Les négociations du secteur public

La FAE: Redonner du souffle à la profession enseignante

La Fédération autonome de l’enseignement (FAE) veut répondre aux messages de détresse qu’elle reçoit des enseignants. Dans le cadre des négociations entourant le renouvellement des con­ventions collectives de ses membres, elle a formulé nombre de revendications pour contrer la crise, qui sévit actuellement dans le réseau de l’éducation.

Selon Sylvain Mallette, président et porte-parole de la FAE, les enseignants souffrent en raison notamment du manque de reconnaissance de leur expertise. Cette souffrance a pour conséquence la pénurie de personnel et la désertion professionnelle. «On le sait, près de 25% des profs vont quitter leur travail avant la cinquième année de pratique.» D’autres prennent une retraite préma­turée. «il y a des profs qui font le choix de s’appauvrir, de subir des réductions de rentes, qui font le choix d’abandonner parce qu’ils n’en peuvent plus», ajoute-t-il. Il dénote aussi que le nombre d’invalidités liées à la détresse psychologique explose. 

Ce sont ces constats qui ont guidé la FAE dans la préparation de ses demandes au gouvernement Legault. 

Rattrapage salarial

La FAE s’indigne de la proposition de la partie patronale de consentir à une augmentation salariale de 7% sur cinq ans. «C’est en deçà du coût de la vie, de l’inflation! Ce que le gouvernement nous dit, c’est qu’il va maintenir les profs au dernier rang canadien», dit Sylvain Malette. L’organisation syndicale demande:

• de faire disparaître les six premiers échelons de l’échelle et d’ajuster les salaires au niveau de la moyenne canadienne;

• que pour la durée du nouveau contrat de travail, les échelons de la nouvelle échelle salariale soient majorés d’au moins 3 % annuellement, dès le 1er avril 2020.

La précarité des emplois représente aussi un enjeu important de la négociation. «Il y a des profs qui prennent leur retraite après 35 ans de travail et dont l’emploi a toujours été précaire. C’est anormal», dit le président de la FAE.

Sylvain Mallette, président et porte-parole de la Fédération 
autonome de l’enseignement

Revaloriser la profession enseignante

L’organisation syndicale souhaite qu’on revalorise la profession en assurant la liberté pédagogique aux enseignants. Il y a des programmes à suivre et des encadrements légaux à respecter, mais les enseignants doivent pouvoir décider des approches pédagogiques, des moyens d’évaluation et des méthodes d’intervention. «Ce qu’on veut, c’est être reconnu comme les premiers experts de la pédagogie», explique Sylvain Malette, qui a une longue expérience en enseignement. 

Les profs doivent rendre beaucoup de comptes, faire de la pape­rasse et remplir des tâches administratives. «Ce n’est pas ça un prof. Un prof, c’est d’abord et avant tout quelqu’un qui transmet», insiste-t-il.

Des moyens adaptés en milieu défavorisé

La FAE représente les quatre grands pôles urbains du Québec. En 2017, 62,7% des élèves inscrits à l’école publique sur l’île de Montréal étaient issus de l’immigration. De plus, 84% des élèves québécois du primaire qui vivent dans les pires conditions de défavorisation habitent Montréal. La région de l’Outaouais n’est pas non plus épargnée. Les établis­sements dans les milieux défavorisés doivent disposer de ressources adéquates, selon le porte-parole, qui rappelle l’idée derrière la création de l’école publique il y a 60 ans: «C’était un lieu où l’égalité des chances prenait son sens.» 

Le visage de l’immigration au Québec a changé. Beaucoup d’enfants arrivent avec des passés très lourds. Ils ont vécu des périodes de guerre et souvent ils ont été peu ou pas du tout scolarisés. La FAE souhaite que les classes d’accueil répondent aux besoins des élèves… et non aux contraintes budgétaires. «On a les moyens! Le gouvernement ne sait plus comment camoufler ses surplus», conclut Sylvain Mallette.

La Fédération autonome de l’enseignement (FAE) regroupe neuf syndicats. Ses 45000 membres se trouvent dans cinq régions du Québec: Montréal, Laval, Québec, Outaouais, Estrie et Montérégie. La FAE représente:

  • des enseignants du préscolaire, du primaire, du secondaire, de l’enseignement en milieu carcéral, de la formation professionnelle et de l’éducation des adultes;
  • le personnel scolaire des écoles Peter Hall et du Centre académique Fournier;
  • les 1700 membres de l’Association de personnes retraitées de la FAE (APR FAE).

www.lafae.qc.ca