Environnement

Les modèles ont dit vrai

CHRONIQUE ENVIRONNEMENT / Dans une démarche scientifique, il faut toujours comparer un dispositif expérimental avec au moins un contrôle jugé équivalent sur lequel on prend les mêmes mesures pour évaluer l’effet du traitement. De même, une expérience qui n’est faite qu’une fois n’a aucune valeur statistique. C’est l’une des grandes limites de la science des changements climatiques. La Terre est un système unique, qu’on ne peut répliquer pour faire une expérience et confirmer ou infirmer nos hypothèses. Comme nous n’avons pas de planète identique, il faut construire différemment nos expériences. Il y a beaucoup d’autres limites à la science des changements climatiques, par exemple le temps d’évolution du système et l’ampleur du champ de mesures nécessaires à obtenir des réponses claires, ce qui rend parfois nécessaire le recours à des mesures indirectes appelées proxys et à des collaborations internationales de très grande envergure entre les universités, les offices météorologiques et les agences spatiales par exemple.

Les ordinateurs les plus puissants sont aujourd’hui capables de gérer des calculs qui étaient impensables il y a même vingt ans et la perspective des ordinateurs quantiques laisse croire que cette tendance n’est pas près de s’arrêter. Depuis trente ans, des équipes spécialisées, un peu partout dans le monde, ont construit des programmes qui permettent de modéliser le climat à l’échelle planétaire et son évolution en fonction de certains paramètres dictés par différents scénarios. Ces simulateurs du climat sont une sorte de « planète virtuelle » où on peut faire des expériences en modifiant, par exemple, la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère pour vérifier comment se comporteront les glaces, les précipitations ou la température des océans. À partir d’un même scénario, plusieurs modèles différents sont appelés à calculer l’évolution des paramètres d’intérêt sur des décennies, voire des siècles. Plusieurs dizaines de simulations sont ainsi produites pour permettre aux chercheurs d’appliquer des tests statistiques et se donner un intervalle de confiance pour prédire l’avenir le plus probable. Mais rien de tout cela ne vaut la vérification de terrain.

Chronique

Le boulet de Sébastien Proulx

CHRONIQUE / Et si, finalement, le poste de leader parlementaire du groupe libéral à l’Assemblée nationale était plus un carcan qu’un tremplin pour Sébastien Proulx, s’il veut se lancer dans la course à la direction de son parti? Et si la réserve à laquelle il est tenu pesait davantage dans la balance que la visibilité dont il peut bénéficier?

Les règles de la course à la direction du Parti libéral du Québec (PLQ) devraient être connues au cours des prochains mois ou au plus tard en 2020, tout comme celles du Parti québécois (PQ).

Lorsque le chef intérimaire du Parti libéral du Québec, Pierre Arcand, a confié en octobre à Sébastien Proulx le prestigieux poste de leader parlementaire, plusieurs se demandaient s’il ne bénéficiait pas ainsi d’un avantage indu pour la compétition à venir.

Depuis de nombreuses semaines, c’est plutôt l’inverse qu’on observe.

C’est que les députés bénéficiant de postes d’«officiers» — c’est ainsi qu’on nomme la chose dans le monde de l’Assemblée nationale — doivent s’astreindre à la plus totale neutralité tant qu’ils les occupent. Ce n’est pas le cas pour leurs collègues, qui ont plus de marge de manœuvre. Au PLQ, ces derniers temps, on constate qu’il ne s’agit pas que de théorie.

Et c’est ainsi que le fringant et brillant député de Pontiac, André Fortin, peut réitérer chaque fois qu’il en a l’occasion son intérêt pour une éventuelle candidature à la chefferie du PLQ — comme il l’a fait la semaine dernière au journal Le Droit.

Il est vrai qu’avec le retour de la période des questions, en février, Sébastien Proulx jouira d’une bonne visibilité à titre de leader parlementaire. Mais ce sera aussi le cas d’André Fortin, comme porte-parole de l’opposition officielle en matière de santé et de santé publique. Le dossier du cannabis n’est pas réglé.

«Rien ne sert de courir; il faut partir à point», nous a appris Jean de La Fontaine. Bien sûr, la messe n’est pas dite pour le ministre de l’Éducation du gouvernement de Philippe Couillard. Pour l’heure, toutefois, M. Proulx paraît coincé en raison du poste d’officier qu’il occupe — poste qu’il devra abandonner dès lors qu’il chaufferait les moteurs de son éventuelle candidature à la direction de son parti.

Contrairement à d’autres de ses collègues, il devra aussi laisser tomber sa fonction de leader parlementaire dès lors qu’il commencerait à s’organiser en coulisse pour cette course — ce qui ne serait pas le cas pour Dominique Anglade, par exemple. Jusqu’à preuve du contraire, le député de Jean-Talon ne jouit donc pas d’un quelconque avantage.

Le socle du PQ et du PLQ

Après leur raclée du 1er octobre, le Parti libéral du Québec et le Parti québécois doivent se reconstruire. L’affaire est entendue. Mais il y a des limites à l’aggiornamento. Un parti politique n’est pas une marque de savon. Il y a des limites à tout virer par-dessus bord — et ses assises et ses convictions.

Le PLQ devra continuer de s’appuyer sur les droits individuels et le fédéralisme; le PQ, tout particulièrement sur la souveraineté. Ce sont leur socle.

