Chronique

Une très mauvaise idée!

CHRONIQUE / François Legault devrait visiter l’Outaouais avant de laisser ses députés spéculer sur un projet de casino à Québec. L’idée peut sembler attrayante à cause des milliers de croisiéristes qui visitent la capitale, mais elle ignore un facteur important. Un casino, ce n’est pas que des appareils de jeux de hasard. C’est une ou deux salles de spectacles, des restaurants, des bars, et des évènements culturels ou récréatifs de toute nature. Or en Outaouais, l’ouverture d’un casino a créé une dure concurrence aux restaurateurs et aux bars locaux.

La ville de Québec a une belle réputation en terme d’offre gastronomique et culturelle. Désire-t-on vraiment voir l’État y faire concurrence aux commerçants locaux? 

«C’est une compétition déloyale», m’a expliqué mercredi le propriétaire du restaurant Le Troquet, de Gatineau, Éric Gaudreault. Membre de Vision Centre-Ville, un regroupement de commerçants qui ont vécu l’implantation du Casino du Lac-Leamy, M. Gaudreault explique «que personne dans le privé ne peut faire une offre comme le Casino peut en faire». 

En 2014, une initiative du Casino a soulevé la grogne chez les propriétaires de bars. Il s’agissait d’une nouvelle boîte de nuit visant à attirer les jeunes de 18 à 24 ans.

«Certains d’entre nous font des affaires depuis 35 ans à Gatineau, et tous les investissements faits dans nos établissements proviennent du privé. L’État québécois nous taxe déjà suffisamment et voilà qu’il va nous livrer une compétition directe en finançant ses activités avec les fonds publics. C’est carrément indécent», avait averti M. Gaudreault.

Le directeur général de Vision centre-ville, Stefan Psenak, avait lui aussi déploré l’attitude de la direction du Casino : «C’est un grand navire qui se dirige souvent seul. Ils font souvent peu de cas des doléances des personnes autour».

Les deux hommes n’ont pas changé d’idée. Pire encore, M. Gaudreault estime que l’annonce de la création d’un nouveau casino à Ottawa, en 2021, forcera celui de Gatineau à se montrer encore plus agressif dans son offre de jeu et de restauration, au détriment des commerces locaux. «On ne peut pas faire l’autruche, se mettre la tête dans le sable et dire que ça n’affecte pas le commerce local, ce n’est pas vrai».

M. Gaudreault signale par ailleurs que la compétition du Casino ne se limite pas à la clientèle, mais touche également le personnel. «Présentement, il y a une pénurie incroyable de cuisiniers et ils [le Casino] ont un avantage parce qu’ils offrent de meilleurs salaires. Alors c’est toujours difficile de leur faire compétition sur les salaires. C’est de plus en plus criant depuis un an ou deux».

«S’il y a un endroit où il y a tellement de choses à faire qu’on n’a pas besoin de casino, c’est bien le Vieux-Québec, estime M. Gaudreault. Si on parle de problématique en région, mettez plutôt un beau casino en Gaspésie, ça va peut-être aider Percé.»

Les députés de la Coalition avenir Québec (CAQ) veulent sortir l’actuel Salon de jeux de Vanier, l’un des quartiers les plus défavorisés de la capitale. Cette préoccupation a ses mérites. Mais elle fait fausse route en la doublant d’un autre projet, celui de transformer le Salon de jeu en casino afin d’y attirer les croisiéristes qui font escale à Québec. Les caquistes se sont immédiatement attiré la colère des gens de Charlevoix, qui craignent une concurrence directe à leur propre casino, situé à La Malbaie. Les restaurateurs, les tenanciers de bars et les dirigeants des salles de spectacle de Québec n’ont pas encore réagi, mais si j’étais à leur place, je garderais l’œil ouvert. La proposition de la CAQ, c’est une très mauvaise idée.

Denis Gratton

Voter végane

CHRONIQUE / Puis ? Pour qui allez-vous voter le 7 juin prochain, amis Ontariens ?

Je sais, je sais, c’est un secret. On ne doit jamais poser cette question. Un vote, c’est sacré.

Patrick Duquette

L’art de fermer le robinet

CHRONIQUE / Mieux vaut prévenir que guérir, n’est-ce pas ?

C’est toute l’idée derrière ce comité hub que le chef du Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG), Mario Harel, souhaite créer à Gatineau. Ce serait le tout premier hub au Québec. Et même si c’est l’initiative du chef de police, il ne veut pas, il ne faut pas, insiste-t-il, que ça demeure un projet de police.

