AÎNÉS

Centenaire et heureux

Nancy Therrien
Rédactrice publicitaire
Contenu commandité
Le 1er juillet 2020, Statistique Canada recensait 11 517 centenaires au pays. Visiblement, bien qu’elle ne soit qu’un symbole mythique d’immortalité, la fontaine de Jouvence semble exercer ses pouvoirs sur la population de plus en plus vieillissante.

Il doit bien exister un secret pour assurer sa longévité! Certes, une bonne hygiène de vie est une première clé, mais quelles sont les autres? 

« Sans doute le bonheur et vivre le moment présent », suggère la centenaire Sœur Lauriette Adam. L’Ottavienne originaire de Sudbury a célébré dix décennies de vie le 31 mai dernier.

Quand on lui demande l’époque qu’elle préfère, le choix est grand, mais elle nous a confié aimer par-dessus tout l’époque actuelle. Et, que pense-t-elle de l’avènement de l’Internet? « C’est très bien, quoique ça dépasse un peu mon mental. Je m’y essaye, mais je ne réussis pas bien. Heureusement, j’ai des gens pour m’aider ». Au fait, être bien entouré serait-il une autre clé pour vivre longtemps?

Plus qu’hier, moins que demain

De belles et longues histoires comme celle de Sœur Lauriette sont aujourd’hui plus nombreuses qu’auparavant. Qu’est-ce qui explique que nous vivons plus vieux? Mme Monique Lanoix, professeure agrégée au département de philosophie à l’université Saint-Paul d’Ottawa répond: « Le lavage des mains, l’eau traitée, les antibiotiques, bref la santé publique a permis d’améliorer les conditions dans lesquelles nous évoluons. De plus, les déterminants tels que le milieu socio-économique jouent un rôle important sur la santé et la longévité des individus. Enfin, avoir un bon réseau social contribue également à préserver une meilleure qualité de vie. »

L’humain, être social

Qu’est-ce qui peut possiblement encore impressionner quelqu’un qui a déjà vécu 100 ans? Sœur Lauriette évoque les nouvelles rencontres: « Je suis contente d’être présente pour mes semblables. Homme ou femme, je m’entends bien avec tout le monde », dit-elle. À la résidence Bruyère d’Ottawa, la centenaire a tissé de belles amitiés. Mais, qui dit grand nombre de relations dit grand nombre de pertes: « Voir mes proches souffrir de tout leur être, puis apprendre leur trépas est toujours une expérience pitoyable. C’est difficile de comprendre leur souffrance et ça me rappelle qu’un jour ou l’autre, je serai frappée à mon tour par l’inévitable. » 

Survivre à tout le monde

Michèle Osborne, présidente de l’Association québécoise des centres communautaires pour ainés (AQCCA) côtoie le Troisième âge depuis plus de 36 ans. « Plus une personne vieillit, plus son réseau social s’effrite à cause des départs. S’il s’avère qu’elle perd un enfant, le deuil devient la pire épreuve à traverser. Elle perd tous ses repères, car ce n’est pas dans l’ordre normal des choses. » 

Neveu de Sœur Lauriette, Bernard Adam, 73 ans, est le premier bébé que la sœur a bercé. Il est aujourd’hui sa plus vieille connaissance vivante: « Ma tante est issue d’une famille de neuf enfants. Est-ce parce qu’elle était celle du milieu qu’elle est la dernière survivante des Adam? » La centenaire rétorque en riant: « Je pense que le clan a prié pour que je vive longtemps et que mon créateur divin désire me garder encore! » Elle lui a d’ailleurs consacré plus de 75 ans de sa vie. Bernard, son préféré, comme elle dit, relate: « À titre de missionnaire religieuse, ma tante est allée un peu partout sur la planète. Elle a la santé de fer propre à la famille. » 

Une question de gênes?

Sœur Lauriette aurait-elle imaginé voir 100 printemps? « Pas du tout! Mon père est mort à 62 ans, ma mère à 64 ans. » Donc, peut-on présumer qu’une bonne génétique n’est pas forcément gage de longévité? Monique Lanoix rappelle que l’éducation, la pauvreté — les mieux nantis vivent plus longtemps —  et, entre autres, le racisme jouent un rôle dans l’espérance de vie. 

Celle qui mène des recherches sur les soins et les personnes vieillissantes ainsi que sur les enjeux éthiques, révèle que le groupe des adultes âgés de 65 ans et plus a maintenant dépassé celui des  15 ans et plus. Partant de ce fait, elle croit qu’il faut repenser notre environnement, puisque les enjeux liés au vieillissement ne sont pas uniquement d’ordre médical. D’autre part, elle trouve regrettable que les médias dressent un portrait sombre du vieillissement.  

