Patrick Duquette

Gros contrat pour Mathieu Lacombe

CHRONIQUE / Les attentes de l’Outaouais sont grandes à l’endroit du nouveau ministre régional Mathieu Lacombe. Et c’est en grande partie… de la faute du nouveau député caquiste de Papineau.

Quand François Legault est venu promettre un troisième hôpital urbain pour l’Outaouais, juste avant le début de la campagne électorale, M. Lacombe a été le premier à en remettre une couche malgré les critiques qui fusaient de partout.

Patrick Duquette

Hi, I’m Jim...

CHRONIQUE / En faisant du porte-à-porte à l’occasion de la campagne électorale, le maire sortant d’Ottawa Jim Watson a eu droit à un accueil particulièrement chaleureux de la part d’un électeur. « Merci mon Dieu, vous voilà ! » lui lance un monsieur en lui ouvrant grand la porte. Il a l’air soulagé.

« Vraiment ? Et pourquoi donc ? », lui demande M. Watson, intrigué par cet accueil inhabituel.

Chronique

Ma première poffe

CHRONIQUE / J’ai respiré ma première poffe avant 10h, dans la file d’attente devant la succursale du chemin Sainte-Foy, entre le Couche-Tard, la station d’essence et la poissonnerie.

De la fumée secondaire d’un pot illégal, forcément. Mais personne ne s’en est formalisé parmi ces fumeurs aguerris, alignés dans l’antichambre du grand jour.

Avec la pluie, l’attention frénétique des médias et la longueur inattendue de l’attente, on se serait cru à l’ouverture du IKEA, il y a deux mois.

Un même besoin de meubler son ennui. De satisfaire sa curiosité. D’être là où ça se passe et d’appartenir à quelque chose. De pouvoir dire, en se gonflant les poumons : j’étais là le premier matin. J’ai fait partie de l’histoire, fût-elle toute petite.

À cette différence qu’il n’y avait pas cette fois ni dignitaires, députés ou ministres dans la haie d’honneur pour applaudir béatement l’entrée des premiers clients. 

L’événement en fut peut-être moins glamour, mais plus digne.

Dans la file, une forte majorité d’hommes. Le nouveau premier ministre François Legault aurait eu peine à y choisir un conseil des ministres égalitaire, eut-il voulu s’intéresser aux fumeurs de pot. 

Cela soulève une ou deux questions intéressantes pour les sociologues. 

Le pot est-il à ce point une affaire d’hommes? Ou serait-ce que les femmes sont simplement moins pressées à acheter «légal», plus discrètes sur leur consommation ou avaient moins de temps à perdre dans les files d’attentes du pot que dans celles des IKEA?   

Une affaire d’hommes, donc. 

En remontant la file, j’ai croisé leurs regards : fébriles, excités, placides, curieux, souriants, froids, chaleureux, rêveurs. Au travers, une bonne dose d’abonnés absents. Rien pour rassurer ceux qui s’inquiètent de l’impact de la légalisation sur les plus vulnérables.  

***

Un accidenté du travail originaire de la Gaspésie. La cinquantaine. Une niveleuse lui a reculé dessus en 1998 sur un chantier routier. Blessures à une jambe et à une épaule. Des années en chaise roulante. Il a depuis recommencé à marcher, mais n’a plus jamais travaillé.

Depuis l’accident, il achète son pot au noir pour soulager la douleur. Il avait ses fournisseurs en Gaspésie et maintenant à Québec, mais croit que sera plus facile à la Société québécoise du cannabis (SQDC).

Deux jeunes préposés aux bénéficiaires dans un établissement de Québec. Le premier prend du pot pour décompresser après le travail. 

Le second de l’huile de CBD sans effet psychoactif, pour calmer l’anxiété. Une goutte le matin, une autre le soir, même les jours de travail. Surtout les jours de travail peut-être.

Leur métier est le plus exigeant, le plus mal payé et le plus sous-estimé de notre société.  

Ça ne rend peut-être pas acceptable l’idée que des préposés aux bénéficiaires puissent travailler sous l’effet du cannabis, mais si ça se trouvait, ce n’est pas moi qui jetterais la première pierre.

