Lucidité et audace, on ne reprochera pas à Jean-François Lisée d’en manquer. Ajoutons un consensus ambiant sur son énergie et sa bonne humeur, pourtant mise à rude épreuve par les Marcotte dans Drummond-­Bois-Francs et Blanc dans Mercier.

Trop positive, la campagne?

CHRONIQUE / Le Parti québécois peine à retrouver le plancher symbolique des 20 % d’intentions de vote dans le BAROMÈTRE ÉLECTIONS 2018. Les observateurs s’entendent pour dire que la «zone payante» commence à peu près là. Il y a un an, les premières déceptions du Parti québécois sous ces 20 % faisaient figure de catastrophe qu’on espérait momentanée. Aujourd’hui, toucher ce cap est devenu «payant», comme s’il s’agissait de gains pour une formation qui avait pourtant une trentaine d’élus au moment de la dissolution de la Chambre.

Le Parti québécois peine à retrouver le plancher symbolique des 20 % d’intentions de vote dans le BAROMÈTRE ÉLECTIONS 2018. Les observateurs s’entendent pour dire que la «zone payante» commence à peu près là. Il y a un an, les premières déceptions du Parti québécois sous ces 20 % faisaient figure de catastrophe qu’on espérait momentanée. Aujourd’hui, toucher ce cap est devenu «payant», comme s’il s’agissait de gains pour une formation qui avait pourtant une trentaine d’élus au moment de la dissolution de la Chambre.

Lucidité et audace, on ne reprochera pas à Jean-François Lisée d’en manquer. Ajoutons un consensus ambiant sur son énergie et sa bonne humeur, pourtant mise à rude épreuve par les Marcotte dans Drummond-­Bois-Francs et Blanc dans Mercier. La magie de l’autobus se prolonge, l’annonce de mesures originales porte, jeunesse et pourtant expérience de l’entourage étonnent. En ce début de campagne, le Parti québécois a soutiré une visibilité démesurée si on la compare à son poids relatif en sondages. Surtout, il reste du temps. Beaucoup de temps. 

Assez de temps en fait pour que cette approche positive voit son effet s’étioler au rythme où l’intensité de la campagne et des enjeux croîtront. Ça ne saurait tarder, et avant même que l’effet de ce démarrage joyeux du PQ ne soit mesurable sur le BAROMÈTRE.

Souhaite-t-on une campagne sombre de «fake news», de «lock her up» et d’injures sur les réseaux sociaux à l’américaine? Certainement pas! On s’étonne quand même de certains scrupules. Par exemple, lorsque François Bonnardel avoue candidement sur les ondes de LCN avoir été informé de l’emprunt d’Éric Caire auprès d’un maire de son comté, le chef en devient responsable. L’institution CAQ savait. En toute connaissance de cause, la CAQ et son chef ont cautionné ce qui sera dénoncé et admis comme une erreur ou un conflit d’intérêts. Pourtant, personne n’en pipe mot.

L’ALENA prend l’avant-scène de la campagne électorale québécoise. À très juste titre. La plupart des autres enjeux abordés à date font pâle figure sous la menace qui plane au-dessus de l’agriculture, de la culture, du bois ou de l’aluminium québécois. Jean-François Lisée a l’idée à la fois pertinente et responsable d’une trêve et de la signature d’une lettre commune enjoignant à Justin Trudeau de ne pas compromettre la gestion de l’offre.

On s’attend alors à une polarisation. D’une part les nationalistes et souverainistes affirmant que seul un Québec siégeant à la table ou franchement indépendant pourrait bien faire valoir ses intérêts commerciaux. En face, on imagine les fédéralistes répéter que le Québec ne ferait pas le poids et le PLQ insister sur le risque et l’incertitude d’un gouvernement de la CAQ en ces temps troubles. Alors que cette polarisation servirait tant le PLQ que le PQ pour prendre la CAQ en sandwich et gruger des votes à ses marges plus fragiles, c’est François Legault qui y va d’un énoncé d’un autre temps: l’Ontario cesserait d’acheter le lait d’un Québec souverain. Bien sûr.

Parce qu’il n’y a que peu ou pas de transfert de vote entre le PLQ et le PQ, les gains que l’un et l’autre font le sont surtout au détriment de l’adversaire commun, la CAQ. La meilleure façon de soutirer ces votes peut ne pas être d’attaquer la CAQ — quoique… —, mais bien de se provoquer entre eux, renvoyant l’attention des médias de l’un vers l’autre, prenant le contrôle du récit et effritant le vote déjà fragile, parce que tout nouveau, de la CAQ. Le PQ et le PLQ doivent récupérer des votes qu’ils ont déjà eus. La CAQ s’approprier des votes qu’elle n’a jamais eus. Présentement, le BAROMÈTRE indique qu’elle y arrive haut la main malgré quelques jours plus difficiles.

La campagne québécoise est-elle trop douce? Entre chèques aux familles qui sont l’équivalent de deux jours au salaire minimum et boîtes à lunch à l’école, on voit mal poindre une vision du Québec. Aux anecdotiques candidatures de vedettes qu’on ne connaissait pas hier se substituent des annonces qui ne changeront pas le monde.  Personne ne veut prêter flanc ou être l’agresseur. Ça ne durera pas. La fête du Travail, c’est lundi. Le coude se portera plus élevé mardi.