont goûtée et sont restés surpris. C’est tout simplement bon. On retrouve les belles notes d’agrumes des houblons, sur un corps mince, mais pas trop aqueux, et une finale bien amère et équilibrée. Une alternative­ très sérieuse à considérer. 

Bière

Une année marquante

CHRONIQUE / Il est toujours très difficile de déterminer si une année sera marquante pour l’avenir, d’autant plus si celle-ci n’est pas encore tout à fait terminée. Mais je me lance quand même. L’exercice est intéressant, car je me promets de relire cette chronique dans cinq ans. Et de toute façon, il y a eu assez d’événements marquants cette année pour que je ne prenne pas trop de risque…

L’achat de Trou du Diable

2017 est l’année de l’achat de la brasserie Trou du diable par la division Six Pints de Molson-Coors. Presque tout a été dit et écrit. Je retiens par contre l’incroyable tsunami d’émotions qui s’est jeté dans la baie des brasseurs, ce 9 novembre 2017. Le milieu de la bière au Québec en est un de fraternité, d’entraide et de passion. De très nombreuses amitiés s’y sont créées et plusieurs brassent pour le plaisir de vivre d’une passion. On ne fait pas fortune dans la bière. L’acquisition de Trou du Diable vient donc marquer la perte d’un frère d’armes pour plusieurs. Elle vient surtout marquer la volonté de plusieurs brasseurs d’insister sur le caractère indépendant de leur brasserie. 

Indépendance ne rime pas forcément avec qualité. Par contre, le consommateur est de mieux en mieux informé sur l’origine des produits qu’il achète et le type d’entreprise qui produit la bière. Le courant est nouveau, il prendra de plus en plus d’ampleur en 2018.

La qualité de la bière

Il y a 10 ans, de nombreuses bières avaient tendance à être follement enthousiastes à leur sortie de la bouteille, au point d’offrir un magnifique geyser dont on se serait bien passé. Un défaut assez populaire qui soulignait le manque de rigueur ou de métier de la brasserie. Aujourd’hui, il est de plus en plus rare d’être confronté à ce phénomène. Un signe flagrant d’une amélioration globale de la qualité des bières dans le domaine de la microbrasserie. 

Dix ans, dans le monde de la bière, c’est long. La volonté de l’Association des microbrasseries du Québec (AMBQ) d’offrir un programme qualité à ses membres semble avoir marqué l’ensemble de l’industrie. Il faut également dire qu’en 10 ans, de très nombreuses brasseries ont acquis de l’expérience et de l’expertise qui se manifestent dans la bouteille. L’année 2018 devrait être sous le même signe. On assistera également à l’implantation du logo « Qualité Microbrasserie Québec » et à son acceptation par les consommateurs.

La canette

Le format canette ne fait plus peur. Il était temps. Pendant de très nombreuses années, le consommateur voyait la canette comme le contenant associé aux bières de fabrication industrielle, vide de saveurs et de goûts. Le marché américain de la microbrasserie a souhaité voir la canette profiter d’une meilleure réputation et le pari semble gagné. On peut enfin retrouver un large profil de saveurs en canette. Mention spéciale pour les India Pale Ale qui ont su se démarquer cette année.

Les nouveautés

Encore une fois, 2017 est sous le signe de la nouveauté. Plus de 600 nouvelles bières ont rejoint les tablettes de vos détaillants préférés. C’est beaucoup. Je dirais même que c’est trop. La roue infernale de la nouveauté dans le but de se faire remarquer tourne bien trop vite, au risque de perturber le marché. Le consommateur, habitué à découvrir de nouvelles bières, commence à développer des habitudes d’achat liées uniquement à la nouveauté. Les brasseries se sentent donc obligées d’en produire encore et encore. La roue tourne. Considérant que le marché de la microbrasserie est encore en mode acquisition de nouveaux consommateurs, le phénomène ne se fait pas encore sentir. L’année 2018 et celles subséquentes seront déterminantes. Sommes-nous en fin de cycle de croissance ? 

