Le Québec de demain automne 2018

La fonction publique manque de main-d’œuvre

La pénurie de main-d’œuvre ne touche pas que le secteur privé. La fonction publique peine également à recruter et à retenir ses employés.

Alors que certains partis politiques proposent de réduire une fois de plus la taille de l’État et ainsi diminuer l’accessibilité de la population à des services publics de qualité, le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ) estime plutôt qu’il y a 15 000 postes à pourvoir dans les cinq prochaines années. Cette évaluation a été réalisée par le Secrétariat du Conseil du Trésor. «Après des années d’austérité, on a atteint la limite. Couper davantage, ce serait nuire aux services à la population», lance le président du SFPQ Christian Daigle à l’intention du prochain titulaire du Conseil du trésor.

Plusieurs corps de métiers et professions sont touchés par le manque de main-d’œuvre. 

«Nous avons un manque criant dans plusieurs domaines : des agents de secrétariat, des ouvriers, des inspecteurs, des techniciens en informatique, en ingénierie, en foresterie, etc. Toutes les régions cherchent à recruter», affirme M. Daigle.

Offrir de meilleures conditions salariales

La principale raison pour laquelle le gouvernement du Québec peine à recruter du personnel serait que les conditions d’attraction et de rétention ne sont pas assez généreuses par rapport au secteur privé, aux villes, aux ­universités et au gouvernement fédéral, soutient le SFPQ.

«Les jeunes font quelques années au sein de la fonction publique et se font ensuite recruter par des firmes privées qui leur offrent de meilleurs salaires. On est vu comme le club école en génie civil et en informatique !», illustre le président.

Les fonctionnaires québécois gagnent en moyenne 20,4% de moins que ceux du fédéral et 39,7 % de moins que ceux des municipalités. «Les salaires stagnent. Nous avons encore du rattrapage à faire si on veut augmenter notre pouvoir d’attraction et être compétitif», poursuit le président.

Christian Daigle, président du SFPQ

Valoriser la fonction publique

Au-delà du rattrapage salarial, la fonction publique souffre également d’une dévalorisation et projette une image négative, estime le SFPQ. Cette représentation biaisée, alimentée par des acteurs politiques et sur la place publique, ne serait pas exclusive à la ­présente campagne électorale. Cependant, elle s’accentue et se renforce depuis plusieurs années. 

«On dépeint la fonction publique de façon négative. Les gens que je représente dans les ministères et les organismes ne font pas des rapports sur des rapports. On donne des services directs et essentiels à la population», insiste le président général du SFPQ. Christian Daigle assure qu’il n’y a personne d’inutile parmi les membres qu’il représente.

Réduire encore une fois la taille de l’État, comme l’a proposé la Coalition avenir Québec (CAQ) dernièrement en campagne électorale, reviendrait à réduire ­l’accessibilité de la population à des services publics de qualité, martèle-t-il. 

Christian Daigle accuse d’ailleurs le chef de la CAQ d’entretenir les préjugés sur la fonction publique à des fins électoralistes. «C’est un message populiste et électoraliste. Il n’a clairement fait aucune analyse avant de faire une telle annonce», s’est-il insurgé.

S’adapter au marché

Plutôt que de dévaloriser ses membres et leur occupation, M. Daigle souhaiterait que le gouvernement encourage davantage le leadership et l’accomplissement au sein de la fonction publique, par le biais de projets motivants, et ainsi augmenter son pouvoir d’attractivité auprès de la jeune génération de travailleurs. 

De façon concrète, le gouvernement doit offrir plus de flexibilité, favoriser davantage la conciliation travail-famille ainsi que le travail d’équipe. 

«La nouvelle génération de travailleurs cherche à s’accomplir professionnellement. C’est à l’État à s’adapter aux nouvelles réalités du marché et à l’intéresser.»