Science

Mythes et vérités sur les régimes

Perdre du poids, mais pas trop vite. Ne pas manger entre les repas. Se fixer des objectifs réalistes. Par-dessus tout, couper les sucres… En cette période de l’année où les bonnes résolutions n’ont pas (encore) été abandonnées, bien des gens à la diète suivent toutes sortes de règles censées les aider à atteindre enfin le poids rêvé. Mais ces «Dix Commandements du Régime» sont-ils vrais? Ont-ils seulement été testés?

«Ce n’est pas facile à mesurer, ces choses-là», dit d’emblée la chercheuse en nutrition de l’Université Laval Simone Lemieux. La liste des facteurs qui font et défont le succès d’une diète amaigrissante est longue et pas toujours possible à démêler : génétique de chacun, poids de départ, motivation et discipline personnelles, temps disponible pour s’entraîner ou cuisiner, habitudes de vie, etc.

Mais une chose est sûre : perdre quelques kilos, c’est la partie (relativement) facile de l’histoire. Maintenir son nouveau poids à long terme est une autre paire de manches. «C’est comme ça dans tous les domaines de la vie, pas juste pour l’alimentation, dit Mme Lemieux. Si je décide de me coucher à 10h au lieu de 11h, ça a bien des implications qui font qu’on revient souvent très rapidement à nos habitudes de départ. Et dans le cas des régimes, il y a une autre difficulté qui s’ajoute : le corps humain est fait pour survivre et pour résister à la perte de poids. Il y a des mécanismes qui se sont mis en place au cours de l’évolution humaine pour qu’on ne meure pas de faim. Si bien que quand on commence à perdre du poids, le métabolisme s’ajuste pour économiser de l’énergie et cesser d’en perdre.»

C’est justement pour contourner ces écueils et pour éviter de reprendre tout le poids perdu que bien des «règles d’or» des régimes ont été édictées. Examinons-en quelques-unes, et voyons ce qu’elles valent. Il va sans dire que sur le plan individuel, certains de ces «trucs» peuvent convenir à certaines personnes et pas à d’autres. Mais disons que ce qui suit devrait inciter à ne pas fonder trop d’espoir là-dessus…

C’est le sucre qui est le pire › MYTHE

Voilà un thème à la mode depuis quelques années : le sucre serait l’ennemi public numéro 1 de notre santé, et les «régimes sans sucre» sont légion sur le Web.

«Des études là-dessus, il y en a plein, témoigne Benoît Arsenault, chercheur en kinésiologie de l’Université Laval et spécialiste de l’obésité. C’est une obsession pour certaines personnes de regarder les pourcentages de gras et de glucide dans l’alimentation. Mais quand on regarde les études qui maintiennent les calories égales et qui font juste faire varier la part des gras et des glucides […], il n’y a pas vraiment de différence entre les deux.»

Ainsi, une méta-analyse (soit une étude qui agrège les résultats de plusieurs autres études pour en faire une plus grosse et plus solide) publiée en 2012 a conclu, en comparant les régimes faibles en graisse à ceux qui coupent dans les glucides, que «les réductions du poids corporel, de la circonférence de la taille et des autres facteurs de risque métabolique n’étaient pas significativement différentes entre les deux diètes».

La perte de poids graduelle est plus facile à maintenir › PAS CLAIR

Dans les années 2000, environ 250 femmes obèses de Floride ont été soumises à un régime, puis ont été classées selon leur perte de poids après un mois : les «graduelles» (perte de moins de 0,2 kg par semaine), les «modérées» (entre 0,2 et 0,7 kg/sem) et les «rapides» (plus de 0,7 kg/sem). Au bout de 18 mois, environ la moitié (51 %) des femmes dans le groupe «rapide» étaient parvenues à perdre 10 % ou plus de leur poids et à maintenir leurs progrès, contre 36 % dans le groupe modéré et seulement 17 % chez celles qui ont perdu du poids le plus lentement.

Des objectifs très ambitieux ne sont manifestement pas toujours des nuisances. Mais nuance Mme Lemieux, «ce n’est peut-être pas si clair» que ces résultats laissent entendre. Certaines études, souligne-t-elle, suggèrent que les pertes de poids extrêmes — comme dans l’émission The Biggest Loser — chamboulent dramatiquement le métabolisme, qui devient alors plus économe (et plus résistant aux diètes) que pendant un régime plus modéré.

La perte de poids rapide pourrait donc quand même, dans certaines circonstances, être contreproductive.

«Mais il reste que derrière tout ça, je pense que ça peut marcher de perdre beaucoup de poids en peu de temps, si la personne comprend bien qu’elle ne pourra pas revenir à ses habitudes de vie d’avant. Par contre, le problème avec les régimes radicaux, c’est que les gens les font souvent en se disant : “OK, je me rentre la tête en dessous de l’eau, j’attends que ça passe, et après la vie va continuer comme avant”. C’est peut-être plus ça, la question de fond.»

