Une allergie alimentaire (anaphylaxie), c’est un peu comme si le corps humain se sentait agressé par une substance qui, souvent, est inoffensive.

Alimentation

Allergies alimentaires: les risques de la banalisation

« Les gens pensent que ça cause quelques boutons et des démangeaisons. Ils ne croient pas réellement que ça peut causer la mort en quelques secondes. Les mamans passent souvent pour des hystériques irrationnelles. Les sorties aux restaurant et les rencontres familiales peuvent devenir un calvaire à cause des risques de réaction allergique et du manque de vigilance ou de connaissance des gens présents. » — Marie-Josée, maman d’enfants allergiques

Même si ses garçons sont des préados et même si leurs allergies alimentaires semblent sous contrôle, Marie-Josée et son conjoint Luc ne peuvent se permettre le luxe de baisser la garde. Il n’est pas loin le souvenir de leur petit en convulsion sur le sol, le visage bleu, enflé et presque méconnaissable en raison d’une réaction allergique aux noix. Le chemin de l’hôpital, ils le connaissent par cœur. Et si la vie semble maintenant normale, la peur reste là, tapie dans l’ombre, jamais très loin. 

Quand le corps s’attaque

Une allergie alimentaire (anaphylaxie), c’est un peu comme si le corps humain se sentait agressé par une substance qui, souvent, est inoffensive. Dans son effort pour neutraliser ce qu’il perçoit comme une menace, le corps produit des composés nocifs. Selon les récepteurs qu’ils touchent, ces médiateurs (par exemple, l’histamine) provoquent une réaction du système immunitaire. En cas de réaction forte, des doses massives sont relâchées et peuvent provoquer une obstruction des voies respiratoire, de fortes irruptions cutanées et la dilatation de vaisseaux sanguins.

Les allergies alimentaires graves frappent davantage les enfants que les adultes.

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LES SYMPTÔMES DE L'ANAPHYLAXIE*

Il s'agit de symptômes graves qui peuvent toucher un ou plusieurs systèmes à la fois : la bouche, la peau, les systèmes gastro-intestinal, respiratoire, cardio-vasculaire, etc.

Bouche

Démangeaisons des lèvres, de la langue, du palais; enflure des lèvres, de la langue ; goût métallique dans la bouche

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Peau 

Rougeurs, éruptions (boutons), démangeaisons, urticaire, enflures, chaleur

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Gastro-intestinal 

Maux de cœur (nausée), douleurs ou crampes au ventre, vomissements, diarrhées

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Respiratoire 

Serrement de la gorge, difficulté à avaler, modification des pleurs chez les jeunes enfants, démangeaisons des canaux auditifs externes et du nez, congestion nasale, écoulement nasal, essoufflement, difficulté à respirer, respiration bruyante, sensation d'étouffement, toux persistante, voix rauque, couleur bleutée de la peau

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Cardio-vasculaire 

Pouls rapide et faible, pâleur, sueurs froides, couleur bleutée de la peau, faiblesse, perte de conscience, étourdissements, douleur à la poitrine, chute de tension artérielle

Il faut se rappeler que les réactions sévères de type anaphylactiques sont imprévisibles. Pour la même personne, les signes et symptômes ainsi que leur progression peuvent varier significativement d'un épisode à l'autre.

Comment le corps humain, merveille de technologie biomécanique, peut-il se méprendre? Comment peut-il déclencher des mesures de protection qui risque de le tuer? « On ne le sait pas », reconnaît le professeur de médecine de l’Université d’Ottawa, Dr Denis Chauret. « Malgré les nombreuses recherches dans ce domaine, toute la mécanique qui fait qu’on devient allergique reste inconnue. On sait cependant que la génétique ne joue qu’un rôle mineur. »

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Désensibilisation

Ce qui contribue à l’inquiétude est que les allergies alimentaires graves frappent davantage les enfants que les adultes.

L’un des outils dont dispose la médecine est la désensibilisation, où l’on expose graduellement la personne allergique à un déclencheur dans un environnement contrôlé. Mais cette technique appelée immunothérapie est encore peu répandue en dehors de l’Hôpital Ste-Justine de Montréal. Et elle ne convainc pas Marie-Josée.

