Chronique

François Legault à l'école de Lucien Bouchard

Même s’il ne tient rien pour acquis, François Legault se prépare au pouvoir. Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) a confié à son directeur de cabinet, Martin Koskinen, le mandat de préparer la transition : «sous-ministres, sociétés d’État, personnel politique, je ne veux pas mettre d’énergie là-dessus», m’a-t-il expliqué vendredi en entrevue. Il se dit conscient que les attentes seront élevées, et il veut se concentrer sur ses priorités.

«Dans ma tête, il y a trois grands ministères, l’économie, avec les Finances et le Trésor, l’Éducation et la Santé. J’ai une bonne idée où je m’en vais, autant au niveau des ministres qu’au niveau des sous-ministres». Il entend bien cibler ses objectifs. «Je vais essayer de ne pas m’éparpiller. Lucien Bouchard avait dit une phrase qui m’a marqué, il avait dit : “Quand on est au gouvernement, y a une réserve de courage, puis on pige dedans et à un moment donné il n’y en a plus. Ça fait que éparpille-toi pas, concentre-toi là dessus.” Je lunche encore régulièrement avec Lucien… Concentre-toi, puis moi je veux me concentrer dans ces trois domaines-là.»

François Legault croit pouvoir montrer des résultats à la fin d’un premier mandat, notamment en matière économique à cause de la force de ses recrues : «Je suis tellement fier de mon coup en économie, c’est incroyable, Pierre Fitzgibbon, Christian Dubé, Gilles Bélanger, Éric Girard. Prends juste ces quatre-là. Demain matin, je leur dis : “Tu t’occupes des Finances, tu t’occupes du Conseil du trésor, on revoit complètement la façon de travailler d’Investissement Québec.” En économie, dans quatre ans, ça va paraître. Juste avec ces quatre personnes-là, plus moi, tu sais moi aussi je suis un deal maker.»

Le chef de la CAQ promet aussi des résultats dans le premier mandat avec la maternelle 4 ans : «On va les agrandir les écoles, et on va y mettre les ressources. Ça, c’est sur que dans quatre ans, ça va être fait.»

Et les premiers 100 jours? «Je sais qu’il faut poser des gestes dans les 100 premiers jours, ça donne un mouvement, mais je reviens à mes trois priorités. Il va falloir que ça bouge dans les maternelles 4 ans, il va falloir commencer les négociations avec les deux groupes de médecins, les omnipraticiens pour changer le mode de rémunération, et les spécialistes pour revoir leur rémunération, puis l’économie avec la révision du rôle d’Investissement Québec.»

M. Legault promet aussi de ne pas décevoir sur les questions d’intégrité. «Moi, j’ai un immense avantage : je ne dois rien à personne. Je suis indépendant financièrement et je ne dois rien à personne. J’ai toujours fait attention de ne pas demander de faveur et je n’en donnerai pas. Ça va être la compétence.»

Il a déjà identifié les deux personnes de son équipe qui piloteront ce dossier : «J’ai deux gros atouts, Sonia LeBel et Simon Jolin-Barrette. Je veux m’assurer qu’on prenne toutes les mesures pour qu’il n’y ait pas de corruption, de collusion, qu’on arrête de nommer des petits amis, qu’on arrête de donner des contrats à des petits amis. Si on veut rebâtir la confiance et réduire le cynisme de la population, il faut être irréprochable et il faut mettre les mécanismes aux bonnes places. Je pense que Simon et Sonia vont être géniaux pour faire ça.»

François Legault donne son plein appui au Marché du carbone, qu’il estime préférable à une taxe sur le carbone parce qu’il a un effet motivateur pour les entreprises performantes qui peuvent vendre des crédits. Mais c’est du côté de l’hydroélectricité que va sa préférence. «Moi, je me dis que la plus grande contribution que pourrait faire le Québec pour sauver la planète, ce serait d’exporter de l’électricité dans le Nord-Est américain et remplacer des centrales au gaz et au charbon. Beaucoup plus que tous les systèmes de transport en commun, beaucoup plus que toutes les autos électriques, beaucoup plus que tout ce qu’on pourrait faire pour l’environnement.»

Il rêve de la mise en place d’un grand projet commun avec l’Ontario, le Nouveau-Brunswick et peut-être Terre-Neuve.

«Je ne comprends pas que l’Ontario s’apprête à investir 20 milliards $ pour rénover des centrales nucléaires. Leurs entreprises seraient plus compétitives et plus productives avec l’électricité du Québec.»

M. Legault estime que la collaboration souhaitée pourrait passer par «une alliance énergétique», une «entreprise canadienne, possédée en partie par le Nouveau-Brunswick, en partie en partie par l’Ontario et peut-être d’autres provinces. Les activités actuelles d’Hydro-Québec restent dans Hydro-Québec, mais on pourrait s’associer avec l’Ontario, le Nouveau-Brunswick, pour les nouvelles activités.»