Casser le moule

Dans le même ordre d’idée, Mme Osborne défend avec véhémence le droit de vieillir différemment: « Ce sont 17% des personnes âgées qui finissent leur vie en CHSLD, peu importe l’âge, contre 83% qui vieillissent sereinement à la maison ou dans leur famille. Je constate, notamment au niveau du réseau de la santé, qu’on a mis en place une espèce de moule. » 

Mme Osborne relate une étude menée par Martine Lagacé, professeure et chercheuse à l’Université d’Ottawa qui, pendant 10 ans, a épluché les articles portant sur les ainés de quelques publications. Dans 90% des cas, on parlait de la lourdeur, de la maladie, du coût des aînés, du pouvoir gris. Mme Osborne commente: « Comment peut-on envisager un vieillissement réussi si on en parle que négativement? Cessons de faire de l’âgisme! Ce n’est pas tout le monde qui est si amoché. » 

Comment vivre vieux et heureux?

« Le bonheur, c’est une philosophie de vie », répond Mme Osborne. « Bien sûr, les aspects psychosociaux entrent en ligne de compte, mais, comme je suis de la théorie de la continuité, si toute sa vie on a vu le verre à moitié plein, cela ne changera pas en vieillissant. » À preuve, sa grand-mère, décédée à 92 ans, a vu six de ses garçons mourir en six mois. Ç’a été des pertes évidemment extrêmement difficiles, mais elle s’est relevée avec résilience de cette terrible épreuve, comme elle l’a fait tant d’autres fois dans sa longue vie. 

Bernard Adam témoigne aussi en ce sens: « À 96 ans, ma mère Anita Adam habite toujours seule dans sa maison à deux étages, plante ses fleurs, balaie son balcon, etc. Par contre, maintenant, elle se fait conduire et elle dit qu’elle a son chauffeur privé. Elle voit la vie du bon côté! » Et lui, vise-t-il aussi un siècle d’existence? « La mère de ma mère est morte à 97 ans et celle de cette dernière, à 100 ans, donc, évidemment! » Le neveu de Sœur Lauriette se sent privilégié d’avoir encore des proches avec toutes leurs facultés: « Ces personnes ont passé de durs moments, nous en vivons actuellement et il y en aura d’autres. » Toutefois, le septuagénaire a confiance que l’humain va passer à travers: « On est des vivants, carpe diem! »

Le mot de la fin va à Mme Osborne: « Il y a des personnes âgées de 90 ans et plus super actives, qui mènent le monde, qui voyagent partout. Il y en a d’autres qui sont presque en fin de vie étant très hypothéquées. Si la société peut reconnaître qu’il y a autant d’individus âgés qu’il y a de façons de vivre, déjà on aura fait un grand pas. » 

Le secret du bonheur

  1. La perspective biopsychosociale permet de constater que le vieillissement varie d’une personne à l’autre.  
  2. L’aîné d’aujourd’hui s’investit davantage dans sa santé globale et s’implique dans le bénévolat.
  3. L’activité physique devient un élément vital au bien-être des aînés. L’entraînement augmente les habiletés physique, psychologique et émotionnelle au quotidien.
  4. La contribution des aînés à la vie sociale ainsi que la valorisation de l’expérience maintiennent l’estime de soi de ceux-ci.      
  5. La disponibilité des ressources, des services et des groupes de support préserve l’action et évite l’isolement social.
  6. Favoriser la bientraitance et éviter les mythes et les préjugés chez nos aînés sont des facteurs de protection contre le sentiment d’impuissance, permettant ainsi un vieillissement actif et heureux.
  7. Les statistiques nous ont démontré que plus de 89% des personnes âgées se disaient satisfaites ou très satisfaites de leur vie. Il est toutefois malheureux de constater que ce pourcentage n’est plus précis depuis la Covid-19, mais l’espoir du retour à la normale se fait bien sentir chez nos aînés.     

Source : Centre Action générations des aînés de la Vallée-de-la-lièvre.

Le Droit FAMILLE vous recommande

Centre Action génération des aînés de la Vallée-de-la-Lièvre: cagavl.ca
Fondation pour les Aînés de l’Outaouais: cabaneenboisrond.com
Centre Guigues Ottawa: montfortrenaissance.ca, onglet « Services aux aînés ».
Rendez-vous des aînés francophones d’Ottawa: rafo.ca