Les détaillants

Devant ce phénomène particulier de l’attrait de la nouveauté, plusieurs brasseries ont dû se renouveler, mais surtout surprendre leurs clients. Plusieurs brasseries n’ont pas hésité à développer de nouveaux produits, favorisant le caractère exclusif de ceux-ci, plutôt que la disponibilité habituellement négociée auprès des détaillants, au risque de créer deux types de marchés : le détaillant spécialisé qui profite de toutes les tendances et le détaillant « classique » qui ne peut en profiter. L’année 2018 sera donc celle de la segmentation des marchés. On va commencer à voir des détaillants qui refuseront de vendre des bières de microbrasseries si celles-ci ne leur proposent pas les produits les plus populaires. C’est le tournant le plus important qui se profile à l’horizon. 

Bière

Dinde, canneberge, tourtière, bûche et bière

CHRONIQUE / Je n’allais quand même pas passer à côté de l’occasion de vous offrir quelques suggestions d’accords bières et mets avec le repas traditionnel de Noël. Non seulement la bière aime fêter Noël, on l’a vu dans une précédente chronique, mais en plus, la bière sait comment fêter la veillée de Noël. Alors, sortez vos plus beaux verres à vin, ce soir, on boit de la bière.

La dinde

La volaille préférée du temps des Fêtes. On la prépare entière, farcie ou découpée. On la servira uniquement en filet ou en rôti. Personnellement, je la préfère entière pendant la veillée de Noël, façon bouchée à la reine le lendemain et bouillon de volaille pour les jours suivants, avec une petite résolution du jour de l’An qui nous fait oublier la troisième assiette qu’on prend toujours par gourmandise. Le plus souvent, la dinde est accompagnée d’une sauce à fond brun. On y retrouve un fond de bœuf, de la muscade, des échalotes ou des oignons et du beurre. La sauce classique.

Si vous aimez votre dinde nature, je vous invite à essayer quelques bières de type Blonde Ronde, elles sont reconnues pour laisser une belle impression de sucre résiduel en finale et une impression légèrement plus alcoolisée. Elles ne sont pas amères, la volaille nature n’aime pas l’amertume, on apprécie alors mieux la juste cuisson de sa chair. J’en profite également pour vous inviter à trouver une volaille élevée à l’air libre, sans antibiotique, mais surtout qui a eu le temps de prendre du poids qui sera conservé pendant la cuisson.

Si vous accompagnez la dinde d’une sauce à fond brun, n’hésitez pas de vous servir une Brune Douce, par exemple. Les notes de pain grillé, biscuit et caramel accompagnent très bien la volaille en sauce. C’est un accord simple, mais ô combien efficace !

Le lendemain, la bouchée à la reine se fera un plaisir de marier ses saveurs de champignons et de crème avec toute bière de type Blanche Douce. Légèrement minérale, elle présente de belles notes céréalières, relevées par une levure qui se démarque. Un accord complémentaire qui n’hésite pas à surprendre. 

La dinde est souvent accompagnée d’une purée de pommes de terre, celle-ci doit être judicieusement assaisonnée. On peut y retrouver des notes d’herbes fraîches au goût, de l’ail et du fromage frais, pour ceux qui veulent lui donner une petite texture crémeuse et des arômes typiques de lait frais. Les bières mentionnées ci-dessus seront parfaites avec la purée. On a un trio gagnant.

La tourtière

Voilà plus de 17 ans que je vis au Québec et s’il y a bien une chose que j’ai comprise, c’est que la tourtière du Lac-Saint-Jean, le cipaille et la tourtière du Québec, ce n’est pas la même chose. C’est une question de viande, de coupe, mais aussi d’assaisonnements.

La tourtière, que beaucoup de Québécois préparent ou achètent sous la forme d’une tarte, est avant tout un pâté à la viande qui est composé d’un mélange de viandes hachées (porc, veau et parfois bœuf) et d’épices telles que la muscade et la cannelle. En gastronomie, une préparation de viandes assaisonnées et cuites dans une pâte à tarte circulaire est appelée tourte. Parlons donc de tourte. Plusieurs types de bières s’accordent bien avec l’assaisonnement de la tourte. Les bières de Noël offriront un accord explosif, sur les épices. Les bières de type Blonde Douce ou Ambrée Douce présentent une légère amertume et un corps mince, pour rincer les papilles, après chaque bouchée. La panoplie de bières est assez large.