Une étudiante de première année en droit. Elle avait cessé de fumer en attendant le jour où ce serait légal, m’a-t-elle d’abord dit, mais j’en doute.

J’ai vu qu’elle en savait autant sur le cannabis Sativa que sur l’habeas corpus. Ça aide, dit-elle, à lutter contre la procrastination et lui donne de l’énergie pour faire le ménage. Il n’y a pas de sots motifs.

Un installateur dans les télécoms est venu pour son épouse atteinte de sclérose en plaques. 

Le médicament prescrit à la clinique antidouleur ne fait plus effet et crée des maux de tête, explique-t-il. À l’évidence, il y trouve aussi son compte.

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Un employé de service dans un hôtel cinq étoiles. La mi-cinquantaine. Serein avec lui-même, mais il ne voudrait pas que sa mère apprenne qu’il fume du pot.

Il avait l’habitude d’acheter en ligne. A été «agréablement surpris» par la qualité du service des employés de la SQDC. Ceux de la Société des alcools du Québec devraient y faire un stage, suggère-t-il. Je l’ai trouvé sévère.

Au comptoir, il a demandé sept grammes de fleurs d’intensité forte, mais s’est laissé convaincre de réduire le niveau et qu’il aurait quand même un «bon trip».

Il a roulé son premier joint légal sitôt rentré à la maison. On s’est parlé au téléphone peu après. Résultat concluant, disait-il. 

Il s’apprêtait à enfourcher sa guitare pour jouer (très mal, disait-il) du Pink Floyd. Ça m’a semblé très cohérent.

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Aux premières heures du matin, des représentants d’une centrale syndicale, ensachés dans des ponchos de plastique bleu, flânant près de la file comme des pushers à un show rock.

Pressés de syndiquer les employés de la SQDC, alors que c’est peut-être les fumeurs de pot qui auraient besoin d’un syndicat pour faire valoir leurs «droits». 

On a appris mercredi que même les Plaines leur seront interdites, après les rues, les trottoirs, les parcs, espaces publics et logements dans les grandes conciergeries. 

C’est dire que seuls les occupants de résidences unifamiliales pourront fumer du cannabis. 

Les chartes ne l’avaient pas vu venir, mais quelqu’un, un jour, voudra contester cette discrimination devant les tribunaux.

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Je suis retourné à la succursale au milieu d’après-midi. La file était plus longue qu’à l’ouverture le matin. Loin de se dissiper, l’effet du cannabis s’était maintenu. J’ai renoncé à attendre. 

Sur la route du retour, mon pneu avant droit s’est dégonflé à son tour. Crevaison dans l’heure de pointe. Premier bad trip à cause du pot, sans avoir pris une première poffe.

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Une dégustation façon Bloc Pot

Denis Gratton

Un quartier français ? Non merci

CHRONIQUE / En voilà un qui n’a pas très bien compris…

Matt Lowe est candidat au poste de conseiller municipal du quartier Rideau-Vanier. Le lundi 22 octobre, journée d’élections municipales en Ontario, les résidents de ce quartier devront choisir entre lui, le conseiller sortant, Mathieu Fleury, et l’ex-vice-président de l’Association communautaire de la Basse-Ville, Thierry Harris, pour les représenter à la table du conseil municipal d’Ottawa.

Messieurs Fleury et Harris sont bilingues. M. Lowe ne l’est pas. Mais ce dernier affirme suivre des cours de français.

Lequel des trois sera élu lundi ? Bien malin qui peut le prédire. M. Fleury ne s’est pas fait d’amis à Vanier au cours de la dernière année dans le dossier de la construction éventuelle d’un méga-centre de l’Armée du Salut en plein cœur de cette ancienne ville. Par contre, il s’est fait un paquet d’amis dans la Basse-Ville en réussissant à sortir le refuge de l’Armée du Salut du marché By pour le « déménager » à…. Vanier.