L’exercice n’est pas une bonne manière de perdre du poids › PLUTÔT VRAI

L’idée défraie les manchettes depuis quelques années parce que des études ont conclu que, pour perdre du poids, se mettre à l’exercice ne fonctionne pas, ou peu. Et ce n’étaient pas des résultats isolés : en 2016, une équipe hollandaise a réuni tous les essais cliniques comparant les régimes et l’exercice (4800 personnes en tout), et a conclu que la diète est très clairement plus efficace pour perdre du poids. Mais ce n’est pas toute l’histoire…

«Les gens ont tendance à regarder uniquement le pèse-personne pour mesurer les bénéfices de l’activité physique, et ça peut mener à l’abandon parce qu’effectivement, ce n’est pas la meilleure manière. Mais il y a aussi un paquet d’autres avantages à faire de l’exercice, comme un meilleur sommeil, plus d’énergie, etc.», signale M. Arsenault.

Si l’exercice fait perdre moins de poids, c’est parce qu’il remplace une partie de la graisse perdue par du muscle. La balance, elle, ne fait pas la différence entre les deux, mais elle est cruciale pour la santé. La même étude de 2016 a d’ailleurs montré que l’exercice, même lorsqu’il ne fait pas perdre de poids, semble plus efficace que la diète pour se débarrasser de la graisse viscérale, qui est clairement la pire pour les maladies cardiaques et le diabète.

Les collations sont l’ennemi des régimes › MYTHE

Cela semble évident comme le ciel, à première vue, que manger 6 ou 8 fois par jour fait engraisser davantage que seulement trois fois. Mais c’est faux. Pour tout dire, en fait, il y a même des études qui ont testé l’idée d’étaler les trois repas de la journée en plusieurs petits snacks. Les résultats ne furent pas miraculeux, relate Mme Lemieux, mais cela montre bien que l’essentiel est ailleurs.

«Le problème n’est pas tant la fréquence des repas que le fait que les collations sont souvent très riches en sucres ou en lipides, dit-elle. Pour le reste, cependant, il faut y aller au cas par cas : ceux chez qui le signal de satiété est faible devraient éviter la méthode des collations, mais il peut valoir la peine de prendre un petit snack en après-midi si cela calme la faim et évite de trop manger le soir», conseille la nutritionniste.

Il faut se fixer des objectifs réalistes › PAS CLAIR

Il y a une douzaine d’années, des chercheurs du Minnesota ont demandé à 1800 personnes obèses qui commençaient une diète combien de poids ils entendaient perdre. Et leurs objectifs étaient, en moyenne, clairement irréalistes, représentant grosso modo entre le cinquième (hommes) et le quart (femmes) de leur poids. Cependant, au bout de 12 mois, ceux qui avaient les objectifs les plus ambitieux au départ n’avaient pas échoué plus souvent : en fait, ils avaient perdu un peu plus de poids (environ 1 livre) en moyenne que les autres.

«J’ai vu ces résultats-là, mais j’ai déjà vu le contraire aussi : des études qui concluent que ceux qui ont des objectifs réalistes réussissent mieux», commente Mme Lemieux.

Et puis, ajoute M. Arsenault, peut-être que les objectifs de perte de poids visent la mauvaise cible. «Notre motivation personnelle a peu d’influence sur la perte de poids [qui est déterminée par plusieurs autres facteurs qu’on ne peut pas toujours changer, NDLR]. Mais si on se fixe des objectifs de comportements, que ce soit de faire du sport ou de manger plus de légumes, on a plus de prise là-dessus. Alors ça peut être plus intéressant.»

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Alimentation

Tendances 2018: la viande... sans viande

Que nous réserve 2018 dans notre assiette? S’il est souvent hasardeux de se lancer dans des prédictions, force est de constater que quelques tendances déjà observées en 2017 gagneront en importance cette année. Le Soleil fait le point avec deux chefs sur ce qui sera proposé aux Québécois.

Ceux qui connaissent Le pied bleu, dans le quartier Saint-Sauveur à Québec, savent que l’endroit est spécialisé en charcuteries et est notamment réputé pour son boudin. Il peut donc paraître surprenant que le copropriétaire de l’endroit nous entretienne de «fausse» viande!

Pourtant… «Je dirais que la moitié de nos employés sont végétariens», confie Louis Bouchard Trudeau, qui compte quelque 25 employés dans ses trois restaurants — Le pied bleu, Le renard et la chouette et le petit dernier, Nhà Tôi. Il est donc sensible à l’importance d’offrir des alternatives aux personnes qui ne mangent pas de viande ou qui, sans la bannir, veulent en diminuer la consommation et découvrir de nouveaux produits.

