Sylvain St-Laurent

Tarasenko a bien rebondi

CHRONIQUE — EN SÉRIES / Vladimir Tarasenko n’a certainement pas apprécié l’expérience.

Les Blues de Saint-Louis venaient de perdre, par trois buts, le premier match de la Finale de l’Association Ouest. Personne n’avait particulièrement bien joué.

Sébastien Pierroz

Départ de Nathalie Des Rosiers : la perte d’une alliée francophone

CHRONIQUE / En novembre 2016, Nathalie Des Rosiers avait fait une entrée fracassante en politique provinciale. Le tout à l’issue d’une élection partielle dans Ottawa-Vanier pour remplacer Madeleine Meilleur. Deux ans et demi plus tard, c’est de la même manière que la députée libérale a annoncé son intention de démissionner.

On le sentait presque venir. 

La confirmation en début de semaine du départ de sa collègue Marie-France Lalonde pour une destinée fédérale cachait le profond malaise du Parti libéral de l’Ontario.

Chronique

Et ainsi de suite(s)

CHRONIQUE / Voilà ce moment où je vous donne des nouvelles des gens dont je vous ai parlé au cours des derniers mois. Et elles sont plutôt bonnes.

Le vent a tourné

Depuis un an, Steve Fortin ne comptait plus les curriculum vitæ qu’il envoyait partout, mais sans succès.

Il est aveugle.

Ses yeux sont sur quatre pattes, sa belle Manouche le suit partout, et il va où il veut avec elle. Il s’entraîne au PEPS, il va «voir» des matchs du Rouge et Or et des spectacles de heavy metal. L’année dernière, il s’était pointé avec elle à son nouveau travail, on lui avait demandé de la laisser chez lui.

C’est impossible

Depuis ce jour, il se cherchait du boulot dans un bureau, en comptabilité ou en administration, avec cinq certificats de l’Université Laval et ses logiciels qui lui permettent de travailler à l’oreille. Il peut pitonner avec ça sur son téléphone, et faire ce qu’il veut sur un ordi.

Je vous ai raconté son histoire il y a deux mois, je vous disais qu’il remuait ciel et terre pour travailler, pour gagner sa vie, pour pouvoir se gâter.

Un désir bien légitime.

Je vous disais qu’il voulait aller voir le spectacle de Godsmack, deux généreuses femmes lui ont offert un billet pour lui et un autre pour une personne de son choix. C’était le 11 mai, il y est allé avec son cousin. «C’était vraiment génial, on a passé une super soirée! Mais j’ai oublié de prendre un selfie…»

Un autre lecteur l’a contacté, son jeune frère — décédé il y a trois ans à 49 ans — était atteint de rétinite pigmentaire comme Steve, il lui a proposé de l’accompagner à un match de football aux États-Unis. Ils ont dîné ensemble, le courant a passé. Si tout va bien, le voyage aura lieu.

Et pour le boulot? Il y a eu quelques ouvertures pour des postes au sein de la fonction publique, mais les règles administratives ont eu raison de cette option. Trop compliqué et trop long.

Steve a finalement trouvé. La semaine dernière, il a signé officiellement son contrat d’embauche chez Qualtech, qui fabrique des équipements en acier inoxydable. Il commence dans deux semaines comme commis à l’administration à temps plein. «On a eu cinq rencontres, ça s’est super bien passé. Ils m’ont dit : “Ta première job, c’est de nous trouver 30 soudeurs!”»

L’appel est lancé.

Et Manouche? «Il n’y a aucun problème, ils vont même lui acheter un coussin…»

Cherchez le poulet… au Québec

Opinions

La révolution tranquille des milliardaires américains

ANALYSE / Dès son élection comme représentante au Congrès en novembre 2018, Alexandria Ocasio-Cortez est devenue la nouvelle vedette de la gauche américaine. Cette démocrate s’autoproclamant socialiste, s’est immédiatement démarquée par deux projets : un New Deal vert pour combattre le réchauffement climatique et un impôt de 70 % sur les revenus dépassant les 10 millions pour créer une société plus égalitaire. Les deux propositions d’Ocasio-Cortez ont été immédiatement endossées par Elizabeth Warren et Bernie Sanders, les deux candidats démocrates à la présidence les plus progressistes.

De façon surprenante a priori, l’idée d’imposer fortement les plus fortunés a reçu un soutien majeur du club des grands milliardaires américains. Ce club, comprenant entre autres Warren Buffett, Bill Gates, Jamie Dimon, Mark Cuban, Ray Dalio et Howard Schultz, a lancé un vibrant appel pour moderniser le capitalisme américain.

