Manon Massé, Philippe Couillard, Jean-François Lisée et François Legault

Les rendez-vous manqués

CHRONIQUE / En mars 2014, enhardie par des sondages qui annonçaient un gouvernement majoritaire péquiste et avec en poche une Charte des valeurs que le Parti québécois croyait gagnante, Pauline Marois déclenchait des élections générales, coupant court à un gouvernement qui aura duré moins de 18 mois.

Dans Johnson, on me disait gagnant. Imbattable même. J’ai été battu. Dans les deux dernières semaines. Des signes à décoder ne mentaient pas : la poignée de main molle, la conversation courte, le regard fuyant, la promesse de soutien évanouie…

En août 2018, Philippe Couillard était contraint par la loi de déclencher à son tour un scrutin général pour le 1er octobre. Cette fois-ci, ce sont les troupes de la CAQ que plusieurs sondages placent en position majoritaire dans une prochaine législature. Encore une fois, le thème de l’identité devait en être une carte maîtresse. Il reste deux semaines à la campagne et François Legault connaît des moments très difficiles.

Le débat de jeudi dernier, seul, ne peut pas avoir fait une telle différence, mais la méconnaissance par François Legault du dossier de l’immigration qu’il a lui-même choisi de mettre au centre de la campagne, ainsi que les enjeux constitutionnels, juridictionnels et légaux qu’il maîtrise peu ou mal, plombent une campagne déjà ébréchée par des erreurs de parcours des Caire, Le Bouyonnec, Laroche et Allaire. La confiance est mise à mal.

Il est hasardeux d’attribuer à une seule cause simple une réflexion collective qui ne peut pas l’être. Néanmoins le résultat est mesurable au quotidien, avec des nuances bien sûr, par les sondages d’opinion.

Ainsi, à 29%, la CAQ n’a plus qu’en-deçà d’un point d’avance sur le Parti libéral après l’avoir dominé de 8% au BAROMÈTRE ÉLECTIONS 2018. Égalité statistique. Le Parti québécois s’achemine vers les 22% et Québec solidaire dispose d’un ferme 17% que certains jugent élevés, mais qui pourrait être plus fidèle à la réalité qu’on ne le croit.

Les chiffres les plus marquants sont toutefois dans la mesure des intentions de vote des Francophones. La CAQ est tout juste au-dessus de la barre des 32% et le Parti québécois franchit celle des 24%. Un écart réduit à moins de 8% entre les deux formations qui laissent le PLQ sous les 22%. Chez l’ensemble des électeurs décidés et enclins, l’avance de la CAQ sur le PQ a atteint les 17% au tout début du mois pour flirter avec les 8% aujourd’hui.

Avec de telles données, un gouvernement majoritaire ne serait pas à la portée de la CAQ. Il est tôt. Il est toujours tôt. Et ne nous y trompons pas, le Parti québécois navigue encore en eaux trop peu profondes pour faire mieux que sauver sa peau. Et une vingtaine de sièges.

Autre donnée qui étonne. Chez ces mêmes Francophones, Québec solidaire est à 19%. Il y a quelques mois à peine, QS et le PQ ont vu avorter lamentablement un projet de « feuille de route » conjointe qui devait favoriser l’élection d’un plus grand nombre de députés et députées « souverainistes et progressistes ». Or ensemble, aujourd’hui et avec toutes les nuances et objections que j’entends déjà, toujours chez les électeurs francophones, ces frères ennemis franchissent le cap des 43%, loin devant la CAQ ou le PLQ. Cette alliance tactique qui n’a pas vu le jour - et aurait échappé des votes au passage bien sûr - aurait pu se prétendre principale force politique au Québec. Mais on ne réécrit pas l’histoire…

Enfin, il est intéressant de se projeter vers un avenir plus lointain : le Bloc québécois tout juste réunifié peut, sous réserve de mille conditions périlleuses, y voir une mesure de son propre « marché » puisqu’il est seul à porter la souveraineté sur la scène fédérale. Beaucoup reste à faire, dont consommer cette unité, définir un programme et une vision et concilier indépendance et intérêts du Québec, mais un pas qui suggère la maturité est franchi.

Que de rendez-vous !

Celui du Bloc québécois se dessine dans une brume opaque pour dans plus d’un an. Celui du Parti québécois et de Québec solidaire est résolument manqué pour cette fois-ci. Celui de la CAQ avec l’histoire n’est pas du tout perdu au moment d’écrire ces lignes, mais l’heure est à tous les dangers. Il faudra que l’entourage péquiste de François Legault connaisse assez les électeurs de leurs anciens amis pour colmater une brèche qui vient de lancer une toute nouvelle campagne électorale…. de deux semaines !

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