Dans le but de battre les libéraux de Philippe Couillard, François Legault en appelle au vote stratégique. Étrange notion en vertu de laquelle au lieu de voter pour ce qu’on veut, on vote pour autre chose pour disposer ce dont on ne veut pas… L’appel au soi-disant vote stratégique apparaît dans à peu près chaque campagne électorale, mais rarement si tôt, et rarement d’un parti qui est aux commandes de la campagne.

La CAQ s’inquiète-t-elle trop tôt?

CHRONIQUE / La Coalition avenir Québec mène dans tous les sondages depuis tellement longtemps que la question est de savoir si elle formera un gouvernement minoritaire ou majoritaire. Oui, l’avance de la CAQ est passée de 8,2 % à 1,7 % sur le BAROMÈTRE ÉLECTIONS 2018 avant de remonter vendredi matin à 2,9 %. À l’intérieur d’une marge trop étroite pour être très significative, mais ce sont quand même des données revues tous les jours. De telles variations sont tout à fait normales et peut-être doit-il y avoir une nuance entre un suivi minutieux et une inquiétude qui changerait les plans de la formation de François Legault?

Chez les francophones, avec 34,4 % d’intention de vote chez les décidés et enclins contre 22,9 % pour les péquistes et 21,5 % pour le Parti libéral, la CAQ jouit d’une avance imposante. C’est cette avance qui lui assurerait le pouvoir et reléguerait le Parti québécois à une peut-être maigre seconde opposition. Les projections de Qc125 placent d’ailleurs, encore et durablement la CAQ en territoire légèrement majoritaire.

Il est donc normal dans ces conditions que la CAQ soit la cible d’attaques virulentes de ses adversaires. Comme tout parti, elle a des points plus faibles, des positions qui ont évolué au fil du temps et des progrès dans les sondages d’opinion publique. On voulait élargir le «marché électoral» d’un parti allant probablement gouverner pour une première fois. Ces lacunes sont exploitées, donc. Faut-il y voir une raison de s’inquiéter parmi les troupes de François Legault? La meilleure approche ne reste-t-elle pas de faire sa campagne, s’en tenir au plan de match et profiter de l’attention médiatique que procure la position dominante?

C’est dans ce contexte qu’on peut se questionner sur trois sorties récentes de François Legault. D’abord, en réponse à un journaliste alors que tel n’était pas le thème de l’annonce à laquelle il procédait, le chef de la Coalition avenir Québec non seulement réaffirmait sa position quant à la réduction de 50 000 à 40 000 du nombre d’immigrants que le Québec accueillerait dès la première année d’un gouvernement de la CAQ, mais il précisait que cette coupe de 20 % allait être appliquée à tous les types d’immigration, y inclus ceux qui exigeront alors une négociation avec Ottawa. On relançait alors le débat identitaire avec la touche nationaliste d’une possible confrontation avec Ottawa. Les stratèges de la CAQ s’inquiètent-ils d’une amorce de remontée du Parti québécois? Ce matin encore, on revenait sur le test imposé à ces mêmes immigrants moins nombreux…

Par la suite, François Legault y allait d’une affirmation étonnante : le français risque de plus ou moins disparaître au Québec en deux générations. Que le français soit menacé est l’objet d’un consensus chez tous les partis outre le PLQ, qui admet toutefois la nécessité de le soutenir. Qui craint réellement qu’une telle menace soit à ce point importante et imminente? Encore ici, on lorgne les électeurs péquistes.

Enfin, dans le but de battre les libéraux de Philippe Couillard, le chef caquiste en appelle — déjà — au vote stratégique. Étrange notion en vertu de laquelle au lieu de voter pour ce qu’on veut, on vote pour autre chose pour disposer ce dont on ne veut pas… L’appel au soi-disant vote stratégique apparaît dans à peu près chaque campagne électorale, mais rarement si tôt, et rarement d’un parti qui est aux commandes de la campagne. De nouveau, c’est une sollicitation adressée à ses «amis péquistes» que lance François Legault.

Les tacticiens qui entourent le chef de la CAQ, dans plusieurs cas, connaissent bien le Parti québécois pour y avoir été actifs jusqu’à tout récemment. Monsieur Legault lui-même y a été un souverainiste impatient. Que lisent-ils dans la situation et dans le BAROMÈTRE qui justifie une telle stratégie à ce moment-ci?

Quelle que soit leur analyse, on pourra tenter d’en discerner l’effet auprès de l’électorat au cours des prochains jours en jetant un coup d’œil quotidien au BAROMÈTRE. Il reste beaucoup de politique à déployer entre maintenant et le 1er octobre et la campagne, en effet, se resserre entre les trois principaux partis en plus d’être colorée par les aspirations davantage nationales de Québec solidaire.