Patrick Duquette

L’égalité des chances

CHRONIQUE / Je ne vous dirai pas qui c’est, ni même si c’est un garçon ou une fille. Pour la bonne raison que… je n’en sais rien. Même la directrice du collège privé Nouvelles-Frontières, Guylaine Côté, ignore l’identité de ce mystérieux élève de secondaire 1 dont l’anonymat est jalousement préservé.

Vous vous demandez de quoi je parle?

C’est que la Fondation du Collège Nouvelles-Frontières s’est retrouvée avec un surplus de bourses à offrir après l’abandon de son programme collégial. Trop d’argent ! Un joyeux problème, donc. Le collège a pensé créer une bourse pour un enfant qui n’aurait pas, autrement, les moyens de se payer une éducation dans un collège privé. Guylaine Côté a donc approché le centre de pédiatrie sociale de Gatineau, qui soigne des enfants défavorisés. Si vous avez un enfant à nous suggérer, a-t-elle avancé, on serait prêt à couvrir la totalité de ses études secondaires. 

Le centre de pédiatrie a donc soumis le nom d’un enfant, parmi les 1200 qui font appel à ses services. Celui-ci a eu droit à une bourse qui couvre tout : les frais de scolarité de près de 4000 $, la gamme de vêtements, le laissez-passer d’autobus, les manuels scolaires et même le sport parascolaire. Et ce, pour toute la durée de ses études secondaires.

La totale !

D’un commun accord, les deux partenaires ont convenu de garder secret le nom de l’enfant pour éviter toute stigmatisation. Seulement deux personnes au collège savent de qui il s’agit. La directrice ne fait pas partie du cercle. Ce sera à l’élève de se dévoiler ou non, selon son souhait. « Une école est comme un petit village, explique Guylaine Côté. Tout se sait rapidement. Je ne veux pas qu’on pointe une personne parce qu’elle est pauvre, comme je ne veux pas qu’on pointe mes élèves en difficulté. Je veux que la personne se sente acceptée. »

Sylvain St-Laurent

Les jeunes, le bon, le mauvais...

Brady Tkachuk qui marque deux buts à son tout premier match au Centre Canadian Tire. Tous ces experts du dimanche qui ne l’avaient jamais vu en action, mais qui le jugeaient sévèrement en raison de ses statistiques dans les rangs universitaires, rouspètent un peu moins fort, maintenant.

Maxime Lajoie qui en marque deux, lui aussi, et qui ne semble pas intimidé du tout quand on lui demande de piloter l’attaque massive d’une équipe de la LNH.

Denis Gratton

La friteuse du parc des Cèdres

CHRONIQUE / Voilà une bonne nouvelle. Surtout pour les gens d’Aylmer. En fait, c’est une bonne nouvelle pour tous les gens de la région.

La Ville de Gatineau a annoncé mercredi que la construction du nouveau pavillon du parc des Cèdres, secteur Aylmer, débutera cet automne. Si tout va bien et qu’il n’y a pas de délais dans la construction, on ouvrira les portes de ce pavillon flambant neuf à l’hiver 2020.

Chronique

Celle qui revit par Eyota Standing Bear

CHRONIQUE / Natasha Kanapé Fontaine a accepté, après mûre réflexion, d’incarner Eyota Standing Bear dans Unité 9 pour «partir d’un cliché et le déconstruire».

Il y avait autre chose.

Elle l’a fait pour redonner vie à Joëlle.

Joëlle, c’est Joëlle Tshernish, cette femme innue qui a été retrouvée morte par un froid matin d’octobre 2012 dans un stationnement de Saint-Roch, nue, seulement des bas aux pieds. 

Seule.

J’avais écrit une chronique sur elle, j’avais cherché à savoir qui elle était, j’avais appris qu’elle avait longtemps combattu les démons de la dépendance, qu’elle avait déjà cru les avoir domptés, qu’elle retombait chaque fois plus bas. Qu’elle se prostituait pour consommer.

Je suis entrée dans sa vie par sa mort.

J’ai publié son histoire le 12 octobre, Natasha n’a jamais oublié la date, c’est le jour où elle a publié son premier recueil de poèmes, N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures. «J’attendais dans une station de radio de Rimouski pour faire ma première entrevue à vie, j’ai vu la une du Soleil, et j’ai vu son nom...»

