Le conservateur Steven Blaney s’est lancé dans l’aventure politique au fédéral en 2006, après avoir fait une tentative au provincial avec l’ADQ en 1998.

Steven Blaney, l’Obélix de la Rive-Sud

«Mes parents se sont rencontrés dans un triomphe électoral des conservateurs, à l’élection de John Diefenbaker. Comme Obélix, je suis tombé dedans… mais avant même la conception!» Et c’est ce qui explique que la galerie de Steven Blaney attend une nouvelle couche de peinture depuis cinq ans.

Il est de la même grandeur qu’Obélix, mais n’a vraiment pas son tour de taille. Aussi, le député sortant de Bellechasse–Les Etchemins–Lévis a la répartie d’Astérix, une blague n’étant jamais loin.

On ne parle pas ici des navires ravitailleurs construits ou non à la Davie, chantier maritime et éternel sujet chaud dans le comté de M. Blaney. Plutôt des personnages de la célèbre bande dessinée. Irréductible comme les Gaulois, il avait d’ailleurs été l’un des rares à survivre à la vague orange de 2011.

On pourrait aussi lui attribuer l’expérience et la persévérance d’Abraracourcix le chef, Blaney demandant un cinquième mandat consécutif dans cette circonscription qui s’étend des ponts de Québec jusqu’à la frontière américaine. 

Quelque part en chemin, juste dans le comté voisin, on trouve Saint-Narcisse-de-Beaurivage et Saint-Bernard de Dorchester, lieux de naissance de sa mère et de son père.

«Les deux étaient des bleus», confirme M. Blaney, à propos de ceux qui lui ont donné la vie huit ans après ce fameux soir d’élections de 1957. «À l’époque, la politique, c’était très intense. La tradition voulait que les gagnants aillent faire brûler des bonshommes de paille devant la résidence des perdants!»

Le député de la place nouvellement élu sous la bannière conservatrice, Raymond O’Hurley, de Saint-Gilles, allait ensuite devenir ministre de la Production de défense. Comme Steven Blaney un demi-siècle plus tard pour les Anciens Combattants, puis la Francophonie.

Mais papa et maman n’avaient jamais fait de politique active, jusqu’à ce que fiston les y entraîne il y a déjà plus de 20 ans. Ils sont encore à ses côtés aujourd’hui.

La galerie attendra

«Mes parents étaient dans le monde de l’enseignement. Mon père a beaucoup fait dans la menuiserie, la taille d’arbres, l’émondage. Sa passion, c’est le bois. Mais moi, ma passion, c’était vraiment la politique», confirme l’homme de 54 ans.

Né à Sherbrooke, il a surtout habité Sainte-Marie, «ce qui ne fait pas de moi un Beauceron», prévient celui qui réside maintenant dans le secteur Saint-Rédempteur de Lévis. Tout jeune, M. Blaney était déjà «fasciné par la politique».

Il a ensuite rencontré sa perle rare. «Ma belle-famille a toujours été très engagée politiquement. Mon beau-père a sa carte du Mouvement souveraineté-association de René Lévesque. En 1976, c’était la joie chez mes beaux-parents! Mais un jour, mon beau-père m’a dit : “Tant que tu n’es pas libéral, t’es correct.”»

Marie, sa «sainte Marie», enquêteuse en harcèlement psychologique à la CNESST, est celle qui «préserve le cocon familial» chez les Blaney-Bouchard depuis 14 ans de politique. Leurs deux enfants ont 18 et 21 ans.

Parce que l’avant-veille de l’entrevue, tenue au café Bonté divine juste en face du quai Paquet de Lévis, son deuxième dimanche officiel de campagne se résumait à une activité pour plus de la moitié de la journée à Saint-Lazare-de-Bellechasse.

«Donc ce jour-là, je n’ai jamais peinturé la galerie. C’est ça. En fait, ça doit faire cinq ans, la dernière couche que j’ai donnée sur la galerie...» laisse-t-il tomber, comme une fatalité.


« J’ai appris que ça ne donne rien de nager contre le courant, c’est impossible. Au mieux, tu fais du surplace, au pire, tu recules et tu te brûles. C’est peut-être une leçon. Tu gardes ton objectif, mais en faisant avec le courant »
Steven Blaney

Début avec l’ADQ

Une conversation avec Steven Blaney tire dans toutes les directions. Il navigue aller-retour entre principes économiques, statistiques et anecdotes, à l’aise dans tous les styles. 

Passe du taux de chômage record aussi bas que 2,3 % en Chaudière-Appalaches, cause d’un manque criant de main-d’œuvre. Au restaurant de la municipalité de 440 électeurs de Saint-Nazaire-de-Dorchester, où il venait d’assister au 45e anniversaire de la FADOQ locale. Aux pompiers volontaires de Saint-Nérée dépossédés de leurs pagettes et sans service cellulaire. Au maire de Saint-Vallier toujours à la recherche d’eau pour doter son village d’un système d’aqueduc.

Voilà la réalité du député d’un comté «rurbain», comme il se plaît à le dire.

Réalité qu’il a voulu représenter dès 1998, quand il s’est présenté aux élections provinciales pour l’Action démocratique du Québec (ADQ). Premier candidat adéquiste en Beauce, plus précisément dans Beauce-Nord.

«J’ai réussi à convaincre ma blonde de me porter candidat en lui disant que ce serait une merveilleuse expérience... d’un mois!» Il a eu raison. «J’avais un excellent agent officiel, ma mère, et mon directeur de campagne était quelqu’un avec beaucoup d’expérience, mon père», poursuit-il en riant, ajoutant que sa mère est par la suite «devenue une légende à l’ADQ. Elle allait à tous les congrès!»

Lui a ensuite repris son boulot d’ingénieur civil spécialisé en traitement de l’eau. Il est intarissable au sujet d’un système de purification qu’il a installé à Saint-Anselme dans une maternité porcine, la «Cadillac des eaux chargées».

Suivre le courant

Mais l’envie de la politique ne l’a jamais quitté. C’est ainsi qu’avec le feu vert de Marie, il s’est relancé dans l’aventure en 2006, au fédéral. Et ça dure depuis. Avec des taux impressionnants de 46, 46, 44 et 51 % des suffrages en sa faveur.

Mais l’eau continue toujours à faire partie de sa vie. Ancien nageur du Vert & Or de l’Université de Sherbrooke, «catégorie touriste» tient-il à préciser, M. Blaney traverse chaque été le fleuve Saint-Laurent à la nage, de Québec à Lévis, au profit de l’hôpital Hôtel-Dieu de Lévis.

«On fait ça depuis 2013, on est rendus 25 nageurs. J’ai appris que ça ne donne rien de nager contre le courant, c’est impossible. Au mieux, tu fais du surplace, au pire, tu recules et tu te brûles. C’est peut-être une leçon. Tu gardes ton objectif, mais en faisant avec le courant», constate M. Blaney, traçant un parallèle évident entre la nage et la politique.