En toute intimité

Famille recomposée : Petit guide pour réussir

Jean-Marc Dufresne
Collaboration spéciale
Contenu commandité
Tous deux trentenaires en 2012, France Dubois et Marc Robitaille tentaient chacun de bâtir leur vie sur les ruines de leur précédente union. France a trois enfants, Marc en a deux. Leur décision de faire vie commune ne signifie pas seulement d’accepter de donner une seconde chance à l’amour : c’est aussi de mettre en place les jalons nécessaires pour réussir là où on a échoué une première fois.

Le visage de France Dubois est devenu familier en Outaouais. La directrice générale de la SPCA de l’Outaouais a animé pendant plusieurs années des capsules d’information sur les activités du centre sur les ondes de la télévision locale (TVA). C’est là qu’elle a rencontré Marc Robitaille, celui qui allait devenir son nouveau conjoint.


« Marc siégeait au conseil d’administration de la SPCA. Ensuite, nous nous sommes perdus de vue pendant quelques années. Un jour, j’ai pensé l’inviter à un vins et fromages regroupant d’anciens membres. J’étais séparée à l’époque et lui aussi, depuis environ un an. Ç’a parti de là. »
France

Réussir dans la vie
Très jeune, France Dubois a développé son amour des animaux, au grand désarroi de ses parents qui s’opposaient à toute adoption. Qu’à cela ne tienne : France déniche à l’adolescence, un emploi à la SPCA de l’Outaouais, où elle gravit ensuite les échelons pendant 25 ans pour occuper aujourd’hui les fonctions de directrice générale. L’œil vif, on imagine facilement qu’elle fait tourner les têtes sur son passage; mais ce sont ses qualités de dirigeante humaine et ses nombreuses compétences qui en font un atout précieux pour l’organisme.

Son conjoint des huit dernières années, Marc, est lui aussi plutôt gâté par la génétique. D’un naturel calme et posé, cet ex-joueur de hockey (il a fait le club-école des Maple Leafs de Toronto) a le profil typique de cette nouvelle génération d’athlètes qui sont aussi des gens d’affaires aguerris : son travail consiste à vendre et gérer des inventaires d’énergie pour une entreprise privée de la région. Autant Marc que France sont susceptibles d’avoir des horaires qui débordent du 9 à 5 quotidien, et leurs soirées sont occasionnellement passées à terminer du travail à la maison.

Maxime et Yanick, frères par alliance.

Réussir à s’unir
Aujourd’hui, le couple semble vivre un conte de fées. Les enfants s’entendent merveilleusement ensemble et les relations avec les « ex » sont paisibles, avec un partage de garde légale une semaine sur deux. Comme d’autres couples, les Dubois-Robitaille ont choisi d’avoir tous les enfants à la maison la même semaine; la suivante leur permet d’accomplir certaines tâches et de se garder du temps pour eux. « Durant les joutes de hockey de son garçon, je suis assise à côté de la maman et on jase; quand le père de mes enfants vient les chercher, il discute avec Marc. Peu importe ce que nous avons vécu dans le passé, c’est important que les enfants voient qu’on est une grande famille », précise la maman. France est la mère de Frédérick, 19 ans, Alexandre, 15 ans et Maxime, 11 ans. Marc est le père d’Éliane, 10 ans et Yanick, 9 ans. Quand une famille recons-tituée se forme, on demande à des enfants d’accepter pour frères et sœurs d’autres enfants qu’ils ne connaissent pas, sous prétexte que leurs parents respectifs s’aiment. Comment réussir cette fusion et éviter la guerre? 