L’équipe du Pied bleu propose donc des mijotés de fausse viande, notamment un «faux bœuf bourguignon» constitué de seitan «qui imite la texture de la viande», de tofu fumé «qui remplace un peu les lardons» et d’un bouillon de champignons. Ou encore une blanquette de champignons dont la recette a été testée avec du lait de soya pour être entièrement vegan — un créneau que Le pied bleu n’entend pas nécessairement pousser, toutefois. «Après les Fêtes, on veut faire un boudin végé à base de betteraves», a révélé M. Bouchard Trudeau au Soleil fin décembre.

«Ce qu’on veut, c’est offrir de la bouffe réconfortante», d’où l’idée de réinventer certains classiques. Et aussi, que les gens qui viennent au bouchon, même s’ils sont végétariens, aient de belles options pour se sustenter. Pendant que d’autres dégustent terrines et charcuteries, la personne végétarienne a droit à des cretons de champignons, de la terrine de lentilles et légumes, un houmous de pois chiches et du fromage frais.

Alimentation

Tendances 2018: puiser dans notre «ADN culinaire»

Pour le chef Jonathan Garnier, de La guilde culinaire, il n’est nul besoin de puiser bien loin pour déterminer les tendances à venir en alimentation : on n’a qu’à regarder chez nous, à puiser dans notre «ADN culinaire», dans nos traditions, pour trouver des outils et des réponses nous permettant de manger mieux.

«On a fait le tour de certaines cuisines exotiques ou fusion. Il est maintenant temps de cuisiner à notre manière, avec ce que la terre offre autour de nous. On a les réponses à nos besoins spécifiques avec des produits locaux, saisonniers, ou encore des coupes de viande “oubliées”, qui sont moins chères», indique M. Garnier, signalant qu’il s’agit d’une façon plus responsable et économique de bien s’alimenter. 

Bien sûr, la diversité dans l’assiette demeure «primordiale», et plusieurs alternatives sont maintenant disponibles pour les gens qui ne mangent pas de viande ou de produits laitiers, notamment. «Les fauxmages sont intéressants, un tempeh bien préparé, ça fonctionne!»

Si la cuisine vegan gagne sans aucun doute en popularité, c’est avant tout le flexitarisme qui est prôné : «la consommation de viande n’est pas un problème, mais il faut mieux la consommer», souligne le chef Garnier. 

Celui qui a cofondé l’école de cuisine La guilde culinaire, à Montréal, constate une évolution dans les habitudes en cuisine : «les gens ne cuisinent pas forcément moins, mais ça dépend du moment». Ceux-ci vont prendre plus de temps la fin de semaine et en faire une activité, tandis que la «corvée» de la semaine est de plus en plus diminuée grâce à des solutions pour gagner du temps, soit les options prêtes à cuisiner ou prêtes à manger. 

«Les paniers préportionnés permettent de réduire le gaspillage alimentaire. Certaines personnes vivent dans de petits appartements, ont des mini-cuisines et doivent partager l’espace… ils ne sont pas obligés de stocker des produits. Ça répond à un manque de temps, d’inspiration et d’espace.»

Buzz noir et cuisine coréenne

Jonathan Garnier signale une «mode» qui est passée inaperçue dans les assiettes québécoises en 2017 : les produits à base de charbon actif. «Je suis surpris qu’on n’ait pas connu cet engouement au Québec, ça ne nous a même pas effleurés. Il y a eu un buzz partout ailleurs chez les glaciers, avec la “crème glacée noire” et les bienfaits associés au charbon actif. Est-ce que ça va venir chez nous ou pas?» se demande le chef.

Si la cuisine de chez nous est à l’honneur, l’influence des Jeux olympiques de PyeongChang devrait toutefois se faire sentir dans nos assiettes. «Il va y avoir une tendance qu’on devra gérer cette année via les Jeux : la cuisine coréenne».  Raphaëlle Plante (collaboration spéciale)

Le chef Jonathan Garnier fait partie d’un panel de 13 experts réuni par la chaîne d’alimentation Loblaw (Provigo) qui a tâché d’identifier ensemble les tendances au menu chez les Canadiens en 2018. Pour en savoir plus :
www.provigo.ca/taste-the-new-next-2018 et goo.gl/giWpag

Progrès technologique

L’intelligence artificielle au coeur de l’innovation

CHRONIQUE / C’est dans la capitale du vice, Las Vegas, que se tient depuis le début de la semaine la grande messe de l’électronique, où les apôtres de la surconsommation sont réunis afin de dicter ce que sera la bible des tendances en matière de technologies.

Depuis maintenant plus de 50 ans, le Consumer Electronics Show est le lieu de prédilection des manufacturiers de technologies qui souhaitent épater la galerie en présentant leurs dernières innovations. Il est certain que nous ne pourrons faire le résumé de toutes les nouveautés présentées, car le CES, c’est près de 4000 exposants et 300 conférences réparties sur une semaine d’exposition. 

