Dans le salon de Triftine, tout est <em>vintage</em> (plus de 20 ans d’âge) : chaises en rotin avec pattes en or brossé, tapisserie de haute-lisse vendue par une artisane de Québec, seau à glace de style <em>mid-century modern</em>, vase en <em>milk glass</em>, objets en laiton et poteries, coussin en fourrure trouvé à 3 $ et tapis en peau de vache acheté dans une fermeture de marché aux puces en Beauce.
Dans le salon de Triftine, tout est <em>vintage</em> (plus de 20 ans d’âge) : chaises en rotin avec pattes en or brossé, tapisserie de haute-lisse vendue par une artisane de Québec, seau à glace de style <em>mid-century modern</em>, vase en <em>milk glass</em>, objets en laiton et poteries, coussin en fourrure trouvé à 3 $ et tapis en peau de vache acheté dans une fermeture de marché aux puces en Beauce.

À la chasse aux trésors usagés [PHOTOS]

La saison des déménagements bat son plein. C’est l’heure de partir à la chasse au trésor de seconde main! Entrons dans l’univers de jeunes brocanteurs branchés qui partagent leur passion pour les objets qui ont du vécu.

Courir les brocantes, les antiquaires, les marchés aux puces, les ventes de garage, les trottoirs et éplucher les petites annonces pour dénicher des perles rares ne sont pas des pratiques nouvelles. Mais la tendance de la déco vintage a pris de l’ampleur dans les dernières années et la recherche de mobilier et d’accessoires usagés s’est accrue. C’est du moins le constat du rapport Kijiji publié en novembre 2019, qui montre que l’indice d’intensité de l’économie du seconde main (nombre moyen d’objets que chaque Canadien a vendus ou délaissés au cours de l’année) est passé de 76 à 82 depuis 2014.

Sur Instagram, plusieurs comptes consacrés à la vente d’objets de seconde main ont émergé récemment. Parmi ceux-là, citons Triftine, Le Petit Couture et La Petite Vintage, qui le font par pure passion parallèlement à leur emploi régulier. L’esthétisme léché qui se dégage de leur page donne envie d’adopter la déco bohème vintage à la maison et de mettre du rotin partout. L’entrepreneure derrière Triftine observe que ce qui est nouveau, surtout, c’est que des gens qui n’étaient pas «gagnés d’avance» ont joint le mouvement. Des personnes de tous âges, qui achetaient de l’usagé avant car ils étaient moins fortunés, le font maintenant par plaisir. «C’est beau de voir ça!» se réjouit la fille qui thrift depuis 20 ans et qui a démarré sa petite entreprise il y a plus d’un an.

«Quand je me retrouve au marché aux puces, dans une brocante, un vide-grenier ou une friperie, je prends vraiment le temps d’observer, de m’émerveiller, de m’amuser. Mon cœur d’enfant n’est jamais bien loin, ça me permet d’être créative et de voir le potentiel dans les “guenilles” des autres!» indique Marie-Pier Bureau.

Lauriane Bergognon, alias La Petite Vintage, a elle aussi lancé son compte Instagram il y a plus d’un an et a vu son nombre d’abonnés doubler depuis le mois de mars. «Le confinement a été pour tout le monde une période de remises en question sur la façon de consommer et je pense que plusieurs se sont tournés vers les achats de seconde main.»

Quant à Jean-François Couture, soit Le Petit Couture, il a aussi l’habitude de fréquenter les marchés aux puces depuis son jeune âge. Aujourd’hui, son décor est composé à environ 90 % d’objets recyclés ou de seconde main. Il a lancé sa page Instagram l’an dernier et dit en voir émerger de nouvelles chaque semaine. «Je pense que chacun a sa particularité, son créneau. On s’échange même des trésors entre nous», dit-il.

Matières naturelles et slow design

C’est unanime chez les trois brocanteurs, ce sont les matières naturelles qui ont la cote : on s’arrache ce qui est en rotin, en osier, en lin, en bois. On recherche aussi les meubles en noyer et en teck de style mid-century modern, le laiton, la céramique de Beauce, les pierres naturelles comme le grès et le marbre. «On retourne beaucoup à ce qui est naturel et qui relève de l’artisanat, comme un lin tissé manuellement ou une poterie tournée à la main», remarque Triftine. Ça incarne bien le slow design, selon elle, car non seulement ces objets sont de seconde main, mais ils ont été conçus lentement. «C’est long à faire, une poterie!»

Dans cette salle de bain en mode <em>slow living</em>, on retrouve des objets en zinc et en laiton qui ont vieilli dans des tons différents : une carafe faite en Italie en 1983 trouvée dans une vente de garage, un porte-bougie, un éteignoir et un miroir asymétrique de style <em>mid-century modern</em>.

Le vintage est donc plus qu’une tendance. «On prend conscience des choses, et ça ne peut pas être juste quelque chose d’éphémère», selon Lauriane. Elle va même plus loin en affirmant que «le slow design ce n’est justement pas une mode, c’est une anti-tendance, c’est revoir notre mode de consommation».