« Dans notre cas, nous avons pris notre temps », indique France. « On a mis trois ans avant de faire vie commune. Les enfants se sont côtoyés et ont appris à se connaître graduellement. Ils ont eu le temps de vivre la séparation et de vivre avec un seul parent à la fois. Ensuite, ils ont vu papa et maman heureux avec quelqu’un dans leur vie. On a fait des activités agréables les deux familles ensemble et les enfants se sont connus dans un contexte positif. Ils ont créé rapidement des liens d’amitié. »

Frères et sœur
Il faut dire que les trois plus jeunes étaient âgés de deux ans et moins lorsque Marc et France ont commencé à se fréquenter; ils se sont toujours considérés frères et sœur. Au début, le défi était de moduler les règles en fonction de l’âge. Le garçon de 12 ans aura des latitudes auxquelles ne peut prétendre son frère huit ans plus jeune… 

Et les grands-parents? Comment réagissent-ils quand ils apprennent soudain l’ajout de deux ou trois petits-enfants? Marc regarde France dans les yeux. « Tu ne le sais peut-être pas », dit-il, « mais quand ça faisait à peu près un an et demi qu’on sortait ensemble, j’ai eu une discussion franche avec mes parents. Je leur ai parlé de toi et de tes enfants. Je leur ai dit que je partageais les valeurs d’égalité de mes parents et je leur ai demandé d’accueillir tes enfants au même titre que les miens. » Comment ont-ils réagi? « À bras ouverts! »

Du côté de France, ses parents ont réagi avec la même tolérance et ouverture d’esprit qu’ils ont toujours affiché. 

Les enfants de l’autre 
Au sein d’une même famille biologique, des enfants peuvent avoir des caractères très différents. Imaginez maintenant des enfants élevés par quelqu’un d’autre… Cet apprentissage n’est pas toujours facile, explique France : 

« Avant qu’on cohabite, il y a des situations qui sont parfois venues me chercher. Je me suis dit est-ce que je suis prête à m’embarquer là-dedans? Mais il y a eu un moment en particulier, un événement charnière pour moi. Un soir, alors que je venais de border la petite pour le dodo, elle devait avoir deux ans et demi… J’étais allongée près d’elle. Elle m’a regardé tendrement et elle m’a dit je t’aime, France! C’est venu chercher mon cœur! Depuis, je parle d’eux comme de mes cinq enfants. Je ne vais jamais dire aux enfants de Marc que je suis leur mère, ils en ont déjà une. Mais je les considère comme mes enfants, je les traite comme les miens. »

Frédérick et son frère Alexandre.

De son côté, l’ex-conjoint de France a aussi trouvé l’âme sœur, une femme qui, elle aussi, a appris à aimer leurs enfants comme s’ils étaient les siens. Une période difficile pour France pendant une semaine ou deux, quand elle s’est sentie « remplacée » dans son rôle de mère. Mais de voir ses enfants heureux et bien traités a vite fait de dissiper ce sentiment. « Tu réalises que c’est précieux, ça. Il y en a des belles-mères qui font la vie dure aux enfants. »

Bien que les enfants de Marc n’aient pas encore atteint l’adolescence, France se réjouit de ne jamais s’être fait dire « t’es pas ma mère! », phrase assassine que craignent les nouveaux conjoints. Probablement une conséquence de l’emphase que met le couple à enseigner le respect mutuel aux enfants.

Le secret du succès
Pourquoi l’union de France et Marc réussit-elle où d’autres, incluant eux-mêmes, ont échoué? On dit que les contraires s’attirent. Mais pour ce couple heureux, le bonheur vient plutôt des valeurs qu’ils partagent : respect, discipline, politesse et honnêteté.

« On voit l’éducation des enfants de la même façon. On partage des objectifs de vie communs », explique France. « Nous sommes des parents, mais on est aussi un couple. Avec les enfants une semaine sur deux, ça nous donne la chance de passer plus de temps ensemble que des couples mariés qui ont les enfants tous les jours. Autant la vie familiale est intense et gratifiante, autant nos moments seuls sont appréciés. Ça nous permet de voyager ou de travailler à la maison. Parfois, on a hâte au départ des enfants, mais dès qu’ils sont partis, on s’ennuie d’eux. »

Marc ajoute : « On est tous les deux gestionnaires. Peut-être que ça nous aide à affronter les difficultés en mode résolution de problème. On prend du recul, on analyse, on recherche la meilleure solution et on se retrouve pour en discuter, chacun restant ouvert à l’opinion de l’autre. Il faut aussi avoir un bon sens de l’organisation, sans quoi, ce serait le bordel! »


France et Éliane, la fille de Marc.

