Le travail en pleine mutation

Quel emploi occuperez-vous dans 5 ou 10 ans?

Une réalisation du service de la promotion
Capitales Studio
La tradition qui veut qu’un employeur récompense ses employés qui comptent 25 années de service en leur offrant une montre-bracelet est appelée à disparaître. Aujourd’hui, bien peu de travailleurs passeront plus de 10 ans au sein d’une même entreprise. Alors qu’il était traditionnellement mal vu de passer souvent d’un employeur à un autre, une nouvelle étude réalisée par le réseau social professionnel LinkedIn indique qu’il serait même souhaitable de changer de travail et d’entreprise tous les trois ans afin de se valoriser sur le marché du travail. Selon le magazine Forbes, il semblerait même que les employés qui sont constamment à la quête de défis gagneraient 50 % plus d’argent au cours de leur vie que ceux qui travaillent plus de deux ans pour une même entreprise.

Le choix des Y

La génération Y a très bien compris les avantages de changer régulièrement d’emploi. Au lieu de viser la stabilité en s’accrochant à un emploi pour la vie, l’objectif est maintenant de cultiver son employabilité en développant ses compétences, son expérience et son expertise, de manière à obtenir le meilleur travail ­disponible, indépendamment de l’employeur. Maîtrisant l’anglais et les nouvelles technologies de l’information, les nouveaux diplômés peuvent travailler n’importe où dans le monde ou même décrocher des contrats aux quatre coins de la planète. Et grâce à la technologie, des milliers d’offres d’emploi sont maintenant à portée de clic. 

Le monde change

Quelles sont les entreprises les plus prospères actuellement? Bon nombre des géants actuels de notre économie, tels que Google, Amazon et Facebook, étaient pratiquement inconnus il y a 20 ans. Aujourd’hui, Amazon compte à lui seul plus de 341 000 employés dans le monde et connaît une croissance fulgurante. Depuis la fin de 2014, les effectifs d’Amazon ont plus que doublé.

À la vitesse à laquelle la technologie évolue, qui sait quels seront les métiers en demande dans dix ou quinze ans  ? Selon une étude du cabinet américain Wagepoint, 60 % des métiers qui seront exercés en 2030 n’existent pas encore actuellement. Difficile de choisir un champ d’études avec de telles perspectives. 

À l’ère des machines

Parallèlement, plusieurs emplois risquent de disparaître au cours des prochaines années. On estime que jusqu’à 47 % des emplois qui existaient aux États-Unis en 2010 sont très susceptibles d’être informatisés et de disparaître au cours des deux prochaines décennies. Pour reprendre l’exemple d’Amazon, le numéro un mondial du commerce en ligne a accru son parc de robots de 50 % en un an. Les 45 000 robots d’Amazon représentent maintenant un employé sur sept. Amazon explique que les robots Kiva permettent surtout à ses salariés d’être plus productifs et d’éviter des tâches pénibles comme les longues marches dans les entrepôts qui font parfois 90 000 m², soit l’équivalent de 14 terrains de football.

Réinventer notre lien au travail

Dans son livre L’emploi est mort, vive le travail, le philosophe Bernard Stiegler prédit que, d’ici une vingtaine d’années, l’automatisation va déferler sur tous les secteurs de l’économie mondiale et signer la mort définitive de l’emploi. Loin d’être apocalyptique, l’auteur espère que la fin de l’emploi sera l’occasion de réinventer le travail au cœur de nos sociétés du numérique et de construire une économie contributive. Il prêche pour un nouveau modèle économique, dont le salaire ne serait plus le cœur.

Économie de partage

Parmi les modèles émergents, celui de l’économie de partage, nom donné aux organisations vouées à la mise en commun des ressources telles que Airbnb et Uber, semble très prometteur. Une étude publiée en février par Statistique Canada révèle qu’un Canadien sur dix a déjà eu recours à l’économie de partage pour le transport ou l’hébergement. 

Patrick Cingolani, professeur de sociologie au laboratoire de changement social et politique de l’université Denis-Diderot, estime toutefois qu’il y a une différence entre l’économie de partage qui provient de l’auto-organisation des individus et celui qui est une forme de capitalisme déguisé. « Dans le cas d’Uber, par exemple, il y a une extrême dissymétrie entre cette plateforme, dont la valorisation boursière atteint les 50 milliards de dollars, et les petits indépendants que sont les chauffeurs », explique-t-il.

L’exemple des espaces de coworking, aussi appelés espaces de travail collaboratif ou collectif, illustre bien les avantages de l’économie de partage dans un monde du travail en pleine mutation. Ils fournissent non seulement aux travailleurs autonomes des espaces pour tenir des réunions, mais leur permettent également de briser l’isolement en côtoyant d’autres travailleurs qui vivent les mêmes réalités.