Marie-Pier Bureau, propriétaire de Design DB Conception d’espaces écoresponsables, abonde dans le même sens. «Pour moi, le slow design réside principalement dans le fait de ralentir», affirme la designer et adepte du seconde main. «Accepter que notre intérieur soit en constante évolution en prenant le temps de trouver ce dont on a besoin en faisant des recherches seconde main, c’est réutiliser et transformer des objets qui existent déjà et diminuer la quantité de déchets qui se retrouvent à l’écocentre. Ça permet en plus de créer des intérieurs authentiques, écoresponsables et économiques.»

Avis aux chineurs et chineuses

Design DB, en collaboration avec l’écopreneure Authentique Andréanne, organise un deuxième vide-grenier, qui a lieu ce samedi ou remis au lendemain (28 juin) en cas de pluie. Pour plus d’infos, consultez la page Facebook de Design DB

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DES OBJETS QUI ONT UNE ÂME

Les brocanteurs et brocanteuses d’Instagram revalorisent les objets en créant un «théâtre à objets», comme aime le dire Triftine. En ajoutant de la végétation ou quelque chose d’inspirant, «on comprend la beauté de l’objet». À son avis, les plus beaux spécimens, surtout ceux que l’on retrouve dans la cuisine, sont rarement ceux qui sont neufs. «Une cuillère en bois avec une patine, c’est dur à battre. En plus, c’est toujours plus durable. Si elle a déjà survécu 40 ans, il y a des chances qu’elle ait encore 40 ans devant elle.» Pour elle, remplir sa maison d’objets vintage est synonyme de bonheur. «Quand tu trouves un trésor dans une pile de débris, il va immédiatement faire une étincelle. Les yeux brillent, le cœur bat vite. Chaque fois qu’on les voit, on a un peu cette palpitation-là, cette joie-là.»

Sur ce comptoir, on retrouve un presse-agrume et un bol en poterie de Beauce, une chope à bière chinée en Nouvelle-Zélande servant de porte-ustensiles et le classeur doré servant initialement à y déposer le courrier sont utilisés ici comme porte… rôtie!

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LE PARFAIT ROAD THRIFT 

Comme on voyagera beaucoup au Québec cet été, pourquoi ne pas organiser un road thrift (expression empruntée à Triftine)? En plus de voir du pays, on revient à la maison avec de la jolie déco et on se couchera peut-être moins niaiseux. Car en effet, chaque région a ses spécialités vintage.

«C’est beau de voir qu’en Beauce, il y a la céramique de Beauce et près de Lévis, il y a beaucoup de Baribocraft, une usine dans les années 50 qui faisait du bois artisanal, des arts de la table en teck.»

Avant de partir, Triftine recommande de faire une liste de matières et de couleurs que l’on recherche. Ensuite, on cible des antiquaires, des salons d’artisans et autres que l’on aimerait visiter. On se rend sur place, le matin pour être dans les premiers acheteurs ou le soir pour profiter de certaines aubaines. On n’hésite pas à discuter avec les vendeurs, qui pourront nous en apprendre sur les objets et la région, mais aussi qui nous permettront de faire de belles trouvailles.

«Il y a toujours un ou une antiquaire quelque part qui, en jasant avec, va trouver un trésor de derrière les fagots qu’il ne va pas montrer. Des fois les antiquaires vont même t’envoyer ailleurs, d’un endroit à l’autre. Ils se connaissent.»

Banc en rotin, vase en <em>milk glass</em> et laiton avec gravure, des matériaux très en demande dans la tendance <em>vintage</em>.

Le Petit Couture conseille également d’être à l’affût des ventes de garage annoncées sur MarketPlace et dans les sous-sols d’église. Il déniche également de beaux trésors dans la rue, mais attention aux puces de lit, qui peuvent se retrouver dans les meubles. Pour sa part, il ne récupère rien qui comporte coussins et tissus, et si le meuble est en bois, il lui offre un traitement avant de le faire entrer dans la maison.

Aux alentours du 1er juillet, on peut facilement tomber sur le jackpot. «Tous les jours, je me balade et je trouve quelque chose», assure La Petite Vintage, qui vit dans le quartier Saint-Sauveur. «J’ai récupéré une chaise, il va falloir complètement que je la sable. Vu comme ça, elle était à jeter, trop vieille. Mais finalement, c’est très peu de travail pour récupérer un objet qui peut avoir une valeur inestimable.» Avant de jeter quelque chose, selon elle, il faut penser que cet objet pourrait très bien avoir une nouvelle vie et une grande valeur pour quelqu’un d’autre. 

Avant de partir en road thrift

S’inspirer sur Pinterest, Instagram, dans les magazines de déco, etc.
S’asseoir dans son décor et l’observer. Imaginer ce qui s’y intégrerait bien.
Dresser une liste des matières, des couleurs et de certains objets que l’on recherche.
Prendre des mesures.
Créer son itinéraire en ciblant des antiquaires, des brocantes, des ateliers d’artisans, des ventes de garage, etc.
S’informer des heures d’ouverture avant de se présenter sur place.

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CARNET D'ADRESSES

Si l’on n’a pas l’envie ou le temps de partir en escapade, on peut se tourner vers des passionnés de la région de Québec qui le font pour nous et qui partagent leurs trouvailles sur Instagram.