Philippe Couillard espère encore conserver des sièges en Mauricie.

«Swing state» Mauricie

CHRONIQUE / La politique est une drogue dure à laquelle la dépendance est durable. Pour plusieurs, c’est après quatre ans et demi d’impatience qu’une campagne électorale québécoise reprend enfin son envol. Voyons à quelle hauteur elle volera en effet parce qu’on a vu la politique fréquenter aussi les taupes au cours de ces derniers 54 mois…

Les autobus plus ou moins extravagants des chefs prennent aujourd’hui la route, suivis de ceux des médias… sans le logo du parti auquel chacun est affecté. Pas d’incident diplomatique avec les journalistes en début de campagne cette fois.

L’autobus de Philippe Couillard et du Parti libéral du Québec se dirigera presque aussitôt vers la Mauricie. La Mauricie? Une région en repli démographique qui a perdu un comté dans la révision de la carte électorale? Étrange choix.

Non en fait. Il existe aux États-Unis des États qui, lors des présidentielles, font largement foi du résultat en changeant d’allégeance d’un scrutin à l’autre. On les appelle les swing states. Dans la plupart des États étasuniens, on sait qui des démocrates ou des républicains emportera le support des Grands électeurs, mais on mentionne souvent la Floride, l’Ohio ou la Pennsylvanie comme des États dont le choix sera déterminant parce que dur à prévoir. On serait tenté de les comparer au circonscriptions dites baromètres au Québec. Sauf qu’au Québec, alors qu’on suppose qu’un tel comté penchera du côté du pouvoir, aux États-Unis, ce sont plutôt les swing states qui déterminent largement le gagnant.

Et si la Mauricie était une swing région?

On peut facilement nommer une trentaine de comtés qui iront sans aucun doute au PLQ, autant à la CAQ, une poignée probablement au Parti québécois et trois au moins à Québec solidaire. Ça ne fait pas pour autant de chacun des quelques dizaines d’autres, des comtés que nous appellerons comtés-charnières. D’abord, on sait où la plupart se retrouveront et il faut que l’imprévisibilité en soit récurrente.

En Mauricie, ça l’est! Sauf vague, on n’est jamais bien certain de comment votera la Mauricie. Le Parti québécois de Pauline Marois pensait bien s’approprier quatre et peut-être cinq des cinq sièges de la région en 2014. Ça ne s’est pas passé comme ça. La CAQ regarde avec convoitise les projections lui accorder l’entièreté de ce qui est devenu une région de quatre comtés. Mais le PLQ qui les détient présentement tous ne compte pas y renoncer ainsi. Le premier ministre vient passer le message jeudi.

De nombreux comtés seront arrachés de haute lutte entre la CAQ et le Parti québécois, mais on peut croire que la CAQ remportera la plupart de ces affrontements. Ce n’est pas un enjeu crucial. Une poignée mettront en scène une course serrée entre QS et le PQ, et quelques autres entre le PQ et le PLQ. Seule la circonscription de Laurier-Dorion risque de donner lieu à un affrontement entre d’abord QS et le PLQ, avec peut-être Maurice-Richard. Ce n’est pas là que la composition du gouvernement sera déterminée. Elle le sera dans les comtés où s’affronteront, loin devant les autres partis, les candidats de la CAQ et du PLQ.

Dans la région de Québec, la CAQ semble s’être donné une avance qui n’exclut pas un balayage. En Mauricie par contre, le PLQ espère encore sauver des sièges. Ces sièges pourraient faire la différence entre un gouvernement de la CAQ majoritaire ou minoritaire, voire du PLQ minoritaire.

Outre sa position de trouble-fête à qui on réserve une cour assidue, la Mauricie est aussi intéressante parce que c’est dans Champlain que la CAQ a demandé à Sonia Lebel de scénariser qu’elle n’y est pas parachutée. C’est aussi dans Champlain que Marmen fait travailler 1000 Mauriciens, dont beaucoup dans l’industrie de l’éolien que la CAQ remet en question. C’est la région où, pour lancer sa carrière politique, le frère de Julie Boulet du PLQ a prêté allégeance à François Legault de la CAQ. On lui a attribué la seigneurie de Trois-Rivières. Enfin, c’est Laviolette devenu Laviolette-St-Maurice qui a vu Julie Boulet exiger d’être désignée candidate par Philippe Couillard avant de se retirer inopinément, laissant la place un candidat de moindre intérêt.

Les sondages de Recherche Mainstreet dont on extrapole le résultat à partir des données du «Reste du Québec» et les projections de Qc125 suggèrent un balayage de la CAQ en Mauricie. Mais, après tout, c’est seulement aujourd’hui que commence la campagne dans une région où la politique n’est jamais ennuyante. L’enjeu n’est pas mince : si la CAQ échappe la Mauricie, il n’est pas du tout certain qu’elle sera au pouvoir le 2 octobre parce que la Mauricie n’est pas que charnière. Elle est aussi, un peu, baromètre.