Pourquoi le conseiller sortant a-t-il attendu que ce projet soit pratiquement un fait accompli avant d’avertir les résidents de Vanier de la venue de cet imposant complexe de 350 lits dans leur cour ? On ne le saura peut-être jamais. Mais selon moi, Mathieu Fleury a échappé le ballon dans ce dossier. Il aurait dû agir plutôt que de réagir. Ça lui coûtera peut-être son poste, lundi.

Thierry Harris est un adversaire de taille, lui qui est connu du milieu des affaires et du milieu communautaire. Il semble aussi bien au fait des dossiers qui touchent les francophones de Rideau-Vanier qui représentent 29 % de la population de ce quartier.

Bref, ça risque de chauffer lundi dans Rideau-Vanier et je n’oserais même pas parier un « p’tit deux » sur le résultat. On dit cependant que le candidat sortant a toujours un léger avantage sur ses adversaires. On verra bien…

Un quartier français ?

Mais je reviens à la toute première phrase de cette chronique : « En voilà un qui n’a pas très bien compris… ».

Dans notre édition de mercredi, notre collègue Daniel LeBlanc trace un portrait de la course dans Rideau-Vanier. Et dans ce texte, Matt Lowe se prononce sur son engagement de transformer le secteur Vanier en « un vrai quartier français ». Voici ce qu’il a déclaré :

« Je ne comprends pas pourquoi ça n’a jamais été développé comme projet. C’est un non-sens. J’ai vécu en Louisiane (qui a son French Quarter/Vieux carré français) et on devrait à mon avis s’en inspirer. Ça permettrait d’attirer des commerces, d’améliorer l’image du secteur, etc. Il faut que ça devienne un quartier au même titre que la Petite Italie et le quartier chinois ».

Misère…

Premièrement, M. Lowe, contrairement à ce que vous avancez, un « quartier français » a déjà été développé comme projet dans le secteur Vanier. Sur le tronçon du chemin de Montréal qui traverse ce secteur, pour être plus précis. C’était vers la fin des années 1980, début des années 1990, alors que Gisèle Lalonde était mairesse de Vanier. 

Le but était d’inciter des commerçants et des institutions francophones à venir s’y installer. Ça n’a pas marché, M. Lowe. Mais pas du tout. Jean-Coutu est à peu près la seule entreprise qui a répondu à l’appel à l’époque en y ouvrant une succursale.

Mme Lalonde a beau tenté en attirer davantage en embellissant cette partie du chemin de Montréal de bacs à fleurs multicolores accrochés à des lampadaires en fer forgé affichant la trille et la fleur de lys, il n’y avait rien à faire.

Et depuis, une dizaine de boutiques de prêts sur gage et d’avance d’argent à la Money Mart ont ouvert leurs portes dans ce « quartier français ». Et c’est sans parler des boutiques de cannabis, de pipes à marijuana et des filles de joie qui sont venues se mêler au décor de ce « French Quarter ».

Deuxièmement, M. Lowe, les francophones de Vanier — et d’Ottawa — ne veulent rien entendre d’un quartier français « au même titre que la Petite Italie et le quartier chinois », comme vous le dites. Nous ne sommes pas une population immigrante, mais un peuple fondateur. Notre présence dans la grande Ville d’Ottawa ne s’arrête pas aux frontières du secteur Vanier. 

En fait, ce secteur autrefois majoritairement francophone arrive au troisième rang des quartiers d’Ottawa comptant le plus grand nombre de francophones. Les Francos sont plus nombreux à Orléans et à Cumberland qu’ils le sont à Vanier. Et si les écoles de langue française poussent comme des champignons dans l’ouest de la ville, c’est parce que l’oncompte aussi un plus grand nombre de francophones dans cette région de la capitale.

Comme l’a déjà dit votre adversaire Mathieu Fleury lorsque questionné il y a quelques années sur l’aménagement possible d’un quartier français à Vanier : « Pourquoi mettre l’accent uniquement sur le quartier Vanier quand les francophones se retrouvent partout en ville ? ». Bien dit.     

On ne veut pas un quartier français à l’image de celui de La Nouvelle-Orléans en Louisiane, M. Lowe, on veut une ville officiellement bilingue à l’image du Canada. 

« Arrivez en ville », vous aurait dit ma mère.