Chronique

L'homme qui voulait (re)vivre

CHRONIQUE / Jocelyn Prescott était membre de la Chambre de commerce, il avait une trentaine d’employés, cinq millions de chiffre d’affaires. Il avait une femme, une belle maison.

Sa femme est partie, sa compagnie a pris l’eau. «L’entreprise a bien fonctionné pendant environ 13 ans, mais les deux dernières années, c’était plus difficile. Après le divorce, ça a périclité. J’ai fait une faillite commerciale et puis une faillite personnelle. Je suis passé d’homme d’affaires reconnu à... rien.»

Sa vie s’est effondrée comme un château de cartes.

En novembre, il est monté dans son auto. «J’étais en dépression, je ne voyais pas de solution, j’avais l’idée d’en finir. J’ai quitté Gatineau, je suis venu à Québec. J’ai couché cinq jours dans mon auto, dans des stationnements de Tim Hortons. Et un matin, je suis parti avec l’intention d’aller frapper un poteau.»

À la place, il est allé frapper à la porte de la Maison Revivre, rue Saint-Vallier Ouest. 

Il avait entendu parler par hasard de cette maison pour les hommes qui n’ont nulle part où aller, mais il n’arrivait pas à se faire à l’idée d’aller là. «J’avais des préjugés... Et quand je suis arrivé, j’ai rencontré un homme à peu près du même âge que moi, qui avait aussi eu une entreprise, qui avait tout perdu.»

Ils sont de plus en plus comme eux, des hommes qui avaient une «vie normale» et qui, du jour au lendemain, se retrouvent dans la rue. 

Le pire, c’est que Jocelyn, avant de se lancer en affaires, avait travaillé pendant 15 ans en relation d’aide. Avec un baccalauréat en psychologie, un certificat en adaptation psychosociale, un autre en toxicomanie et un autre en santé mentale, il savait, en théorie, comment s’en sortir.

Je lui ai demandé si quelque chose aurait pu l’aider à bifurquer avant le cul-de-sac. «Je pourrais te dire plein de choses, des belles phrases... mais est-ce que ça aurait été utile? J’avais tous les outils en main, toute la théorie, mais je suis tombé quand même. Il n’y a pas de recette magique, pas de solution miracle. Tu descends, tu touches le fond et, arrive un moment où tu as deux choix...»

Mourir ou vivre.

Jocelyn a choisi de vivre.

Le 9 novembre, il est entré à la Maison Revivre. Le lendemain, il est allé s’inscrire à l’aide sociale. «J’ai tourné pendant une heure et demie autour... je ne me voyais tellement pas faire ça, je n’en revenais pas d’être rendu là, moi qui avais toujours connu le succès, bac avec mention, qui a été reconnu pour mon travail en relation d’aide, puis comme entrepreneur. Toute ma réalité était liée au succès.»

Il a pris une sacrée débarque.

À 59 ans, il est reparti de là. Du zéro kelvin. Il est allé chercher de l’aide chez Autonhommie, un centre de ressources pour hommes. «On a travaillé mon estime, je n’en avais plus, j’avais toujours vécu pour mon image. Ça a l’air super cliché ce que je vais te dire, mais j’ai compris que j’avais toujours vécu dans le paraître et là, je vis dans l’être.»

C’est la base.

Jocelyn a habité à la Maison Revivre jusqu’en février, le temps de se revirer de bord, d’encaisser un premier chèque d’aide sociale, de se trouver une place pour rester. «Je me suis trouvé un studio tout meublé, j’en suis à mon troisième mois. Là, j’économise et je calcule qu’en septembre, je vais pouvoir me trouver un 3 et demi.»

Il s’implique maintenant dans l’organisation du 40e anniversaire de la fondation de la maison, qui sera fêté cet automne. «J’ai trouvé le slogan “la Maison Revivre crée encore de l’espoir”. C’est ce que j’ai vécu. Je n’étais plus rien et maintenant, après sept mois, tout redevient possible.»

Il passe encore plusieurs nuits à la Maison. 

Comme employé maintenant. «Ici, ils ont vu mon potentiel et ils m’ont offert de travailler comme surveillant la nuit. Ils m’ont embauché, je suis rémunéré. J’ai retrouvé ma dignité que j’avais perdue. Tu sais quoi? Je gagne 400 $ clair par semaine et je n’ai jamais été heureux comme ça.»

– Et si tu n’étais pas venu ici, serais-tu mort?

– C’est clair.

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