Ces milliardaires sont tout le contraire de socialistes à la Robin des Bois. Néanmoins, ils considèrent que taxer substantiellement les riches pour donner aux plus pauvres est essentiel à la préservation des valeurs américaines. Ils proposent donc de réduire fortement les inégalités de revenus et d’investir largement en éducation pour rétablir l’égalité des chances. 

L’impôt maximum sur les revenus dépassant 100 000 dollars était de 75 % entre 1935 et 1960. Ce taux maximum sur les revenus les plus élevés fut graduellement réduit à 65 % sous Kennedy, 39 % sous Reagan, 35 % sous George W. Bush et finalement 20 % avec les dernières baisses de Trump.

Plus encore, les plus riches bénéficient d’une série d’échappatoires fiscales qui leur permettent de réduire davantage leur seuil d’imposition. Ce qui amena Buffet à affirmer que « les riches sont nettement sous-taxés par rapport à la population en général ».

Abigail Disney, l’héritière de l’empire Disney, va dans le même sens en demandant d’imposer substantiellement les 200 millionnaires de New York. Plus encore, elle affirme qu’aucun dirigeant de compagnie ne devrait gagner 500 à 700 fois le salaire médian de ses travailleurs. Pour elle, c’est simplement une question d’équité.

Aussi, selon ces grands milliardaires, le système capitaliste fonctionne bien uniquement pour les plus riches. Alors que le revenu des citoyens ordinaires a stagné en dollars constants depuis 1980, celui des plus riches fut multiplié par 10. La conséquence est palpable. La différence entre riches et pauvres aux États-Unis n’a jamais été aussi grande depuis 1929. Le 1 % des Américains les plus riches possède aujourd’hui plus que 90 % de la population totale des États-Unis.

Selon le club des milliardaires, une importante hausse des impôts sur les riches permettrait de rendre l’impôt plus productif, de répondre à une série de problèmes touchant la majorité des Américains, d’améliorer le bien-être général des gens et même de générer une économie plus productive. En mot, une telle hausse va dans l’intérêt à long terme non seulement des Américains en général, mais aussi des plus nantis.

Le fonctionnement du capitalisme américain est devenu présentement si déséquilibré qu’il est en train de détruire le rêve américain. Il a donc un besoin urgent d’être réformé afin d’assurer la survie de la classe moyenne comme la base de la société américaine. 

En 1970, 90 % des jeunes Américains pouvaient espérer gagner un revenu supérieur à celui de leurs parents. Aujourd’hui, ils sont moins de 50 % à partager ce rêve. Les données montrent que les États-Unis ont pour ainsi dire cessé d’être un pays où la mobilité économique et sociale prévaut. Plus encore, la classe moyenne s’érode progressivement.

Grandir dans une famille de classe moyenne représente pourtant un atout fondamental. En plus d’avoir des parents qui s’occupent de lui, un jeune est assuré de recevoir une bonne éducation et d’accéder à un emploi où l’égalité des chances prévaut. En un mot, il peut vivre le rêve américain.

Ray Dalio, président du fonds d’investissement Bridgewater, affirmait récemment que déjà 60 % des Américains ont déjà été exclus du rêve américain. Selon lui, c’est donc plus de la moitié des Américains qui sont déjà laissés pour compte. Or, pour ces 60 % d’individus, la possibilité de sortir de la pauvreté a été réduite depuis 1990 de 23 % à 11 %.

Jamie Dimon, président de la banque JPMorgan Chase, décrit comment le rêve américain s’est effiloché alors que « 40 % des Américains n’ont pas 400 $ pour faire face à des dépenses imprévues, telles que des frais médicaux ou des réparations de voiture ».

Cet échec repose d’abord sur un système d’éducation défaillant, un taux d’incarcération beaucoup trop élevé, et un virage technologique mal géré. En conséquence, le club des grands milliards considère que la correction de l’inégalité des revenus aux États-Unis est devenue une « urgence nationale ». En plus de corriger le système fiscal, les autorités politiques doivent aussi éliminer le sous-financement en éducation.

Si en 1970, le système d’éducation américain était le meilleur des pays de l’OCDE, il est devenu aujourd’hui un des plus mauvais. Les écoles américaines sont tellement sous-financées qu’elles manquent de matériel élémentaire. Si en 1994, les enseignants bénéficiaient d’une parité salariale à compétences égales, ils gagnaient proportionnellement en 2017 19 % de moins que les autres professionnels.

Le club des milliardaires est particulièrement critique de la réduction des impôts de Trump. Il conclut qu’un an après, les seuls véritables gagnants sont les plus nantis. Selon eux, la réduction des impôts ne fait qu’accélérer l’inégalité des revenus. Décidément, ces derniers ne sont pas en faveur d’une réélection de Donald Trump.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.