Le plein de grosses TV! 

Depuis une douzaine d’années, la tendance des manufacturiers de téléviseurs est de présenter au CES des écrans toujours plus grands. 2018 étant exempt d’exception, Samsung a présenté The Wall, on ne fait pas référence ici au célèbre album de Pink Floyd, mais bien à un pan de mur. D’une diagonale de 146 pouces, mesurant 10 pieds de largeur par 6 pieds de hauteur, The Wall possède une résolution de 4k. Le secret derrière ce gigantisme est la technologie MicroLED qui est constituée de panneaux modulables permettant ainsi d’obtenir un mur sur mesure. 

LG a présenté le prototype d’un téléviseur 65 pouces enroulable permettant ainsi d’intégrer celui-ci à un meuble ou même le camoufler dans un plafond. Le spectaculaire appareil affiche une image OLED de 4K qui peut être ajustable en taille, c’est-à-dire que vous pouvez dérouler le format d’image dont vous avez besoin ! LG songe commercialiser cette technologie d’ici deux ans. 

Chronique

Les autres premiers soins

CHRONIQUE / Ils ont rompu au début janvier, après un an et demi d'une relation très compliquée, avec des enfants des deux bords dans le décor.

Après la rupture, Elizabeth* a eu des idées noires. «Je voulais mourir ce matin là, [le] plus fort que j'ai ressenti ça depuis longtemps», m'a-t-elle écrit. 

En cherchant un peu de lumière sur Internet, elle est tombée sur une vidéo de Guy Winch, un psychologue qui pratique dans un cabinet privé de New York et qui a écrit des livres traduits partout dans le monde. 

Sa vidéo Ted Talk, vue plus de 5 millions de fois, porte sur les «premiers soins émotionnels», et Elizabeth s'est reconnue dans le point de vue de Winch. 

Le psychologue déplore un type particulier de favoritisme dont souffre notre société : «Nous préférons notre corps à notre esprit», dit-il. 

Dès l'enfance, on apprend à prendre soin de notre corps. Les gamins savent qu'il faut mettre un pansement sur une blessure pour ne pas qu'elle s'infecte, se laver les mains pour se protéger des microbes, se brosser les dents pour éviter les caries, prendre du sirop pour une toux, des comprimés pour un mal de tête. 

«Nous savons comment rester en bonne santé physique et comment prendre soin de nos dents, n'est-ce pas?, dit Guy Winch. Nous savons le faire depuis que nous avons cinq ans. Mais que savons-nous faire pour notre santé mentale? En fait : rien». 

Or, demandez à un adulte comment composer avec le rejet, la solitude, l'échec, le deuil, la faible estime de soi, le traumatisme, la rumination, la culpabilité, et vous devriez voir un point d'interrogation se dessiner sur son front. Demandez conseil et votre interlocuteur risque d'être aussi embêté que vous et vouloir changer de sujet.

C'est dommage, remarque Winch, parce que les blessures psychologiques sont plus fréquentes que les blessures physiques, et qu'on sait très mal les soigner. 

Dans sa vidéo, le psychologue raconte qu'il a déjà reçu dans son bureau une dame qui, après 20 ans de mariage et un divorce très pénible, était enfin prête pour son premier rendez-vous galant. 

Elle avait rencontré le type en ligne, il avait l'air d'être sympathique, d'avoir réussi dans la vie, et d'être sous son charme. La dame était donc très excitée, elle avait acheté une nouvelle robe, et ils se sont rencontrés dans un bar chic pour prendre un verre. 

Au bout de dix minutes, le gars s'est levé, et il a dit : «Je ne suis pas intéressé.» Puis il est sorti. 

«La dame avait si mal qu'elle ne pouvait pas bouger», poursuit Winch. Elle a appelé un ami, qui lui a répondu : «Bah, tu t'attendais à quoi? T'as un gros cul, t'as rien d'intéressant à dire, pourquoi un bel homme, un homme qui réussi comme lui, aurait envie de sortir avec une looser comme toi?» 

Le hic, c'est ce que ce n'était pas un ami qui était aussi cruel envers elle. Mais la dame elle-même, qui se disait toutes ces méchancetés.  

Vous le savez comme moi, elle est loin d'être la seule à réagir comme ça. La plupart des gens s'auto-flagellent de la sorte lorsqu'ils sont rejetés, dit Winch. C'est pourtant illogique. Notre amour-propre est déjà meurtri, pourquoi on se torture encore plus?  

«On ne se dirait pas, après s'être coupé le bras : "Ah, je sais! Je vais prendre un couteau, voir jusqu'où je peux aller avec cette coupure", illustre le psychologue. Mais c'est ce qu'on fait toujours avec les blessures psychologiques.» 

