Un expert est d'avis que la fonction publique sera l’un des thèmes importants de la campagne et un couteau à double tranchant pour les libéraux.

Les dés loin d’être jetés dans la région de la capitale fédérale

La grande région de la capitale nationale a beau être presque entièrement peinte de rouge depuis 2015, les dés sont loin d’être jetés en vue du scrutin du 21 octobre, estime un politologue.

Non seulement les libéraux ne peuvent rien tenir pour acquis, mais la campagne électorale est encore jeune, soutient le professeur en sciences politiques à l’Université du Québec en Outaouais (UQO), Thomas Collombat.

« Je vais me garder de faire des prédictions. Mais la région est potentiellement plus ouverte que ce que l’on pense. Il faut se méfier des dynamiques de début de campagne, qui peuvent être trompeuses. En tout respect pour les maisons de sondage, il y a déjà eu des erreurs. La particularité de la région par rapport au reste du Canada, c’est sans aucun doute le fait qu’il s’agit de la région où le gouvernement fédéral et la fonction publique ont le plus d’impact sur le quotidien des gens. Dès le départ, nous sommes assez particuliers à cet égard, et à mon avis ça va se refléter dans le type de campagne que les candidats vont faire. Il n’y a pas beaucoup d’autres endroits dans le monde où le discours des partis sur la fonction publique a autant de prise qu’ici », note-t-il.

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Au total, 11 des 13 circonscriptions du territoire élargi de la région de la capitale nationale sont actuellement détenues par les libéraux. Les deux autres sont dans le camp conservateur.

M. Collombat est d’avis que la fonction publique, qui pourrait bien être localement l’un des thèmes importants de la campagne, peut s’avérer un couteau à double tranchant pour les troupes de Justin Trudeau.

« On peut supposer raisonnablement que plusieurs fonctionnaires ont encore en mémoire la période Harper et sa conséquence sur la sécurité d’emploi dans la fonction publique fédérale, mais de là à dire que tous les fonctionnaires vont voter pour le Parti libéral, c’est un pas que je ne franchirai pas. La grosse épine dans le pied des libéraux dans la région, c’est (le système de paye) Phénix, dont on entend parler assez peu au niveau national, mais qui ici aura un impact. Certains adversaires pourraient jouer sur le bilan des libéraux par rapport à Phénix. Par contre, je ne suis pas en train de dire que ça contribuera à faire élire ou à défaire des candidats », affirme le professeur de l’UQO. Ce dernier rappelle que certaines circonscriptions de la région ont déjà porté d’autres couleurs politiques, par exemple Gatineau, qui a tour à tour été dans le giron du Bloc québécois (2006-2011) et du Nouveau Parti démocratique (2011-2015). Pontiac, de son côté, a été détenue par les conservateurs, les néo-démocrates et les libéraux au cours des 13 dernières années.

« Il y a aussi des enjeux comme la laïcité et la remontée nationaliste, qui peuvent avoir une influence sur le vote, probablement dans Gatineau ou Argenteuil-La Petite-Nation, un peu à l’image de ce qui s’est passé dans Papineau aux élections provinciales. Les dernières élections québécoises ont quand même donné un coup de semonce aux libéraux, autant au niveau provincial que fédéral. Il y aura peut-être un retour du Bloc dans certains comtés ou une réavancée conservatrice. Quant à Hull-Aylmer, c’est un peu le cœur de l’assise libérale dans la région au fédéral », lance M. Collombat, précisant qu’il y a une vague de scepticisme face aux partis politiques traditionnels et que le Parti vert fait des percées partout sur le globe.

« Je me méfierais d’une vision qui dit qu’on assistera seulement à une bataille entre libéraux et conservateurs, que les autres partis ne seront que marginaux. Il faut laisser la campagne se développer. Le NPD, par exemple, est donné perdant de façon complètement dramatique, alors il va peut-être utiliser la campagne pour libérer certains projets. Il n’a rien à perdre, alors il va peut-être avoir une visibilité qui risque de surprendre. Oui, si on prend une photo de la région aujourd’hui, les libéraux sont très en tête, mais ça dépendra de la dynamique nationale et de comment seront traités les enjeux locaux », analyse-t-il.

La question du transport, qu’il s’agisse d’un sixième pont ou du train léger dans l’ouest de Gatineau, sera certes au cœur de la campagne régionale, admet le politologue.

« L’enjeu du train léger, Greg Fergus (député sortant de Hull-Aylmer) a été le premier à le mettre sur la place publique. La Ville se l’est réapproprié ensuite. Quant au sixième lien (dont parle Steven MacKinnon), le projet avait un peu disparu de l’espace public à cause de la place prise par le train. Ça va dépendre aussi beaucoup du maire de Gatineau et de la place qu’il va vouloir prendre dans cette campagne-là. Je ne serais pas surpris que les candidats libéraux doivent se commettre là-dessus et s’ils commencent à être en contradiction, leurs adversaires vont en profiter pour les confronter, les mettre dans un coin », conclut-il.