Pour le chef de la CAQ, ce genre de collaboration contribuerait à tout le Canada. «Le Canada aussi est moins riche que les États-Unis. Il y a un problème de productivité aussi au Canada. Alors de travailler avec le gouvernement fédéral sur le développement économique du Canada, j’aimerais ça parce qu’on a des défis communs.»

Sébastien Pierroz

Clause dérogatoire : un impact politique limité

CHRONIQUE / Il y a des images qui resteront pour longtemps : Doug Ford défendant bec et ongle sa clause dérogatoire, Andrea Horwath expulsée de la Chambre pointant du doigt les élus progressistes-conservateurs, ou encore des citoyens menottés. La semaine dernière, un climat de chaos flottait à Queen’s Park.

La raison ? La volonté du premier ministre de recourir à la fameuse clause dérogatoire de la Charte canadienne des droits et libertés dans le dossier de la réduction du conseil municipal de Toronto. Une réaction à la suite de la décision de la Cour supérieure de l’Ontario, quelques jours avant, d’invalider son projet. Il n’en fallait pas plus pour enflammer les débats à l’Assemblée législative. 

Mais que risque politiquement Doug Ford avec cette démonstration de force ? Car la loi 31 en passe d’être votée, qui ramène le nombre de conseillers municipaux torontois de 47 à 25, a suscité bon nombre d’oppositions. Même l’ancien premier ministre de l’Ontario, Bill Davis, et Justin Trudeau – de manière plus indirecte – ont rappelé l’importance de la Charte canadienne des droits et libertés. 

En vérité, le premier ministre de l’Ontario ne risque pas grand-chose. Aussi brutale fût-elle, l’utilisation de la clause dérogatoire est sans risque pour Doug Ford dont le parti est largement majoritaire en Chambre, le tout… à quatre ans du prochain scrutin. Les électeurs auront le temps d’oublier. 

Mais surtout, la décision du chef du Parti progressiste-conservateur dérange principalement les quartiers du centre-ville de Toronto. Or, ce n’est pas ici véritablement le cœur de la Ford Nation. Des mécontents qui ne seront pas synonymes de pertes pour M. Ford. Ailleurs en Ontario, on a beau grincer un peu des dents et compatir, l’impact de la décision de Doug Ford reste confiné dans la Ville-Reine. 

Pour lire l'analyse de Sébastien Pierroz dans son intégralité, rendez-vous sur le site Web d'#ONfr.

Science

Cet étrange délai à la télévision...

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «J’aimerais que l’on m’explique comment il se fait qu’il y a souvent un délai, parfois important, dans les échanges au téléjournal lorsque le chef d’antenne parle à un journaliste qui n’est pas en studio. Si on peut parler et se comprendre instantanément au téléphone, il doit bien y avoir moyen d’éliminer cet agaçant délai, non ?» demande Yvan Dion, de La Malbaie.

Il est effectivement bien étonnant qu’en cette ère de connexion ultra-haute-vitesse, une technologie datant du même millénaire que le Moyen Âge transmette la voix plus rapidement (enfin, parfois) que le Web. Mais c’est pourtant bien ce qui se passe, du moins à l’occasion.

«En gros, c’est ce qu’on appelle la latence dans les réseaux, et elle peut venir de quatre sources différentes», explique Florent Parent, professionnel de recherche en informatique à l’Université Laval qui s’occupe également du réseau reliant les superordinateurs de Calcul Canada.

Le premier type de délai et sans doute le plus simple à comprendre, dit-il, est la propagation du signal. Même dans un réseau de fibre optique ou un réseau sans fil où les signaux voyagent essentiellement à la vitesse de la lumière, soit près de 300 000 kilomètres par seconde, cela peut faire une différence dans certaines circonstances.

«Par exemple, illustre l’informaticien, dans le réseau qui relie les universités [ndlr : la recherche implique souvent l’envoi d’énormes fichiers de données], si je me branche ici à l’Université Laval et que j’envoie un ping [ndlr : un petit signal qui fait un aller-retour afin de vérifier l’état d’une connection] à Montréal, on parle de 7 millisecondes (ms) de temps de retour. Ce n’est pas assez pour être perceptible dans une conversation puisque en bas de 100 ms, on ne s’en rend pas vraiment compte. Dans le cas des conversations à la télé, il doit y avoir d’autres sources de délai. Et une hypothèse qui me vient en tête, c’est que peut-être que quand les journalistes sont sur le terrain, ils utilisent un réseau sans-fil, et là la communication se fait par satellite. Et ça, ça va allonger le délai de propagation.»