Auto-compassion

Des dizaines d'études montrent pourtant que lorsque notre amour-propre est au plus bas, c'est n'est pas le temps de se taper dessus, dit Winch. Au contraire, traitez-vous avec la même compassion que vous attendriez d'un vrai, bon ami — avec de l'«auto-compassion». 

Cette semaine, je lisais d'ailleurs un article à propos de la recherche sur sujet sur le site de Greater Good Magazine, de l'Université Berkeley. L'article disait que les gens qui font preuve de compassion envers eux-même plutôt que de se critiquer rebondissent mieux après un échec. 

Ils se disent qu'ils peuvent s'améliorer, corriger leurs erreurs et se réaligner pour atteindre leurs buts après avoir dévié de leur trajectoire. En revanche, l'autocritique est liée à la procrastination, au stress et à la rumination.

Guy Winch croit que l'auto-compassion devrait notamment faire partie d'une bonne hygiène émotionnelle. Et qu'on ne devrait pas hésiter à aller voir un psychologue quand l'hygiène ne suffit pas.

En regardant la vidéo de Winch durant cette sombre matinée du début janvier, Elisabeth a été marquée par l'exemple de la dame divorcée qui s'est fait repousser dans un rencard. «Tout ce qu'elle se dit d'elle-même, la violence qu'on a envers nous-même alors qu'on n'aurait jamais cette violence envers quelqu'un d'autre»... m'a-t-elle écrit. 

Elle a vu sa psychologue ce matin-là. «Au même titre que si j'avais des douleurs ou des éruptions, j'irais voir un médecin. Mais ça m'a pris 30 ans à comprendre ça.»

*Le nom d'Elizabeth a été modifié pour préserver son identité

Le monde selon Goudreault

Pour mourir moins souvent

« La mort arrive si vite que des fois elle nous rate. » - Charles de Leusse

CHRONIQUE / À Noël, mon père est décédé. Deux fois. Il est revenu à la vie deux fois aussi, mais ça ne s’annule pas pour autant. La peur de le perdre, le soulagement de le voir respirer à nouveau, les larmes et la peur, les questions de ma fille, ça reste. Certaines images demeurent imprimées au fond du crâne, mais c’est surtout la stupéfaction de voir un proche échapper de justesse à la mort qui persiste. Même si on y tient, la vie tient à peu de choses.

Discret, mon père n’aime pas étaler sa vie privée et il doit lire cette chronique en serrant les mâchoires. Pour éviter de sombrer dans le pathos et l’épanchement d’amour filial, disons seulement que mon père a un grand cœur. Un cœur magané par quelques décennies de tabagisme, mais un immense cœur quand même. Il ne pouvait pas mourir le jour de Noël, devant ses enfants et ses petits-enfants qu’il adore, ça ne se fait pas!

Pendant que la famille profitait de l’après-midi pour préparer la réception du soir, mon père a ressenti un malaise, un étourdissement. Il aurait pu, il aurait dû nous prévenir, mais il ne pouvait deviner qu’une arythmie ventriculaire s’apprêtait à lui régler son compte. Accoudé à son bureau pour reprendre ses esprits, il a perdu conscience. Nous ne saurons jamais combien de temps il est parti, ni où, mais quand sa femme est allée ranger des livres dans la pièce, il était déjà gris, cireux, mort. Avec toute la détresse et la détermination de ses appels à l’aide, je peux vous assurer qu’elle n’est pas pressée d’être veuve.

Sur les talons de mon frère et ma sœur, je me suis précipité vers lui, l’interpelant à grands cris. Rien à faire, il était trop loin, peut-être trop tard. À la suggestion de sa femme, mon frère et moi l’avons rapidement saisi pour l’étendre sur le sol. Il était complètement mou, sans vie, pire qu’un joueur des Canadiens. Le secouer ne donnait rien.

Dans la cohue, on alertait le 911 pendant que ma sœur balançait un coup de poing dans le plexus de mon père. Enchaînant aussitôt avec des pressions continues à la poitrine. Son réflexe était bon; le site web de la Croix-Rouge rappelle que « la réanimation cardiorespiratoire (RCR) par compressions thoraciques seules est une option acceptable pour les personnes qui ne sont pas disposées ou qui n’ont pas les capacités d’administrer la RCR conventionnelle, ou qui n’ont pas suivi de formation ». Seulement 3 à 8 % de la population québécoise est formée en premiers soins!

Vous ne savez pas quoi faire, vous ne connaissez pas la technique? Faites quelque chose quand même! 100 compressions à la minute. Vous craignez d’être traîné devant les tribunaux et ruiné en cas de manipulations inappropriées? C’est un mythe, les bons samaritains sont protégés par la loi. De toute façon, vous préférez sauver une vie que sauver des frais d’avocat, non?

