Steve Turcotte
Le Nouvelliste
Steve Turcotte
Martin Lavallée est dans le paysage de la LHJMQ depuis 2017.
Martin Lavallée est dans le paysage de la LHJMQ depuis 2017.

Une ligue condamnée à s’ajuster

CHRONIQUE / Quand il est question de la LHJMQ, c’est Gilles Courteau qui attire les projecteurs. Normal, c’est le commissaire, et il y est enraciné depuis des lunes.

À ses côtés depuis 2017, Martin Lavallée prend toutefois de plus en plus d’espace.

C’est lui qui est responsable du protocole sanitaire, depuis le retour au jeu. Avec sa petite armée, il a confectionné une brique d’une cinquantaine de pages qui a permis aux équipes de la ligue de lancer leurs activités en octobre, contrairement aux deux autres circuits majeurs au pays.

Puis, quand deux équipes ont été infectées par la COVID-19 et que la moitié du Québec s’est retrouvée en zone rouge, c’est Lavallée qui est arrivé avec cette idée de bulle temporaire dans la Vieille Capitale, afin de créer un festival de 10 jours après un arrêt de cinq semaines.

Imaginez les réunions, les pourparlers, les ententes à réaliser pour arriver à pondre un projet comme celui-là! Lavallée sourit quand on lui en fait la remarque. Non, il ne doit pas beaucoup dormir depuis quelques mois. Mais il est content de voir que tous les efforts investis permettent à la ligue d’avancer. «Nous sommes tous d’accord, nous voulons continuer à développer nos joueurs tout en leur permettant d’avancer à l’école. Avec ce que nous traversons actuellement sur la planète, il faut faire preuve de créativité. Nous sommes condamnés à nous ajuster en cours de route. Jusqu’à maintenant, on peut dire que notre objectif est atteint, nos gars sont sur la glace», mentionne Lavallée depuis la bulle où il s’est confiné avec les sept équipes. «J’en profite pour échanger un peu avec les entraîneurs, les joueurs. Il y a des contraintes, tout n’est pas parfait, mais tout le monde est content d’être ici pour jouer des matchs.»

Tant mieux, car l’opération est onéreuse. En coulisses, on dit que les concessions ont dû allonger plus de 50 000 $ chacune pour cette tranche de six matchs en dix jours dans cet environnement protégé. Lavallée, sans confirmer ni infirmer les chiffres du Nouvelliste, convient que l’activité engendre des coûts importants. Trois hôtels et le Centre Vidéotron sont monopolisés par la LHJMQ. «La décision facile, c’était d’arrêter ces équipes jusqu’à Noël, puis voir où ça allait nous mener en janvier. Mais les équipes tenaient à reprendre l’action, alors nous sommes arrivés avec ce concept. On a travaillé étroitement avec la Santé publique pour créer un environnement sécuritaire. Notre première proposition n’a pas été acceptée, nous avons dû refaire nos devoirs. C’est vrai que l’investissement est important. Je ne suis pas sûr que nous pourrions, financièrement, soutenir un projet comme celui-là pendant un mois de plus. Mais pour 10 jours, on atteint notre objectif de garder nos équipes actives.»

Quand il regarde en arrière, Lavallée dit n’avoir aucun regret. La ligue, selon lui, a pris les meilleures décisions possibles dans le temps. D’autres scénarios avaient été étudiés durant l’été, notamment de demander à toutes les équipes de créer une bulle comme les Cataractes ont fait, mais ils ont été écartés. «Chapeau aux Cataractes, ils ont saisi une occasion dans leur milieu pour créer quelque chose de très bien. Ce n’est pas tout le monde qui a accès à ce genre d’opportunité. Et envoyer les équipes à l’hôtel durant toute une saison, je ne pense pas que c’est un modèle idéal pour le bien-être de nos joueurs. On s’ajuste au fur et à la mesure, comme tout le monde dans la société», fait valoir l’adjoint au commissaire, détenteur d’une maîtrise en administration, qui arrivait du milieu scolaire avant de se joindre à la LHJMQ. Un bon bagage pour faire face aux problématiques d’une pandémie? Lavallée éclate de rire!

«Il n’y a pas grand bagages faits sur mesure pour négocier avec une pandémie, à mon avis! On avance tous ensemble, et on prend les défis un par un au fur et à la mesure qu’ils se présentent…»

Et après?

Il a beau être dans la bulle, il a déjà la tête aux prochains mois. La Ligue a étiré ses vacances des Fêtes, mais en janvier, bien malin celui qui peut prédire comment elle va procéder pour garder toutes ses équipes actives. «On attend comme bien du monde les directives du gouvernement la semaine prochaine. À partir de là, on sera en mesure de faire de nouveaux plans. Est-ce qu’on va réutiliser le concept de bulle en 2021? C’est possible, mais rien n’est arrêté pour le moment. On profite du moment présent, puis on continuera de s’ajuster.»

Lavallée rêve encore d’un calendrier complet de 60 matchs pour les 18 clubs. La fin de la saison sera vraisemblablement repoussée à la mi-avril. Et puis, il y a ces fameux vaccins potentiels qui excitent la planète depuis une dizaine de jours…

«On a tous hâte de revenir à la normalité. En attendant, on fait le maximum pour garder nos équipes actives», conclut Lavallée, en assurant que l’aide gouvernementale annoncée cet automne sera suffisante pour permettre aux 18 franchises de traverser la saison, même si elle doit se dérouler à huis clos.