Souvent, en effet, les satellites de télécommunication sont placés sur des orbites géostationnaires, ce qui signifie qu’ils mettent exactement 24 heures à faire le tour de la planète — par conséquent, ils demeurent toujours au-dessus du même point sur Terre, d’où le nom de géostationnaire. Or ces orbites sont situés à une altitude de près de 36 000 km, si bien que même à la vitesse de la lumière, l’aller-retour prend (36 000 km x 2) ÷ 300 000 km/s = 240 millisecondes. Dans le cas d’une conversation au téléjournal qui passerait par ce genre de satellite, c’est un délai suffisamment long pour qu’on s’en rende compte.

Mais il peut aussi y avoir autre chose, poursuit M. Parent : le délai de traitement. «C’est bien beau la vitesse de la lumière, dit-il, mais il faut compter aussi le fait qu’on a des appareil qui reçoivent la voix, qui la convertissent en numérique, (…et) il y a un traitement de ça et une compression qui vont être faites, ça va ensuite être mis dans des sortes de «paquets» sur des commutateurs [un appareil qui est le point de convergence d’un réseau, ndlr], et souvent il va y avoir une redondance qui va être ajoutée au cas où des paquets seraient perdus, C’est ensuite envoyé, et chaque commutateur qui se trouve dans le chemin, entre le point de départ et le point d’arriver, doit traiter ça, et tout ça  prend du temps, alors ça va ajouter un délai de traitement.»

Ces délais sont généralement minimes, mis pas toujours, et ils s’ajoutent aux autres.

Une troisième source de délai est la «mise en file d’attente», indique notre informaticien. «Ça, on ne peut pas vraiment l’estimer d’avance parce que ça dépend de la quantité de trafic sur le réseau. Quand tout va bien, le délai à peu près nul. Mais s’il y a un gros événement où beaucoup le monde veut des données en même temps (…) où s’il y a un sursaut ponctuel (burst, en anglais) d’activités sur le réseau, alors tout ne peut pas être traité instantanément, alors le système fait une file d’attente. Habituellement, c’est traité selon le principe du premier arrivé, premier sorti, mais il peut y avoir des priorités.»

Enfin, le dernier type de délai est celui de la transmission, qui dépend de la qualité de la carte réseau d’un ordinateur, explique M. Parent. Les meilleures disponibles permettent de transmettre autour de 100 gigabits (et même plus) par seconde, mais une carte de mauvaise qualité peut introduire des délais dans la communication.

En plus de la carte, le protocole de transmission peut aussi faire une différence. «Le protocole internet le plus utilisé et que les gens connaissent le plus, c’est le fameux TCP/IP. Ce qu’on sait moins, c’est que dans ce protocole-là, à chaque petit paquet de données qui est envoyé [ndlr : les données sont toujours divisées en «petits paquets» qui sont envoyés séparément], TCP doit avoir un accusé qu’il a été bien reçu pour assurer une fiabilité de transmission. Ça date des années 80, une époque où les réseaux étaient beaucoup plus lents que maintenant, et c’est pour ça que des modifications ont été apportées au TCP/IP pour augmenter la performance, mais ça reste un travail d’ingénierie à chaque bout du réseau pour maximiser la vitesse.»

Bref, c’est la somme de tous ces délais qui fait la «latence» dans les communications. D’un système à l’autre, d’une situation particulière à l’autre, ils peuvent varier énormément, si bien qu’il est impossible de dire exactement qu’est-ce qui s’est passé dans les cas qui ont tant agacé notre lecteur de La Malbaie. Mais quand on les additionne, on comprend pourquoi il arrive, de temps à autre, que la discussion entre les journalistes et les chefs d’antenne se fasse avec un petit délai.

***

ÉCRIVEZ-NOUS Vous vous posez des questions sur le monde qui vous entoure? Qu'elles concernent la physique, la biologie ou toute autre discipline, notre journaliste se fera un plaisir d'y répondre. À nos yeux, il n'existe aucune «question idiote», aucune question «trop petite» pour être intéressante! Alors, écrivez- nous à  jcliche@lesoleil.com

Chronique

Vouloir changer de sexe à 5 ans

CHRONIQUE / Mélody, 5 ans, a hâte d’avoir des seins et des bébés. L’enfant en parle beaucoup, tout comme revient souvent cette question: «C’est quand je vais me faire couper le pénis?»

Une fillette dans un corps de garçon. C’est ce qu’est vraisemblablement Mélody qui s’appelait Vyctor à la naissance. Ses parents se font tranquillement à l’idée. Ils ne peuvent plus ignorer les signes avant-coureurs reçus au cours des années et encore plus ces derniers mois.