La mycologue Yolande Dalpé arpente forêts et sous-bois à la recherche de champignons.
La mycologue Yolande Dalpé arpente forêts et sous-bois à la recherche de champignons.

À la chasse aux champignons

Catherine Morasse
Catherine Morasse
Le Droit
Dans la région, le club des Mycologues amateurs de l’Outaouais, bon an mal an, regroupe plus de 200 membres qui prennent part à ses événements et partent, ensemble, scruter les boisés, soulever les feuillages et retourner les troncs morts pour trouver amanites, cèpes et girolles. « C’est de plus en plus prisé », assure Yolande Dalpé, mycologue professionnelle qui a travaillé sur les interactions entre les plantes et les champignons pendant 35 ans pour Agriculture Canada.

Ce que l’on aime ? Il y a évidemment le plein air, l’aspect familial, et le côté érudit qu’implique l’étude de ces curieux organismes, ni végétaux, ni animaux. « Et bien sûr, il y en a qui ont la gastronomie en tête », sourit-elle. Au chapitre des plaisirs culinaires, on peut trouver en Outaouais, entre autres, des bolets, des pieds-de-mouton, des pleurotes que l’on cueillera sur des morceaux de bois mort, des agarics — le cousin du champignon blanc d’épicerie —, des cèpes… À noter que les chanterelles aiment les grandes chaleurs et connaissent la fin de leur période d’abondance à la mi-août. Séchées, elles deviennent si goûteuses que certains adeptes les font vieillir comme des vins. pendant 5, 10, 25 ans…

La mycologue Yolande Dalpé n'hésite pas à partager sa passion pour les champignons.

Avec une pelle ou un couteau et un sac comme seuls équipements, la mycologie a l’avantage d’être un loisir scientifique accessible — pourvu que l’on soit prêt à se familiariser avec un nouveau vocabulaire complexe, et à faire ses recherches. Leur caractère fluctuant les rend plus difficiles à identifier que les plantes ou les oiseaux. Et deux spécimens très semblables, comme la morille et le gyromitre, peuvent être l’un comestible, l’autre toxique. Pour les manger, dans le doute, s’abstenir…

Ce qui surprend le nouveau mycologue : « la variété », répond sans hésiter Mme Dalpé. Dans un petit espace du boisé Deschênes d’Aylmer, simplement en scrutant le sol, quatre espèces ont rapidement été identifiées mercredi après-midi — par la mycologue, certainement pas par Le Droit. En Outaouais, « seulement pour les champignons visibles à l’œil nu, on a en tout 2000, 2200 espèces différentes. Tu vois, au Québec, on répertorie à peu près 3500, 3800 espèces observées et récoltées. »

En Outaouais, on dénombre plus de 2000  espèces différentes de champignons visibles à l'oeil nu. 

« Mais ça, ce n’est peut-être que 20 % de ce qui existe. » Et le reste ? « C’est parce qu’on ne les a pas encore vus ! » Parmi la fonge encore inexplorée, certaines espèces pourraient avoir un potentiel énorme. « Que ce soit en médecine, en gastronomie, en pharmacie… Des champignons pourraient servir de combustible ou pour la dépollution des sols. C’est fascinant ! »

Par exemple, on arrive à décontaminer des terrains grâce au pleurote. Le basidiomycète en forme de demi-cercle peut absorber des métaux lourds et des résidus de pétrole et d’hydrocarbures. « C’est sûr qu’après, il est peut-être moins bon à manger ! » rit Yolande Dalpé. Au Québec, à l’heure actuelle, on mène aussi des recherches « très prometteuses » sur l’efficacité du champignon responsable de la rouille pour limiter la propagation des nerpruns, des arbres envahisseurs omniprésents dans le sud de la province et dont la progression inquiète de plus en plus les gestionnaires de l’environnement.

Qui sait, on pourrait peut-être un jour voir ce projet s’importer en Outaouais. En parlant du loup : il y avait plusieurs nerpruns dans le boisé Deschênes…

Avec qui ?

Les Mycologues amateurs de l’Outaouais prévoient une première sortie le 22 août prochain, à Bowman. Les places sont limitées à 30 participants, et l’activité est sujette à une annulation si les consignes de la santé publique sont impossibles à respecter. Même conjugaison au conditionnel pour les deux sorties suivantes, prévues le 6 et le 19 septembre. Le grand public peut y participer ; il faut être membre du club (20 $ par individu, 30 $ par famille). Le Salon du champignon, prévu le 20 septembre à la forêt Boucher, est toujours au calendrier

Renseignements : www.mao-qc.ca

Où ?

« Il y a beaucoup d’endroits ici, tout près ; on n’a pas besoin d’aller au bout du monde », illustre Yolande Dalpé. Il est interdit de cueillir quoi que ce soit dans le parc de la Gatineau, mais ces interdictions n’existent pas sur les zones qui appartiennent à la ville de Gatineau. Pour le reste, tout dépend du champignon que l’on cherche, car c’est l’habitat qui dirige la diversité fongique. Par exemple, les pinèdes matures abritent des cèpes et des bolets — on trouve notamment ce type de végétation dans les environs de Danford Lake. « Ça n’a pas besoin d’être une énorme pinède, une seule acre suffit. »

Quand ?

Les champignons poussent toute l’année, mais parce que la chaleur les fait pourrir rapidement — parfois en quelques heures à peine —, on préfère généralement en faire la cueillette en septembre et en octobre. Tout de même : on peut se lancer à l’aventure n’importe quand ; les chances d’en trouver augmentent si l’on attend trois ou quatre jours après une bonne pluie. Comme leur durée de vie est courte, leur présence change rapidement. On peut revenir à un même boisé ou à un même pré chaque semaine et y découvrir de nouveaux spécimens dans de nouveaux emplacements chaque fois.

Comment ?

Les ressources en ligne poussent comme des… champignons. Le choix de l’experte : l’application Champignouf, qui identifie les spécimens à l’aide d’une photo avec assez de précision. On peut aussi trouver son compte avec des programmes anglophones comme Shroomify et Fungus.