L’un et l’autre ne se dénatureraient pas, cependant, en définissant mieux ce qu’ils sont et ce qu’ils veulent. Par exemple, dans le cas du Parti québécois, en mettant de la chair autour de l’os du projet souverainiste.

Quelle voilure pour la souveraineté? Une monnaie commune avec le reste du Canada ou pas? Une armée commune? Oui? Non? Quel type de frontières? Des institutions en partage? Lesquelles?

Ni le PQ ni le PLQ n’ont à se dénaturer par opportunisme. Ils ont à construire sur ce qu’ils sont. Ils ont leur place dans nos débats démocratiques

Chronique

Pas de raison de virer jaune

CHRONIQUE / Il manque des motifs d’indignation pour que le Québec vire jaune à son tour.

Dimanche, les cousins québécois des gilets jaunes français n’étaient qu’une quinzaine à manifester à Victoriaville, rapportait lundi La Presse.

«On sera de plus en plus nombreux jusqu’à ce que le Canada vire jaune au complet», a indiqué un participant. Vraiment?

L’optimisme et l’exaspération de l’homme paraissent exagérés.

Le temps froid ne peut expliquer à lui seul le nombre limité de protestataires et le peu d’engouement des Québécois à suivre le mouvement Gilets Jaunes Québec.

En France, le mouvement des gilets jaunes a forcé le président Emmanuel Macron à lancer un grand débat national sur la fiscalité et les dépenses publiques, l’organisation de l’État et des services publics, la transition écologique, et enfin la démocratie et la citoyenneté où figure l’immigration.

Se peut-il que les Québécois ne descendent pas dans les rues parce qu’ils estiment — du moins à ce moment-ci — qu’ils n’ont pas de raison de râler et d’exprimer collectivement leur ras-le-bol?

Ici, l’économie roule bien, le taux de chômage est très bas. Il y a bien sûr des inquiétudes et des visions opposées, notamment sur l’immigration, sur l’environnement. Des insatisfactions s’expriment aussi sur l’accessibilité aux services de santé et aux services professionnels dans les écoles. Certains estiment qu’ils paient trop d’impôt pour trop peu de services. D’autres sont tannés de payer pour des services qu’ils n’utilisent pas.

Les Québécois espèrent une embellie. Ils ont mis les deux vieux partis à la porte le 1er octobre dernier. 

Ils attendent de voir si François Legault et la Coalition avenir Québec vont livrer la marchandise et rester fidèles à la classe moyenne et au «monde ordinaire».

Les caquistes n’ont pas posé dans leurs 100 premiers jours au pouvoir des gestes qui pourraient laisser croire aux citoyens qu’ils ne tiendront pas leurs promesses.

L’arrogance et la condescendance ne sont pas non plus la marque du premier ministre et des membres de son cabinet. Le ton est encore à la collaboration, à la consultation.

Les Québécois ont donc le sentiment qu’ils ont encore l’écoute du gouvernement, que celui-ci n’est pas déconnecté de ce qui se passe dans leurs foyers, dans leurs milieux de travail, dans leurs écoles, dans leurs hôpitaux, dans leurs résidences de personnes âgées. 

Ils verront dans le premier budget caquiste déposé ce printemps si le discours rassurant et compatissant de la nouvelle équipe se concrétise sur le terrain et fait une différence pour le «monde ordinaire». 

Rappelons qu’avant même l’arrivée du gouvernement Legault, le Québec a réussi à atténuer un irritant que partagent plusieurs citoyens québécois et français : le poids de la fiscalité. 

La Chaire en fiscalité et en finances publiques indique, dans son édition 2019 du Bilan de la fiscalité au Québec, que la pression fiscale est en diminution depuis 2015 et que «la comparaison avec les autres provinces montre que la tendance d’un écart grandissant s’inverse depuis peu».

Au Québec, le poids de la fiscalité représentait 37,3 % du PIB en 2017, comparativement à 46,2 % en France.

Bien sûr, la charge fiscale demeure importante au Québec. C’est un côté de la médaille. De l’autre, la Chaire note que les inégalités de revenus sont plus faibles ici qu’au Canada dans son ensemble depuis 1976, et ce, sous l’effet des interventions gouvernementales.

Des fonds publics tirés des taxes et des impôts sont nécessaires pour que l’État intervienne ainsi. On n’a rien pour rien. 

La Chaire signale que près de 72 % des contribuables déclaraient un revenu total sous la barre des 50 000 $ en 2015.

En décembre, François Legault soutenait que pour éviter ce qui se passe en France, le Québec doit continuer de réduire le fardeau fiscal. 

Il faudra beaucoup d’emplois payants, beaucoup de gains de productivité et une activité économique forte et soutenue pour y parvenir sans sacrifier des services publics. Bonne chance.

Entre les lignes

Mon ami... Mary Poppins

CHRONIQUE / « Maman, il serait temps que tu reviennes. Papa est vraiment gossant. En plus, il a passé la journée avec une de tes robes sur le dos et a insisté pour que je l’appelle Claudine. Il a dit que ça allait être notre petit secret. Reviens pis ça presse. »

Cet « appel à l’aide », je l’ai lu sur Facebook au retour des Fêtes. Il était accompagné d’une photo, celle d’un beau bébé joufflu de sept mois, l’air tristounet, tenant une pancarte sur laquelle on pouvait lire le mot HELP. Le E inversé.