Malgré les manœuvres de ma sœur, mon père demeurait inanimé. Dans la foulée, mon frère a entrepris la respiration artificielle, à l’instinct. Je tentais de redresser la tête de mon père pour dégager ses voies respiratoires. Le reste de la famille s’agitait, pleurait, transmettait les recommandations de la répartitrice 911 et envoyait de l’amour à l’homme inerte qui gisait sur le sol. Chaque seconde nous rapprochait d’un dénouement tragique.

Ni Patrick Senécal ni Stephen King ne pourraient décrire la terreur dans le cri de mon père au moment où il a repris vie. Il revenait de loin, très loin. Son discours confus dans une bouche pâteuse a rapidement fait place à son humour particulier; quelle date? « On est le 25 décembre », c’est quoi ton nom? « Cassius Clay ». Non papa, tu n’es pas le célèbre boxeur, mais c’est vrai que tu te relèves d’un méchant combat.

Dans l’ambulance, avec un pouls de 260 battements par minute, on l’a prévenu qu’il n’était pas tiré d’affaire. Second arrêt cardiaque en arrivant à l’hôpital. Les défibrillateurs et les médecins se sont montrés aussi efficaces que mon frère et ma sœur, il respirait de plus belle. Direction soins intensifs jusqu’à l’opération; un défibrillateur juste pour lui, installé contre son cœur capricieux jusqu’à la fin de ses jours. Mon fils et ma fille auront un grand-père pour plusieurs années encore. Ils sont chanceux, eux aussi.

On pourrait croire que j’ai de l’expérience, avec mon sauvetage de fortune dans une piscine publique l’automne dernier. Non, cet épisode ne m’a pas rendu spécialement compétent. Par contre, l’événement récent me confronte à ma procrastination, moi qui pérorais en entrevue sur l’importance d’être formé en secourisme. Si ce jour-là j’avais perdu mon père, je n’aurais jamais pu me le pardonner.

Si vous cherchez toujours une résolution pour l’année à venir, je vous recommande une formation de secourisme. J’aurai la mienne en février. Elles sont nombreuses, disponibles dans chaque région du Québec; ça ne coûte presque rien et ça sauve des vies. On n’a pas les moyens de s’en passer. Jamais deux sans trois? Pour le prochain, je serai prêt.

Voyages

Le «plus grand casino d’Europe» devrait ouvrir à Chypre en 2021

NICOSIE — Un complexe touristique comprenant un casino et présenté comme le plus grand du genre en Europe doit ouvrir ses portes à Chypre d’ici 2021 et fouetter l’économie de l’île méditerranéenne.

Melco International (Macao) et son partenaire chypriote Cyprus Phassouri Limited ont présenté à Nicosie ce projet qui verrait le premier casino ouvrir ses portes en République de Chypre, membre de l’Union européenne depuis 2004.

Avec un coût estimé à 600 millions d’euros, ce complexe, dont la construction est prévue à Limassol, sur la côte sud du pays, serait le plus grand du genre en Europe. Il comprendra un hôtel de 500 chambres, 11 restaurants, 136 tables de jeu, 1200 machines et d’autres installations sur une surface de plus de 6000 m².

Le projet devrait «avoir un impact significatif sur le PIB du pays», a déclaré le président chypriote, Nicos Anastasiades, lors de la présentation.

«La contribution, au sens large, du casino à l’économie à partir de la deuxième année d’opération est estimée à 700 millions d’euros, soit 4% du PIB», a-t-il ajouté.

Selon le PDG de Melco, Lawrence Ho, ce casino —qui sera baptisé «City of Dreams Mediterranean»— est une priorité pour l’entreprise car c’est la première fois qu’elle opère en dehors de l’Asie.

L’établissement, assure-t-il, va contribuer à renforcer l’attractivité touristique de Chypre dans le monde.

Chypre est divisée depuis l’invasion en 1974 du nord de l’île par les troupes turques, en réaction à un coup d’État visant à rattacher le pays à la Grèce.

Des casinos fleurissent depuis longtemps en République turque de Chypre nord. Mais, dans la moitié sud, les tentatives de légalisation des casinos ont longtemps échoué face notamment à l’opposition de la très influente église orthodoxe.

Ce casino s’inscrit dans le cadre d’un plan gouvernemental pour relancer l’économie de l’île, membre de la zone euro et touchée par une grave crise financière en 2013, avec la création de quelque 2500 postes.

Avec l’ouverture d’un «super-casino», l’île s’attend à 300 000 touristes supplémentaires par an, ce qui développerait encore davantage un secteur touristique en plein essor, fort de plus de trois millions de visiteurs à l’année.