De façon amusante, l’inverse est aussi vrai pour France, qui applique parfois au travail des leçons tirées de la vie de famille : « Y’a plein de trucs dans ma vie professionnelle ou personnelle qui sont interchangeables : de dire à un employé, comme à mes enfants, essaie de te mettre à la place de l’autre; essaie de comprendre ce qu’il vit. Les gens ne réagissent pas tous de la même façon et il faut pouvoir s’adapter. Parfois, je fais un parallèle avec quelque chose de similaire qu’on a vécu avec les enfants, je leur dis on a fait ça comme ça, et des fois, je me dis qu’ils vont me trouver ben fatigante! » Jusqu’à présent toutefois, France a résisté à la tentation d’envoyer un employé en punition à genoux dans le coin…

Éliane et son chien Karamel.

Apprendre à connaître les enfants de l’autre, c’est aussi devoir déchiffrer la personnalité de chacun. L’enfant câlin qui a besoin d’affection; celui, plus distant, qui a besoin qu’on respecte sa « bulle »; et c’est sans compter l’arrivée de l’Âge ingrat, période où l’enfant câlin refuse désormais la « disgrâce » d’être câliné ou embrassé (surtout devant ses amis) et moment où la petite fille qui parlait tout le temps a maintenant ses secrets.

En rafale

Qui cuisine le mieux?
« Marc, définitivement. Moi, je préfère faire des repas plus simples ou suivre  un livre de recettes, mais Marc peut faire un repas pour 20 personnes sans aide et sans rien manquer! »

La plus grande qualité/ le plus grand défaut
Marc :  « Il est ouvert d’esprit. Il accueille l’opinion de l’autre et il est extrêmement généreux. » « Quand il veut quelque chose, c’est tout de suite. Parfois avec les enfants, il faut prendre des détours; il est moins fort là-dessus. »

France : « Elle réfléchit beaucoup et évite des décisions sur un coup de tête. » « Parfois je la trouve trop permissive ou conciliante avec les enfants. Je pense qu’elle finit par le regretter plus tard. »

C’est à qui le pitou?
Sans surprise, la petite famille a deux chiens, Ruby et Karamel. Pas de chat, Marc en est allergique. Ce sont évidemment des réfugiés de la SPCA, dont l’hébergement temporaire est devenu permanent par la force des choses. Après 25 ans dans le domaine animalier, France Dubois est à même de témoigner de l’impact positif d’un animal de compagnie dans une famille, un luxe qu’elle n’a pu se permettre qu’à l’âge adulte en raison du refus de ses parents à l’époque.

« Honnêtement, je pense que la présence des chiens a beaucoup aidé les enfants pendant la période de transition. Nos enfants sont très près de leurs animaux. Ils ne manquent pas d’attention! Ils s’en occupent bien. Apporter des soins les responsabilise et on leur apprend à être respectueux des animaux. Si le chien grogne ou montre des signes d’impatience, on le laisse tranquille. On ne laisse pas le chien sauter sur le lit ou sur les gens, on ne lui donne pas de nourriture à la table, parce que ça fait des animaux ingérables et c’est souvent ce qui provoque l’abandon des animaux. »

Marc pousse encore plus loin la réflexion : « On a tous notre attachement aux chiens, on a tous besoin de l’affection qu’ils apportent à un moment donné ou l’autre. La semaine dernière, j’ai pris Ruby sur moi. C’est très rare que ça m’arrive. Ça correspondait à un besoin à ce moment-là. Bien s’occuper d’un animal, ça reste une responsabilité qu’on a envers un être vivant et on se doit d’être responsable. »

France et Marc sont visiblement fiers de l’équilibre qu’ils ont atteint en relevant un pari qui n’était pas gagné d’avance. Le respect, le partage de valeurs communes et la communication ont été des éléments-clés de leur réussite. Sur les cuisses de Marc, Karamel semble d’accord. Après tout, quand la queue bouge, c’est bon signe!