SANTÉ

Hommes en détresse!

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Jean-Marc Dufresne
Rédacteur publicitaire
Pour bien des hommes, comprendre la femme est une quête sans fin. Pourtant, les hommes peuvent eux-mêmes être difficiles à comprendre, principalement en raison de leur inhabileté à communiquer et à parler de leurs émotions. Juin est le Mois de la santé des hommes et cette année, l’accent est mis sur la santé mentale, afin de sensibiliser les hommes à l’existence d’outils pour leur venir en aide.

« Un homme, ça ne pleure pas », a-t-on longtemps répété aux jeunes garçons. Voilà qui pourrait bien être la source de tous ses maux! En le forçant à taire ses émotions, on ne le rend pas plus résilient; on ne fait que mettre le couvercle sur une marmite en ébullition qui débordera à d’autres occasions.

Ex-fonctionnaire fédéral, René Pigeon est membre du Réseau Hommes Québec inc. depuis 1996. Coordonnateur des bénévoles, animateur de la séance d’accueil et un membre de l’association Hommes Québec en Outaouais, il a agi comme administrateur ou dirigeant plusieurs années. Ce n’est pas un service d’aide psychologique, en ce sens qu’on n’y reçoit pas des conseils d’un animateur professionnel; il s’agit plutôt de groupes où chaque homme peut prendre la parole en sachant qu’il sera écouté sans interruption et sans jugement.

« La parole a besoin d’être libérée », soutient M. Pigeon. « Devant un petit groupe, chacun peut se confier et parler de choses qu’il n’oserait pas aborder avec sa conjointe ou son meilleur ami. » Certains traînent d’ailleurs un lourd bagage émotionnel depuis plusieurs années, constate-t-il: « Le but est de les amener à exprimer ce qu’ils ressentent, pour être plus autonomes dans leurs choix de vie. » 

La racine du mal

Depuis l’émergence du mouvement de libération de la femme dans les années 60 et 70, les hommes ont pris des notes. Selon M. Pigeon, les femmes se rencontrent et partagent plus facilement leurs inquiétudes et leurs expériences de vie. « Les hommes sont plus solitaires: ils ont davantage tendance à vivre seuls avec leurs problèmes parce que d’en parler est souvent perçu comme un signe de faiblesse et d’incompétence de leur part en tant qu’homme », suggère-t-il.

Plusieurs éléments contribuent selon lui à véhiculer une image malsaine de la masculinité. D’abord, l’environnement familial, mais aussi le milieu scolaire ou sportif, où l’esprit de compétition rend gloire à la performance. Et, tout comme les jeunes filles, les garçons puisent leurs modèles à même les images que leur envoie le cinéma hollywoodien. Qui ne voudrait pas être le héros musclé, en sueur, affrontant un ennemi sournois arme à la main, malgré des blessures par balles et sans jamais se plaindre? 

« Avec ses scénarios palpitants, le cinéma joue sur la tendance qu’ont les hommes à aimer les solutions dans lesquelles ils se reconnaissent: efficaces et qui donnent des résultats à court terme. Or, la manière forte est dépassée, on est passé à autre chose », explique M. Pigeon. « Hommes Québec prône une approche dite salutogène: qu’est-ce qu’on peut faire pour aider la personne à prendre conscience de ses forces, de ses compétences, sans pour autant lui donner de conseils non sollicités? »

Une évolution

René Pigeon observe une évolution lente, mais constante dans la mentalité des hommes. « La jeune génération prend son rôle de père plus à cœur: le papa est plus présent, plus engagé dans l’éducation des enfants. Et, bien que ce n’est pas encore l’équité, on remarque une meilleure participation du conjoint à l’exécution des tâches. »

Et pour dialoguer? « Je dirais que l’apprentissage à ce chapitre se fait à trois niveaux », explique M. Pigeon, qui participe aux activités du groupe Homme Québec en Outaouais depuis longtemps. « D’abord, il faut que je sois capable de ressentir une émotion, en prendre conscience, plutôt que d’éviter ce qui me dérange. Ensuite, il arrive que je ressente une émotion comme la colère, la vulnérabilité ou la fierté d’avoir fait un bon coup, mais que je ne trouve pas les mots pour en parler, par manque de vocabulaire ou parce que je ressens plus d’une émotion à la fois. Enfin, il faut que j’accepte de dire mon vécu à ces hommes. »