Mode

Dans la garde-robe en 2018

On le répète souvent, la mode, on en fait bien ce qu’on en veut. Cette sage devise demeure (heureusement) toujours vraie: pas question pour personne d’être une «victime de la mode», point final. Ceci étant dit, des styles et des tendances en vogue en 2018 se pointent déjà le bout du nez, et on commence l’année en vous en proposant un petit survol avec deux experts: Magaly Lamarre, styliste (notamment pour Laurier Québec) et créatrice des événements Prêt-à-[re]porter, et Justin Bellavance, également styliste (notamment pour les Galeries de la Capitale). Comme je vous le dis souvent, on prend des notes.

Articles clés

› N’importe quoi de rouge! Nos stylistes s’entendent, c’est LA couleur de la saison. On choisit le rouge pour les vêtements, les chaussures, les sacs à main, et on l’utilise en accent (foulard, ceinture, bijoux, etc.) si on veut le porter plus discrètement.

› Les trenchs revisités, déstructurés, découpés, surdimensionnés, bref, qui sortent de l’ordinaire. On privilégie le look urbain, et les plus audacieuses le choisiront même en plastique!

› Le sac banane, sport ou chic. Oui, oui, un sac banane… MAIS porté en bandoulière, sur le devant, et pas à la taille. Attendez-vous d’en voir dans tous les styles et toutes les matières.

Mode

Fashion Week de Londres: bain de jouvence et jeu de fléchettes

LONDRES — Des jeunes pousses, de l’orange et des fléchettes: retour sur les tendances et moments forts de la Fashion Week de Londres, dont trois jours de défilés étaient consacrés aux collections masculines pour la saison automne-hiver 2018-2019.

Place aux jeunes!

Privée de ses grandes signatures pour cause de réorganisation stratégique, à l’instar de Burberry qui proposera un défilé mixte en février, la Fashion Week masculine s’est reposée sur ce qui fait sa marque de fabrique depuis sa création en 2012: les jeunes talents.

Londres est la «capitale de la créativité», a clamé Caroline Rush, la patronne du British Fashion Council, qui organise la Fashion Week, en lançant l’événement.

Exemple? le projet «Man», sorte d’incubateur de la mode qui se targue d’avoir accompagné la crème de la nouvelle génération britannique, et qui a notamment mis à l’honneur cette année le label «Art School».

Ce collectif de créateurs a présenté une collection gender fluid, avec des hommes arborant crânement des robes asymétriques à décolletés en V dévoilant leurs torses velus.

Alerte orange

Rien de tel qu’une couleur vitaminée pour rester en forme pendant l’hiver. Écharpes, tee-shirt, vestes et pantalons: What We Wear, la griffe du rappeur londonien Tinie Tempah, a orné d’orange (carotte) un vestiaire hip hop et raffiné, classe et confortable.

De l’orange aussi, parant longs manteaux et moufles à trois doigts, chez Christopher Raeburn. Le crack de la mode éthique et du recyclage a insufflé une nouvelle vie à des combinaisons de mécaniciens treuillistes de la Royal Air Force, transformées en blousons streetwear modernes.

À noter également la palette marron, jaune et noire d’Hussein Chalayan, ou l’ocre et le gris fusain d’Oliver Spencer. Ce dernier, apôtre d’un casual chic typiquement british, a fait défiler des mannequins de tous âges, histoire de représenter toutes les strates de la société.

Cow-boy des villes et dystopie

Après le métrosexuel ultra-soigné, le lumbersexuel bûcheron, l’heure serait-elle au cowboy urbain? Pas impossible, si on en croit Astrid Andersen. La petite princesse du sportswear a coiffé ses mannequins de chapeaux de cow-boys façon Stetson.

Jouant sur les contrastes, la jeune styliste les agrémente de longues doudounes bleu électrique ou de survêtements rehaussés de motifs tartans.

Ambiance plus sombre chez Liam Hodges. Fidèle à ses racines hip-hop et néo-punk, le créateur ancre sa garde-robe dans un futur angoissant et incertain peuplé de smileys style «killer clown» qu’il imprime sur de grands pulls noirs démesurés.

Le vêtement que vous ne porterez pas...

est un ensemble haut et chapeau à collerette composé de deux grandes cibles de fléchettes — sport très prisé des Britanniques —, porté avec, en guise de collier, une longue multiprise sur une robe tapis aux couleurs chatoyantes.

La création est signée Rottingdean Bazaar, un label créé par James Theseus Buck et Luke Brooks, deux anciens élèves de la prestigieuse école londonienne Central Saint Martins, dont le style provocateur et volontiers surréaliste fait de plus en plus parler.

Vivienne Westwood: la mode.com

Grande absente de cette Fashion Week, la prêtresse punk-écolo de la mode britannique a choisi de ne dévoiler sa nouvelle collection, baptisée «Don’t get killed», que par une série «d’images» et «vidéos» diffusées sur internet, stratégie numérique oblige.

