Les négociations du secteur public

Renouvellement des conventions collectives: Du chemin à parcourir

Capitales Studio
Une réalisation du service de la promotion
Les conventions collectives de travail du secteur public viennent à échéance le 31 mars. La ronde de négociations bat son plein. Dans un contexte économique favorable, les partenaires ont mis leurs pions sur la table. La partie est loin d’être jouée, car les positions des uns et des autres semblent des plus éloignées. Il reste beaucoup de chemin à faire pour trouver un accord.

«La finalité première du processus de négociations entre les parties patronale et syndicale est de parvenir à la conclusion d’une convention collective de travail déterminant les conditions de travail des salariés chez un em­plo­yeur. Cette entente collective est applicable à l’ensemble des salariés actuels ou futurs compris dans une unité de négociation».

Cette définition, tirée du site internet du ministère du Travail, Emploi et Solidarité sociale pose bien le cadre de cette nouvelle ronde de négociations qui s’est ouverte en automne 2019.

Un contexte économique favorable

Si les deux dernières rondes de négociations, celles de 2009-2010 et de 2014-2015, visaient avant tout, pour les syndiqués, à préserver leurs acquis, devant la volonté d’austérité du gouvernement libéral, le contexte est différent aujourd’hui.

L’économie va bien. Le gouver­nement de la CAQ a pu annoncer d’importants surplus budgétaires lors de la dernière mise à jour effectuée en novembre dernier. Trois milliards de dollars de plus que prévu donnent un large sourire au ministre des Finances, Éric Girard, qui a pu avancer la réalisation des promesses touchant la hausse de l’allocation famille et l’abolition de la majoration du tarif des services de garde subventionnés, entre autres.

Si la situation financière de l’État québécois est enviable, il ne reste pas moins que de nombreux défis attendent le gouvernement. Le taux de chômage historiquement bas amène avec lui une pénurie de main-d’œuvre qui freine la croissance économique et qui pourrait, à terme, poser de nombreux problèmes aux entreprises. Déjà, certains services publics, dans le milieu hospitalier notamment, souffrent de ce manque de personnel.


« Même s’il n’y a pas de front commun, les syndicats vont tous dans la même direction, ils demandent un rattrapage salarial conséquent. »
Christian Daigle, président général du SFPQ

«Les surplus n’appartiennent pas aux syndicats»

«Je veux être bien clair. On a beaucoup parlé des surplus. Or, quand on respecte nos engagements de remettre de l’argent dans le portefeuille des Québécois, il n’en reste plus de marge de manœuvre », a ainsi déclaré le premier ministre du Québec, François Legault, au terme d’un caucus des députés de la CAQ, qui se tenait à Rivière-du-Loup en septembre 2019.

«Les employés de la fonction publique, il va falloir s’en tenir autour de l’inflation», a tranché le premier ministre. «Les surplus appartiennent aux Québécois, ils n’appartiennent pas aux groupes de pression, ils n’appartiennent pas aux syndicats», a-t-il encore ajouté. La clarté de ces déclarations a mis la table aux propositions du gouvernement. 

Le président du Conseil du Trésor Christian Dubé, s’il ouvre la porte à des augmentations plus substantielles pour des catégories de personnel bien définies comme les enseignants ou les préposés aux bénéficiaires, par exemple, n’offre que 7% sur cinq ans et une prime unique de 1000$ à ceux qui sont en haut des échelles salariales. Il propose également trois forums de négociations pour des questions précises.

Un rattrapage est nécessaire

Si, lors de la dernière ronde de négociations en 2014/2015, le gouvernement faisait face à un front syndical uni, ce n’est pas le cas aujourd’hui. «On a consulté sur des bases différentes, on en est arrivés à des demandes qui sont différentes et on n’avait pas tout à fait la même stratégie», expliquait le président de la FTQ, Daniel Boyer, en octobre 2019.

Même s’il n’y a pas de front commun, les syndicats vont tous dans la même direction, ils demandent un rattrapage salarial conséquent. «Il faut combler le fossé salarial qui sépare la fonction publique du reste du Québec. Nous revendiquons des salaires au moins comparables à ceux des autres travailleurs du Québec occupant des emplois équivalents. À fonction égale, salaire égal», avance, par exemple, le président général du SFPQ, Christian Daigle.

D’autres chiffrent leurs deman­des, mais tous revendiquent un rattrapage sur les salaires et surtout une amélioration de leurs conditions de travail. On le voit, on est loin de la coupe aux lèvres et le fossé semble difficile à résorber. Ces prochains mois nous montreront quel chemin chacun est prêt à parcourir pour aller dans la
direction de l’autre partenaire de ces négociations.

En chiffres

550 000 
employés de l’État négocient cette année

7 % 
d’augmentation salariale proposée sur cinq ans

1000 $
prime pour ceux qui sont en haut des échelles salariales

36 155 $
salaire moyen des employés du secteur public

6,2 %
de retard salarial à cause de l’austérité libérale (FTQ)