Jagmeet Singh a accepté l'invitation de rencontrer Justin Trudeau, mais à condition que leurs échanges demeurent privés.

«Blackface»: Singh ne veut pas devenir un instrument de relations publiques

TORONTO — La campagne du chef néo-démocrate Jagmeet Singh n'a pas fait relâche samedi, pendant que ses adversaires libéral et conservateur s'accordaient une journée de repos.

En après-midi, le chef du Nouveau Parti démocratique est revenu une fois de plus sur la controverse dans laquelle s'est embourbé Justin Trudeau au cours des derniers jours, en raison des vieilles images le montrant avec un maquillage auparavant employé pour dénigrer les personnes noires.

L'équipe libérale avait rapidement contacté les néo-démocrates pour organiser un entretien avec Jagmeet Singh, la seule personne racisée à diriger l'un des principaux partis fédéraux.

M. Singh a précisé samedi que la rencontre n'avait pas encore eu lieu. Il a dit avoir accepté l'invitation, mais à condition que leurs échanges demeurent privés.

«Je ne veux pas être instrumentalisé pour exonérer M. Trudeau, a-t-il fait valoir. Je ne veux pas être impliqué dans un exercice de relations publiques.»

M. Singh a expliqué sa position en point de presse à Toronto, à l'issue d'une table-ronde avec de jeunes leaders communautaires racisés. «Je veux utiliser ma tribune pour amplifier vos voix», leur a-t-il lancé.

Des participants ont relevé que cette saga de blackface ne devrait pas être analysée comme un cas isolé de racisme au sein du Parti libéral du Canada, évoquant notamment les relents colonialistes de leur politique étrangère.

M. Singh a saisi l'occasion pour présenter les engagements du NPD en matière de lutte au racisme systémique. Il propose notamment d'interdire les pratiques policières discriminatoires au sein de la Gendarmerie royale du Canada, comme les contrôles d'identité de routine.

Il s'engage aussi à tenir les réseaux sociaux responsables d'éliminer les contenus haineux et extrémistes sur leurs plateformes.

Le NPD veut également s'attaquer aux disparités salariales liées à l'origine ethnique, de même qu'à la surreprésentation chronique des personnes noires et autochtones dans la population carcérale fédérale par le biais d'une approche collaborative avec les communautés concernées.

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Des mesures pour les travailleurs précaires

M. Singh a participé en matinée à une assemblée publique dans un café de Toronto, aux côtés de l'ex-député et candidat néo-démocrate de la circonscription de Davenport, Andrew Cash.

Il a alors réaffirmé qu'il souhaite mettre l'économie au service de «monsieur et madame Tout-le-Monde».

Il s'est plus particulièrement adressé aux travailleurs contractuels et à temps partiel, en rejetant l'idée selon laquelle les emplois précaires constituent une réalité avec laquelle il faut simplement apprendre à composer.

Il suggère notamment de modifier les règles de l'assurance-emploi pour que les travailleurs qui retournent aux études y soient dorénavant admissibles.

Et pour les travailleurs qui ne bénéficient pas d'un emploi stable avec avantages sociaux, M. Singh a aussi réitéré sa promesse d'instaurer un régime universel d'assurance-médicaments et de soins dentaires pour les personnes non assurées dès 2020.

Le NPD souhaite également fixer le salaire minimum fédéral à 15 $ l'heure et interdire les stages non rémunérés en dehors des programmes d'enseignement.

Questionné sur la position du NPD dans les intentions de vote, loin derrière les libéraux et conservateurs, M. Singh a dit ne pas accorder beaucoup d'importance aux sondages.

«On a beaucoup de temps, on a trente jours. Et pendant ces trente jours, je vais essayer de montrer la différence (avec) les libéraux qui vous prennent pour acquis et les conservateurs qui vont couper les services. Moi, je pense que vous avez besoin de quelqu'un qui se bat pour vous», a-t-il répondu, en reprenant son slogan de campagne.