Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet (à gauche), a déclaré mercredi que «c’est la première fois depuis longtemps que le gouvernement [québécois] affiche un nationalisme décomplexé» , en parlant de la Coalition avenir Québec.

Le Bloc en terrain conservateur à Québec

C’est de Québec que le Bloc québécois a réagi au déclenchement des élections, mercredi midi. Cela n’a rien d’un hasard. Le chef Yves-François Blanchet et son parti souhaitent s’approprier le vote conservateur.

Quoi de mieux que la grande région de Québec où, avec Chaudière-Appalaches, 9 des 12 députés fédéraux sont des représentants du Parti conservateur du Canada.

«On a choisi de le faire à Québec parce que c’est notre seule capitale nationale», a martelé M. Blanchet, rappelant que sa seule allégeance revient à l’Assemblée nationale du Québec. Le point de presse du Bloc se tenait à l’ombre du parlement, au Centre des congrès, juste de l’autre côté du boulevard René-Lévesque.

Parti ami du Parti québécois œuvrant sur la scène provinciale, liés par la cause souverainiste, le Bloc assure que cela ne fait en rien du gouvernement provincial actuel de la Coalition avenir Québec (CAQ) un parti ennemi.

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Au contraire, «c’est la première fois depuis longtemps que le gouvernement [québécois] affiche un nationalisme décomplexé», se réjouit M. Blanchet. Comme le Bloc se donne comme seul mandat de «porter les demandes du Québec à Ottawa», il se fera «porteur des consensus de l’Assemblée nationale». Tout en se défendant bien de «devenir une succursale» du gouvernement au pouvoir.

La CAQ possède aussi une base solide à Québec et le Bloc fait de l’œil à ceux qui ont élu le parti de François Legault, l’automne dernier.

N’empêche que la première circonscription à prendre pour le Bloc dans la capitale est celle de Québec. Comté... libéral représenté par le ministre Jean-Yves Duclos, où le Bloc présente celle qui en a été la députée bloquiste durant 18 ans, Christiane Gagnon, de 1993 à 2011.

Le «mystère Québec»

Quant au fameux mystère Québec, région votant souvent à contre-courant du reste de la province, M Blanchet affirme proposer quelque chose «qui touche tous les Québécois».

«Les gens de Québec sont au moins autant que n’importe qui d’autre entièrement et totalement Québécois. Alors je refuse cette espèce de distinction», affirme-t-il, avouant sa «grande volonté de séduire Québec».

Selon lui, «les conservateurs ont profité du vacuum» des dernières années pour accaparer l’électorat de la région, alors que le Bloc travaillait à se reconstruire. Mais cette fois, le Bloc «compte occuper le terrain».

«Quand on fait de la politique, c’est comme quand on joue un match de hockey, il y a beaucoup de stratégie. Mais j’essaie fort, fort de ne pas définir notre campagne sur la base de qui est notre adversaire. Il va falloir y aller, débattre, discuter des enjeux. Plus les gens pourront faire la comparaison, plus ils pourront faire un choix éclairé sur ce qu’ils veulent», résume le chef.

Prompts à conspuer l’exploitation du pétrole des sables bitumineux de l’Ouest canadien, les bloquistes s’avèrent plus timides dans leur position sur la construction d’un troisième lien routier reliant les deux rives, entre Québec et Lévis. Projet pourtant rejeté par les environnementalistes.

Le Bloc s’en remet plutôt à une future étude du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), tout en exigeant que le gouvernement canadien «transfère l’argent sans condition» au gouvernement québécois dans ce dossier.

À la dissolution de la Chambre des communes, mercredi matin, le Bloc québécois occupait 10 des 338 sièges. Yves-François Blanchet en est à sa première campagne à titre de chef, première campagne aussi pour le parti sans Gilles Duceppe à sa tête depuis 1993, avec Lucien Bouchard.

Outre Mme Gagnon, M. Blanchet était accompagné de six autres candidats de la région : Julie Vignola (Beauport-Limoilou), Alain D’Eer (Charlesbourg–Haute-Saint-Charles), Christian Hébert (Louis-Hébert), Caroine Desbiens (Beauport–Île d’Orléans–Côte-de-Beaupré–Charlevoix), François-Noël Brault (Lévis-Lotbinière) et Sébastien Bouchard-Théberge (Bellechasse-Les Etchemins-Lévis).