Au menu, des ceintures portées en écharpe, des combinaisons kaki militaire sur fond de coupes rétro et fantaisistes. Créatrice militante, Vivienne Westwood n’oublie pas la politique avec moult références anti-Brexit, comme cette paire d’escarpins frappés des drapeaux européen et britannique.

Chroniques

Patrons: travaillez ou fermez!

CHRONIQUE / Ceux et celles qui lisent régulièrement cette chronique savent certainement que je serais sans aucun doute le pire des politiciens. Bon, peut-être pas le pire quand même, mais je serais assurément l’exemple même du politicien qui excelle dans l’art des FBI, ou si vous préférez, les fausses bonnes idées.

Il reste que les fausses bonnes idées n’ont pas que du mauvais et que lorsqu’on les partage, on peut parfois en tirer quelque chose de constructif.

Maintenant, vous me voyez sûrement arriver de très loin avec mes bottes de ski qui font un gros « pak-pak » chaque fois que je pose un pied sur le sol et vous ne vous trompez pas : j’ai justement une fausse bonne idée à vous partager.

Alors voilà, cette FBI m’est venue à l’esprit le 31 décembre alors que je devais aller acheter quelques bières en vue de la soirée de festivités qui m’attendait.

J’étais en train de jaser avec l’employée du dépanneur à propos de l’heure où elle serait libérée afin qu’elle puisse elle aussi profiter de la veille du jour de l’An lorsque ça m’a frappé : « Si j’étais premier ministre, je ferais immédiatement voter une loi qui obligerait tous les patrons à bosser lors des jours fériés. »

Et là, quand je dis bosser, je ne vous parle pas de dire à ses employés : « S’il y a une urgence, je suis joignable en tout temps. »

Non, non, non. Tu veux faire du fric pendant que tout le monde devrait passer un moment en famille ou avec ses proches ? Ben travaille bonhomme. Installe-toi derrière ta caisse et encaisse les commentaires débiles des clients qui trouvent ça plate que toi, tu ne puisses pas avoir un break dans la vie.

Tu veux passer un Noël ou un jour de l’An avec ceux et celles que tu aimes ? Ben choisis bonhomme. Ferme ton magasin ou ta shop pendant la journée et apprends à décompresser. Si les Allemands et les Anglais ont réussi à faire la trêve en 1914 pour célébrer Noël, j’imagine que le monde pourrait continuer à tourner même si personne ne peut se prendre un café pour emporter le 1er janvier à 2 h du matin.

Je me souviens qu’à une autre époque, j’avais travaillé pendant la nuit de Noël dans un club vidéo et tout ça, pour servir quatre ou cinq clients. De fait, même si nous disions à nos patrons que ça serait mort, ceux-ci nous disaient : « Il ne faut jamais cracher sur une cenne ». Non mais est-ce que c’est moi qui a une maladie mentale ou bien est-ce que j’ai raison de croire que cette obsession pour le fric des hommes d’affaires frôle justement la maladie mentale ?

Je veux bien comprendre que les services essentiels comme la santé ou la sécurité publique doivent assurer une présence en tout temps, mais c’est quoi ce délire d’avoir peur de manquer la moindre opportunité de fric alors qu’on baigne déjà dans ça à l’année longue ?

Et surtout, n’est-ce pas là la démonstration ultime du mépris des employeurs à l’égard de leurs employés ? C’est quoi, ça ne vous tente pas une fois de temps en temps de faire semblant à vos employés que vous vous souciez un peu d’eux et qu’à vos yeux, ils ne sont pas que des vulgaires numéros ?

Certes, vous leur offrez un salaire, mais saviez-vous qu’il est prouvé qu’un employeur gagne beaucoup plus à être généreux et empathique envers ses employés au lieu de les traiter comme du bétail ? Un employé qui sent qu’on prend soin de lui aura envie de s’investir, car il aura l’impression de faire partie d’un tout. Il risquera beaucoup moins de vous en passer une ou de vous plonger dans l’embarras. 

À titre d’exemple, à une époque où ce journal était mon employeur principal, j’ai déjà eu à travailler lors des jours fériés et j’ai souvenir qu’on prenait le soin de nous faire quelques attentions. Ce n’était pas la mer à boire, mais ça faisait sincèrement toute la différence. J’en garde même des bons souvenirs.

Mais bon, tout ça, c’est du vent à la fin, parce que tant qu’on mettra sur un piédestal des types comme le grand boss de Couche-Tard qui s’obstine à payer ses employés le moins cher possible, on continuera à envoyer comme message aux plus nantis de la planète que les gens comme vous et moi, les simples travailleurs, sommes leurs esclaves.

Qui sait, le vent tournera peut-être un jour ? Je paierais pour voir ça.