Du côté du Lac-Saint-Jean ou de la Gaspésie, la tourtière est préparée dans un plat allant au four. Il est composé de plusieurs morceaux de viandes différentes (porc, veau, volaille), de pommes de terre, de légumes variés (chaque famille a sa recette) et de bouillon de volaille. On y ajoute du sel et du poivre au goût et on recouvre le tout d’une pâte ressemblant à une pâte feuilletée. La cuisson est lente et les saveurs se mélangent. Encore une fois, ce sont les bières douces qui se marient le mieux, laissant toute la place aux saveurs de la viande et évitant de surcharger vos papilles à chaque bouchée. Quelle est la différence entre le cipaille et la tourtière du Lac-Saint-Jean ? Après 17 ans, dont de très nombreuses en tant que gourmand professionnel, personne n’a encore été capable de m’expliquer clairement la différence et cela semble être aussi compliqué que de s’entendre sur la définition du pâté chinois. Tant que j’en mange…

La sauce aux canneberges

Certains d’entre vous auront une sauce aux canneberges sur la table. Elle est préparée avec des canneberges, du sucre et du jus de citron. Je vous invite à l’essayer avec des bières de type Noire Douce ou Noire Ronde. La torréfaction des céréales s’accorde très bien avec l’acidité du fruit. Accord de contraste par excellence, vos convives seront très surpris.

La bûche de Noël

Chocolat, caramel, encore du chocolat et on finit avec une couche de caramel au chocolat. La bûche traditionnelle de Noël présente avant tout des notes de chocolat. Avec le chocolat, on continue sur les bières Noire Douce ou Noire Ronde, on passe donc d’un accord de contraste à un accord de complémentarité.

J’en profite pour vous souhaiter un excellent temps des Fêtes bien entouré­. Santé !

Les suggestions de bières de Philippe Wouters sont basées sur le système de classification de la bière : les capsules sensations. Plus d’informations : www.capsules-sensations.info

Bière

Des cadeaux pour l’amateur de bière

CHRONIQUE / Si vous êtes comme moi, vous n’avez pas encore acheté vos cadeaux de Noël. Après tout, il reste huit jours. C’est sept de plus que nécessaire ! Mais quoi offrir à l’amateur de bière ? Voici quelques suggestions que je vous propose, pour tous les budgets.

Une sélection de bières

Le cadeau le plus populaire. Faites confiance à votre conseiller bière préféré et demandez-lui de sélectionner des bières en fonction de votre budget. Si celui-ci connaît bien son métier, il vous posera quelques questions sur les goûts personnels de la personne qui recevra votre coffret cadeau. Une belle façon d’agrémenter la sélection est de la placer dans un cul de poule, il suffira d’y ajouter de la glace pour rafraîchir le tout. Un clé en main. (Prix variable) 

La caisse d’hiver de Dieu du Ciel !

Bière

Six brasseries à surveiller en 2018

CHRONIQUE / Il ne reste que quelques jours à l’année 2017. Elle aura été riche en actualités brassicoles. Que nous réserve 2018 ? Fort probablement une année pleine de nouveautés, de nouvelles brasseries et de nouveaux projets, comme les années précédentes. Mais si vous ne deviez surveiller que six brasseries, quelles seraient-elles ?

PIT CARIBOU, ANSE-À-BEAUFILS
La brasserie qui a réussi, en 2017, à faire changer les règlements liés au brassage de la bière pour libéraliser la fermentation naturelle et réellement sauvage. Autrefois, la main de l’homme ne touchait jamais la levure, celle-ci était ensemencée par un procédé naturel du contact du moût avec l’air ambiant. En cette ère contemporaine, la levure est ajoutée par le brasseur, dans le but de produire une bière proche d’un style d’inspiration ou d’un profil particulier. Au Québec, il était interdit d’ensemencer son moût naturellement. La brasserie a réussi à démontrer, avec l’aide de la communauté, que l’ensemencement naturel et sauvage est un procédé tout aussi sain que l’ensemencent à la main. 2018 sera donc l’année de la levure sauvage et, si on se fie aux produits qui sont apparus sur les tablettes au cours des dernières semaines, nous aurons droit à des produits de cultures variées aux profils­ aromatiques tout aussi variés.