« La désensibilisation ne semble pas une partie de plaisir. C'est très exigeant et les réactions graves sont quand même possibles. Je crois que c'est mieux contrôlé maintenant, mais des premiers essais que j'avais vu, les gens devaient parfois utiliser leur Epipen. » Ses deux garçons ne se disent pas du tout intéressés à prendre le risque.

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ALLERGIE, INTOLÉRANCE... OU CAPRICE

Il convient de ne pas confondre l’allergie alimentaire, dont la réaction peut être mortelle, avec l’intolérance (par exemple, au lactose). L'intolérance au lactose est causée par une incapacité de l'organisme à décomposer le lactose, un sucre naturel présent dans le lait. Elle diffère de l'allergie au lait, qui est provoquée par une réaction immunitaire à la protéine du lait de vache. 

Bien qu’elle puisse occasionner des crampes et de l’inconfort, l’intolérance ne met pas la vie en danger. De plus, dans certains cas, la personne incommodée peut tolérer de petites quantités de lait, tandis qu’une personne allergique n’a besoin que d’une trace d’allergène pour risquer une forte réaction pouvant aller jusqu’à la mort.

À ne pas confondre avec l’adulte qui prétend une allergie aux fruits de mer pour justifier qu’il n’en mange pas, ou l’enfant qui simule le mal de cœur en mangeant des légumes verts…

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On en guérit ?

Selon les diététistes du Canada, chez certains enfants, l’allergie au lait, au soya ou aux œufs se passe en quelques années. Les allergies aux arachides, aux noix, au poisson et aux fruits de mer sont plus susceptibles de durer jusqu’à l’âge adulte. 

Chez 20 % des enfants, l’allergie aux arachides peut se passer avant qu’ils ne commencent à aller à l’école.

Les allergies graves sont généralement bien contrôlées à la maison, notamment grâce aux progrès faits dans l’identification des ingrédients, croit Marie-Josée : « L'étiquetage des aliments au Québec est maintenant assez intéressant. Mais ce n'est pas comme ça partout. Les gens ont parfois d'assez grande difficulté pour se nourrir à l'étranger lorsqu'ils voyagent. »

Et c’est sans compter la roulette russe du repas au resto, où le contrôle des aliments allergènes varient énormément d’une place à l’autre et où la vie dépend parfois de la compétence du personnel. Comment ne pas avoir frais en mémoire le cas de ce client qui a failli mourir d’une réaction grave dans un restaurant de Sherbrooke, quand on lui a servi par erreur un tartare de saumon plutôt que le tartare au bœuf qu’il avait commandé !

C’est pourquoi l’Epipen, un injecteur d’adrénaline, accompagne toujours la personne qui souffre d’une allergie grave. À la condition que le produit ne soit pas en rupture de stock!

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PÉNURIE D'EPIPEN

Pfizer Canada allègue un « problème de fabrication » pour expliquer la pénurie d’Epipen en août au pays. Une usine américaine a été blâmée entre autres pour sa gestion des injecteurs défectueux et pour des défauts qui rendent l’injecteur inefficace. Si plusieurs entreprises se partagent ce marché aux USA, Pfizer en a le monopole au Canada, ce qui explique la pénurie ici. L’usine américaine a été sommée de corriger le problème rapidement. 

« Cette pénurie a été trop brève pour avoir eu un impact sur le nombre ou la sévérité des cas de réactions accueillis à l’urgence », confie l’urgentologue du CHEO Waleed Alqurashi. Le service voit d’un à trois cas par jour. « Une étude pancanadienne indique que le nombre de cas de réaction allergique sévère à un aliment a plus que doublé entre 2006-2007 et 2013-2014; c’est clair qu’il se passe quelque chose », déplore-t-il.  

Médecin spécialiste à la clinique d’allergologie de l’Hôpital Montfort, le Dr. Chauret ajoute : « La date de péremption de l’Epipen est toujours la dernière journée du mois. Donc, « Utiliser avant août 2018 » doit être interprété comme étant le 31 août 2018. En cas de pénurie, discutez avec votre pharmacien des alternatives. »

*Source : Allergies Québec

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