De passage à Markham mardi, le chef conservateur Andrew Scheer s'est notamment plaint du format du débat des chefs en anglais.

Jour 28 de campagne électorale: la laïcité encore débattue par les chefs

Au lendemain du seul débat en anglais de la campagne fédérale où six chefs de parti ont pu s’affronter, les uns et les autres sont revenus sur leur performance de la veille.

À Markham, Andrew Scheer s’est plaint du format de l’exercice. À Toronto, Jagmeet Singh a dû expliquer, une fois de plus, sa position concernant la loi québécoise sur la laïcité. À Gatineau, Yves-François Blanchet a exprimé sa lassitude d’avoir eu à discuter, encore, de laïcité. Et à Iqaluit, Justin Trudeau a dit ne pas croire que sa position sur ce sujet lui coûterait des votes au Québec.

« J’étais déçu que je n’ai pas eu beaucoup d’opportunités pour les échanges directs avec Justin Trudeau. (...) Mais ça, c’est le format », a protesté M. Scheer, en arrêt de campagne dans la région torontoise, mardi matin.

M. Scheer ne croit pas avoir raté une occasion de présenter son programme aux électeurs qui, pour la plupart, n’auront pas d’autres débats des chefs à regarder. Répondant à une question de journaliste, il a dressé la liste des promesses qu’il croit avoir bien décrites au débat de lundi.

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Le chef conservateur avait entamé ce débat en insultant le premier ministre sortant, l’affublant de deux épithètes — phony et fake — qui ont mené à différentes traductions : faux jeton, faux, poseur ou hypocrite.

Le chef néo-démocrate, lui, tentait encore mardi d’expliquer s’il contesterait ou non devant les tribunaux la Loi sur la laïcité, advenant son élection comme premier ministre. « Quand une poursuite (se) rend à la Cour suprême, le gouvernement a le droit de regarder ce qui se passe. Mais (...) ma position n’a pas changé : je ne veux pas intervenir », a-t-il répété.

« Ce que je veux faire, c’est de gagner le cœur des gens, de montrer, bonjour, je suis quelqu’un qui porte un turban, mais je suis pour le droit à l’avortement, je suis pour le droit de mourir dans la dignité, je suis pour le droit des communautés LGBTQ. On a quelqu’un comme Andrew Scheer qui ne partage pas vos valeurs. Il ne porte pas des signes religieux, mais peut-être (que) le vrai problème, c’est les valeurs, pas les signes », a-t-il insisté.

Le chef du NPD Jagmeet Singh est allé à la rencontre des électeurs torontois, mardi.

« Je crois fermement qu’on peut aller de l’avant et créer une société où on ne discrimine pas les gens à cause de leur apparence », a-t-il ajouté.

M. Blanchet, lui, en a assez de parler de laïcité. « Il y a plein de choses dont il faut parler dont on parle trop peu parce que ce sujet-là mange tout l’espace », a-t-il déploré mardi.

Le chef bloquiste ne regrette pas cependant d’avoir été le premier à mettre autant l’accent sur cet enjeu, cherchant à forcer les partis fédéralistes à annoncer leurs couleurs. « Si on n’avait pas été là, ça ferait longtemps que ce serait clair que les fonds seraient débloqués pour contester la loi 21. Ce serait un festival de : c’est qui qui va frapper le plus fort sur le Québec », a lancé M. Blanchet, après un petit-déjeuner en compagnie du maire de Gatineau.

Justin Trudeau, quant à lui, ne croit pas que sa position sur la loi québécoise sur la laïcité lui coûtera des votes au Québec.

« Je ne pense pas », a-t-il répondu au journaliste qui lui a posé la question lors d’un arrêt au Nunavut.

« Je pense que les Québécois connaissent très bien ma position depuis longtemps sur cet enjeu », a-t-il ajouté avant de réitérer cette position.

« Un gouvernement fédéral doit toujours être là pour défendre les droits fondamentaux. (...) Ce n’est pas une question de champ de compétence, c’est une question de respect des droits fondamentaux. J’ai toujours été très clair en anglais et en français sur cet enjeu-là et je continuerai de l’être », a-t-il dit.

La campagne libérale faisant un premier arrêt dans le Grand Nord, M. Trudeau en a profité pour insister sur l’importance de la protection de l’environnement et vanter son plan de mettre un prix sur le carbone pour favoriser la diminution des émissions de gaz à effet de serre.

Le chef libéral Justin Trudeau était de passage à Iqaluit mardi.

En Beauce, Maxime Bernier a voulu, lui aussi, offrir une promesse à saveur verte.

Lundi soir, le chef du Parti populaire du Canada (PPC) avait provoqué les rires de la salle lorsqu’il a prétendu diriger « le seul vrai parti environnementaliste ».

« On m’accuse d’être insensible aux questions environnementales parce que je m’oppose à l’alarmisme climatique », s’est défendu M. Bernier, mardi, à Saint-Georges de Beauce.

Il s’est engagé à resserrer la réglementation de la protection des eaux et à mener des « enquêtes nécessaires » pour s’assurer de la bonne qualité des cours d’eau au pays.

La leader du Parti vert, de passage à Longueuil, est également revenue sur le débat de la veille, reprochant à Justin Trudeau de ne pas s’être engagé, comme le lui demandait M. Blanchet, à ne pas imposer un autre projet de pipeline au Québec.

Par ailleurs, Elizabeth May a critiqué le geste de militants écologistes qui ont bloqué la circulation mardi matin en escaladant la structure du pont Jacques-Cartier pour y accrocher des banderoles.

La leader du Parti vert, Elizabeth May, s'est rendue à Longueuil mardi.

Mme May a assuré qu’elle est sympathique à la cause du groupe Extinction Rebellion. Elle a rappelé qu’elle a elle-même fait de la désobéissance civile, se faisant arrêter lors d’une manifestation contre le pipeline Trans Mountain. Tout de même, elle croit que dans ce cas-ci, c’était « une mauvaise idée » parce que cela risque de provoquer « un backlash » en mécontentant les usagers de la route qui venaient travailler à l’heure de pointe.

Mme May a plutôt suggéré aux militants écologistes de canaliser leur énergie en allant voter, le 21 octobre, pour son parti