BRASSEURS ILLIMITÉS, SAINT-EUSTACHE
Une brasserie dont on n’entend pas beaucoup parler, mais qui, dans les prochaines semaines, va augmenter considérablement sa capacité de production, de fermentation et de stockage. Un changement de l’image et des étiquettes est également en transition. Brasseurs illimités jouit d’une bonne réputation auprès des détaillants, car elle a développé, depuis plusieurs années, une relation axée sur le partenariat. Son portefeuille de produits est varié et apprécié par de très nombreux consommateurs. Bref, une brasserie qui n’est pas très souvent citée par les amateurs les plus avertis, mais qui a déjà démontré qu’elle savait très bien où elle s’en allait. À suivre.

BIÈRERIE SHELTON, MONTRÉAL
Darryl Shelton est connu dans le milieu des brasseurs amateurs pour avoir gagné de très nombreux concours ces dernières années. En 2017, il a décidé de se lancer en affaires et de développer ses recettes en partenariat avec la brasserie Oshlag, offrant ses installations à de nombreuses « brasseries » montréalaises. Les amateurs ont pu déguster, entre autres, la NEIPA, la Saison sure houblonnée et très prochainement l’Imperial Stout. Dans la catégorie des bières très houblonnées, la concurrence est rude et difficile. Sans compter qu’il est de plus en plus difficile d’attirer le regard du consommateur averti, de moins en moins fidèle, excité par tant de nouveautés. Mais Shelton arrive à tirer son épingle du jeu en offrant des bières justes, bien équilibrées et « tendance ». Darryl a déjà démontré plusieurs fois qu’il arrivait à lire le marché des bières tendance. Je lui souhaite beaucoup de plaisir en 2018.

BRASSERIE AUVAL, VAL-D'ESPOIR
Benoit Couillard, propriétaire et brasseur de la Microbrasserie Auval­, a toujours voulu garder le brassage artisanal à échelle humaine. Voilà pourquoi sa brasserie n’est pas en mesure de répondre à une demande bien plus forte que l’offre. Car la brasserie jouit d’une excellente réputation qui ne dérougit pas. De très nombreux amateurs avertis parcourent des kilomètres pour mettre la main sur quelques bouteilles, partout au Québec. 2018 sera-t-elle sous le même signe ? Est-ce qu’il sera toujours aussi difficile de trouver ses produits ? Susciteront-ils toujours autant d’intérêt ? Le marché de la bière se régionalise, la brasserie Auval est un magnifique exemple de développement du terroir et de l’artisanat dans un contexte plus proche de l’artisan boulanger que de la boulangerie semi-industrielle. Un dossier à suivre avec intérêt l’année prochaine.

LAGABIÈRE, SAINT-JEAN-SUR-RICHELIEU
Lorsque les frères Laganière ont décidé de produire leur IPA Ta Meilleure en canette, ils ne s’attendaient pas à un accueil aussi favorable auprès des amateurs du style. Et quand vous passez à la caisse et vous voyez que la bière est vendue à un prix tout à fait raisonnable, vous n’hésitez pas à en recommander. Un « success story » qui a propulsé Lagabière sur l’échiquier des brasseurs d’IPA tendance. 2018 sera donc une année charnière pour cette jeune brasserie de la Rive-Sud de Montréal. On devrait être très agréablement surpris des différents produits que nous réserve la brasserie, surtout pour l’été 2018. Avez-vous goûté Ta Plus Meilleure ? Me semble qu’elle sera « encore plus meilleure » en canette.

MICROBRASSERIE BEEMER, ROBERVAL
Connaissez-vous la Micro­brasserie Beemer ? Fort probablement que vous n’en avez jamais entendu parler. J’ai choisi la brasserie Beemer comme symbole de tout nouveau projet qui s’installe en région et qui décide de distribuer ses bières dans son marché local. Beemer, c’est l’histoire de passionnés qui se lancent en affaires et ouvrent leur brasserie à Roberval en 2017. J’ai eu l’occasion de les visiter et de goûter leurs produits. J’ai adoré leur pilsner; elle n’a rien à envier à certaines interprétations québécoises. Lâchez-leur donc un coup de téléphone, me semble que 2018 devrait être une excellente année pour les gars de Beemer et qu’on pourrait en trouver un peu chez les détaillants spécialisés. N’est-ce pas justement le rôle des détaillants spécialisés de nous dénicher des produits régionaux ?