Si l’émotion ne sort pas, une étape a été franchie tout de même. D’autres occasions pour s’exprimer sur le même sujet s’offriront au cours de réunions futures, sachant qu’un groupe d’entraide se réunit aussi longtemps qu’il le veut, contrairement à un groupe d’aide animé par un professionnel qui réunit les participants pour traiter d’un problème particulier sur un nombre limité de rencontres.

« Parfois, il est plus facile de se confier à des étrangers qui ne nous jugent pas, qu’à quelqu’un de notre entourage », dit-il.

Ça commence à l’école 

Puisque les hommes apprennent très jeunes à taire leurs émotions, René Pigeon croit qu’il importe d’envoyer un message clair aux garçons dès l’école primaire. « Il ne faut pas garder ces choses pour soi ou avoir peur d’en parler. L’intimidation, il y en avait quand j’étais jeune; il n’y avait pas de solution à l’époque, sinon de faire parler nos poings. Aujourd’hui, surtout avec l’omniprésence des réseaux sociaux, un conflit mineur peut prendre une tournure grave. Il est d’autant plus important que, comme adulte, on garde un œil sur cet aspect souvent caché de leur vie. »

Violence familiale, intimidation à l’école, quelle que soit la difficulté, la dernière chose à faire est d’attendre en se disant que ça va passer. « Si vous attendez 20 ou 30 ans, avec le temps, votre santé mentale se détériore », allègue-t-il. « Les conflits non réglés s’échafaudent sur la base des conflits précédents qui n’ont pas été réglés, jusqu’à occuper toute la place. Ce fardeau finit par vous suivre toute la vie et devient toxique. »

Oui, il faut en parler. Mais à qui? « À quelqu’un de confiance »,  répond M. Pigeon. 

« Il faut évidemment se poser la question pour savoir si on peut effectivement faire confiance à la personne choisie. Ensuite, rappelez-vous qu’un ami ou un parent est rarement un psychologue; prenez donc les conseils avec un grain de sel et appliquez ce qui vous semble logique. » 

Et même si, par bonheur, ce proche avait un bon conseil à vous donner, serez-vous prêt à recevoir ce conseil au moment où vous l’entendrez? Si vous trouvez son conseil crédible, a-t-il la formation pour vous donner de bons conseils au bon moment? L’idée n’est pas d’agir pour faire plaisir au confident; c’est plutôt d’obtenir une écoute, et peut-être de l’aide sous une forme autre que le conseil proprement dit. 

Point de rupture

Ceux qui négligent de le faire atteignent généralement un point de rupture plus tard dans la vie. Pour ceux-ci, heureusement, il existe des professionnels de la santé qui offrent de l’aide individuelle ou en groupe. Il existe aussi des groupes d’entraide comme ceux d’Homme Québec, où des hommes peuvent se confier en toute tranquillité d’esprit. Parler à cœur ouvert avec d’autres hommes qui ont des vécus variés, mais comparables, pendant ou après une intervention menée par un professionnel, complète et renforce l’intervention. L’entraide entre pairs reste un moyen précieux pour avancer dans la vie.

Il n’existe peut-être pas de solution sur mesure pour chacun, mais le fait de s’ouvrir et de parler de soi, de son vécu et de son ressenti est certainement un premier pas vers le mieux-être, vers la guérison. Veux-tu en parler?


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Hommes Québec: hommesquebec.ca: Activités | HQ
CAP Santé Outaouais: capsante-outaouais.org
Centre Le CAP (Ottawa): centrelecap.ca
Donne-toi une chance (et Maison Oxygène Outaouais): donnetoiunechance.org
Allume.org
Le Regroupement provincial en santé et bien-être des hommes: rpsbeh.com