Les chefs du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer, du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, et du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, entourent l’animateur du débat télévisé de TVA, Pierre Bruneau.

Les moments forts du débat des chefs [VIDÉO]

Au lieu du premier ministre sortant Justin Trudeau comme attendu, la principale cible a plutôt été le chef conservateur Andrew Scheer, mercredi soir, lors du premier débat des chefs télévisé en français.

À 19 jours du vote, les chefs des quatre principaux partis fédéraux ont débattu durant deux heures sur les ondes de TVA à propos de trois thèmes généraux : immigration et politiques sociales; économie et environnement; gouvernance et place du Québec dans le Canada. Voici les moments forts de ces face-à-face :

«Laissons la politique de côté»

D’entrée de jeu, la question de l’avortement a coincé M. Scheer dans le coin du ring, d’où il n’a pu qu’encaisser les coups et laisser passer la tempête. Celui dont le parti vient tout juste en tête des sondages à mi-campagne s’est défendu en répétant : «Nous n’allons pas rouvrir le débat.»

S’étant entraîné à la boxe plus tôt en journée devant les caméras, M. Trudeau a d’ailleurs alterné entre le «tu» et le «vous» en s’adressant à M. Scheer. Et alors que M. Scheer tenait sa ligne de défense, M. Trudeau a lancé : «On laisse la politique de côté. Toi, Andrew Scheer, est-ce que vous croyez qu’une femme devrait avoir le choix?» On n’a pas eu de réponse.

Pas plus qu’aux questions répétées des journalistes sur la question après le débat, alors que M. Scheer a évoqué sa religion catholique, «comme la plupart des Québécois», sans davantage s’ouvrir sur son opinion personnelle.

Roch Voisine et Patrick Bruel

La maîtrise du français donnait une longueur d’avance à Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois, dans les joutes oratoires. Mais M. Scheer et Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti démocratique, se sont vantés de leur amour pour une langue qu’ils ont tous deux améliorée dans la dernière année.

M. Singh a rappelé avoir appris le français en écoutant les cassettes de Roch Voisine et de Patrick Bruel, dans sa jeunesse, fils d’immigrants indiens établis en Ontario. M. Scheer, moins énergique en français, a qualifié M. Trudeau de «champion de l’improvisionnement» pour dire improvisation.

«C’est dégueulasse!»

Ne pas convoiter le pouvoir comporte avantages et inconvénients pour le Bloc. Seul de son camp, M. Blanchet a été accusé par M. Trudeau de «toujours vouloir créer de la division. Entre moi et François Legault, par exemple, alors que je travaille très bien avec le gouvernement du Québec. Ça l’arrange d’avoir des chicanes!»

Train dans lequel M. Singh a sauté à pieds joints. «C’est exactement ce que M. Blanchet fait, toujours créer des chicanes. C’est dégueulasse!» s’est exclamé le chef du NPD, démontrant là toute sa maîtrise du français à la québécoise.

«Dégueulasse? L’usage du mot est assez incertain», a avancé M. Blanchet, pas trop ébranlé. «Vous ne voulez pas de divisions? Respectez les juridictions du Québec!» a rétorqué M. Blanchet.

Décriminaliser les autres drogues

Après avoir légalisé le cannabis pendant son premier mandat, M. Trudeau a admis, sous l’insistance de M. Scheer, considérer décriminaliser la possession simple de toutes les drogues. Ce que le chef conservateur a qualifié d’«agenda secret» du gouvernement sortant. «Pas tout de suite», a insisté le chef libéral.

Un peu, beaucoup

Actif au mieux possible, M. Singh a servi un bon crochet avec l’accusation suivante : «Il est vrai que les conservateurs vont couper les impôts un peu, mais ils vont couper les services beaucoup. C’est ça qui va faire mal!»

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Costumes et canots

Surprenant de voir M. Scheer sortir la seule carte cachée dans sa manche lors du volet consacré à l’environnement. Après avoir essuyé des tirs croisés de ses trois rivaux, il s’est tourné vers le premier ministre sortant. «Vous êtes le seul chef qui a deux avions pour cette campagne. Un pour vous, l’autre pour vos costumes et vos canots», a visé avec justesse M. Scheer, réussissant à ramener le blackface et les accoutrements de son adversaire sans le dire. «Vous attendiez de la placer, celle-là!» s’est exclamé M. Trudeau.

la vitesse et la manière

Sur la question souverainiste, M. Blanchet a encore loué le «nationalisme décomplexé» du gouvernement québécois de la Coalition avenir Québec. Il a ensuite indiqué que l’indépendance dépendait de «la vitesse et la manière».

«Il va falloir qu’il se passe quelque chose à Québec avant Ottawa», a-t-il indiqué, se disant d’ici là seul réel porteur des intérêts du Québec. «François Legault a un nationalisme à la Robert Bourassa, tandis que moi, je suis plus près d’un Jacques Parizeau.»

À un M. Trudeau qui reconnaissait la nation québécoise, M. Blanchet lui a demandé s’il était normal «d’élire à Ottawa des gens qui feront le contraire de ceux qu’ils ont élus à Québec?» Réponse hésitante de M. Trudeau... sauvé par l’animateur Pierre Bruneau.

«C’est nous!»

Preuve que le Parti conservateur veut accaparer l’électorat du Bloc, M. Scheer a ressorti le slogan bloquiste «C’est nous!» à son avantage. Il a aussi cité Lucien Bouchard, fondateur du Bloc qui avait quitté le Parti conservateur, pour dire qu’un vote pour le Bloc «dilue» le pouvoir du Québec à Ottawa.

M. Scheer a aussi souligné que «le véhicule le plus populaire au Québec est le [camion] F-150, alors les Québécois vont encore acheter du pétrole». 

Se tenir debout

L’air éteint au cours de la première moitié du débat, M. Trudeau s’est s’animé dans la deuxième partie. Il a martelé que son gouvernement et lui se sont toujours tenus debout, entre autres face à un Donald Trump qui avait déchiré l’ALENA.

M. Blanchet a eu la conclusion la plus émotive en ramenant «l’idée d’un pays» et en citant le poète Gilles Vigneault. Le chef du Bloc a conclu sur un «demain vous appartient» bien senti.

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