Joëlle était sa cousine. «Il y a juste une Joëlle Tshernish. J’avais le goût de pleurer, que sa vie finisse comme ça, c’est trop triste.»

Les deux viennent de Pessamit, communauté innue de la Haute-Côte-Nord, un peu avant Baie-Comeau.

C’est là que j’ai rencontré Natasha fin septembre, elle m’avait donné rendez-vous au restaurant Penshu pour déjeuner, un casse-croûte dans les règles de l’art. C’est la première fois depuis quatre ans qu’elle ne passait pas en coup de vent, elle était là pour une bonne semaine, en tournage pour un projet télé.

Ça tombait bien. «J’avais besoin de me ressourcer.»

Nous avons marché jusqu’au bord du fleuve, nous sommes assises sur une grosse branche que la mer avait laissée là. 

Et c’est là, devant l’horizon, qu’elle m’a parlé du rôle d’Eyota dans Unité 9, cette femme autochtone que la vie a malmenée tant et plus encore, qui aboutit à Lietteville dans un triste état. D’aucuns ont d’ailleurs reproché à l’auteure de la série, Danielle Trottier, de présenter un ramassis de préjugés.

Et, par ricochet, à Natasha aussi.

Cela même si le parcours de la poétesse en est aussi un de militante, qu’elle n’a jamais hésité à réclamer une prise de conscience sur la réalité des Autochtones tout en appelant les Premières Nations à se réapproprier leur culture et leur voix.

Elle a pris le rôle comme «une tribune».

Elle savait parfaitement ce qu’elle faisait en acceptant. «Ça fait longtemps que je me bats pour qu’on en parle, pour qu’on comprenne quelles sont les bases de cette réalité-là, a-t-elle confié à La Presse en janvier. [...] Je me dis que dans Unité 9, les gens n’auront pas le choix de se confronter à cette réalité et de pouvoir apprendre à humaniser des personnes qui semblent inaptes à recevoir de la compassion.»

Elle a tout de suite pensé à Joëlle. 

«Quand j’ai eu le scénario, c’est elle que je voyais. Je lui parlais. J’ai toujours eu besoin de comprendre son vécu.»

Elle se revoyait, petite, à côtoyer Joëlle, surtout ses sœurs. «Joëlle et moi, on a 10 ans de différence. Je voyais passer Joëlle, elle était comme déjà pas là... Elle avait les cheveux courts, noirs.»

Un peu garçonne. 

Puis, elle ne l’a plus revue. «J’en entendais parler, Joëlle était à Montréal, à Québec... On disait qu’elle était devenue prostituée, c’était fait sans jugement, mais on la connaissait, elle avait des problèmes de consommation.»

Elle a appris le 12 octobre, en lisant, qu’elle était itinérante. «C’était ma cousine.»

Natasha m’a d’abord contactée par courriel, pour partager avec moi cette histoire qu’elle gardait pour elle jusque-là. «En jouant ce rôle à la télévision, même si l’histoire d’Eyota n’est pas tout à fait la sienne, j’ai voulu magnifier le destin de Joëlle, raconter une autre fin. Où elle reste en vie.»

Pour remettre un peu de beauté. «J’ai vécu et j’ai vu des tragédies. Elles m’habitent. Elles font que j’avance tous les jours.» Elle se sentait maintenant prête à s’ouvrir pour «redonner à nouveau, plusieurs années plus tard, un sens à la vie de Joëlle».

Sans dévoiler le punch de la série, Natasha m’a confié qu’Eyota allait «éclore» enfin. «C’est le pouvoir du récit. Et dans la tradition orale autochtone, tu as le droit de changer le récit parce que le récit évolue. Ça me fait drôle d’être là, des années plus tard. Un nom est sorti il y a six ans, je ne peux pas ne pas me réclamer de ce nom-là, c’est ma famille. C’est très en lien avec ce que je fais.»

Ainsi, pour «boucler la boucle», Natasha a fait jouer un rôle à Eyota. «Joëlle ne pouvait pas rester oubliée.»