CES CARYATIDES QUI PORTENT LE CIEL

LES RAFTSWOMEN: FEMMES DE TÊTE FEMMES DE RIVIÈRES

Le passage des rapides de Lachine exige alors un grand nombre de bras. Des Amérindiennes volontaires s’engagent sur les cages pour aider à la rame où il faut beaucoup de nerf, de force et de précision, publie William Alexander Foster (1840-1888).

LA FINE FLEUR DE L’AVENTURE
1883. Une cage arrive de Kingston. Il est cinq heures du matin quand des Amérindiennes avec leurs compagnons quittent leur village de Kahnawake avec leurs longs canots et abordent l’immense cage. En équipe expérimentée, 125 Mohawks vont prendre en charge la cage pour la conduire à travers les rapides de Lachine jusqu’à Maisonneuve. Sawatis Aiontonnis, un colosse connu sous le nom de Jean-Baptiste Canadien dit Big John, est l’un des leurs.

La cage est divisée en cinq radeaux de vingt-quatre rameurs et rameuses, douze à l’avant et douze à l’arrière. À l’approche de l’île aux Hérons, les radeaux sont entraînés dans un « gouffre béant où la mort semble ouvrir tout grands ses deux bras décharnés ». Cet  obstacle du Saint-Laurent est très difficile à franchir avec ses 13 m de dénivellation.

AU PARFUM DE L’EXPLOIT
Alors qu’on peut payer sa place à bord, on se souvient d’une frêle passagère.  Chaperonnée, la jeune bourgeoise caresse le désir de descendre en radeau des rapides. L’expédition fait naître chez elle de vives émotions. Affrontant sa peur, l’équipage  remarque son grand courage. C’est à l’unanimité qu’elle est proclamée « vraie Raftwoman ». Ce moment mémorable est chanté : « Nous avons sauté le Long Sault. Nous l’avons sauté tout d’un morceau. »

La poétesse Joan Finnigan (1925-2007) se rappelle du flamboyant Jos Montferrand, pilote de cages. Les filles adoraient danser avec le grand Jos. Il était capable de les faire tournoyer au point qu’elles attrapaient le vertige. L’auteur André-Napoléon Montpetit (1840-1898) dessine ce portrait romantique : les cages de la rivière des Outaouais sous la conduite de Jos « dérivaient sur la rive est, au-dessus des glissoirs, et deux yeux noirs qui le conduisaient lui, se trouvaient sur la rive ouest. Montferrand résolut, à la brunante, d’aller demander des nouvelles de son cœur qu’il avait laissé sur l’autre rive. »

LE PLAISIR EST AU FÉMININ
Plusieurs femmes telles Hélène Baillargeon- Côté (1916-1997), Gaétane de Montreuil (1867- 1951), Frances Anne Hopkins (1838- 1919) et Millicent Mary Chaplin (1790-1858) ont  fièrement contribué à immortaliser par leurs œuvres les faits héroïques des cageux.  Pendant un siècle, tout le monde a vu ces grands convois de bois carré, avec leurs mâts de sapin, leurs banderoles, leurs voiles et leurs cabanes, faisant de chacune d’elles un  petit village qui déambule sur l’onde. Parfois les  dimanches, les mères et leurs enfants avenants sont invités à embarquer sur les cages afin de partager un copieux repas.

Le 22 mai prochain, découvrons les timbres et les affiches à la source de notre « plus  remarquable événement du passé », précise l’écrivaine Jeanne Pomerleau. 

Isabelle Regout et Alexandre Pampalon 
Experts de l’ère des cageux
info@resonance-canada.com

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