La CAQ de François Legault, inexpérimentée, confrontée à une machine de l’État mise à la main du PLQ par 15 années de pouvoir, collage de gens d’allégeances multiples ou inexistantes et qui se voient tous ministres, aura bien du mal à ne pas être gravement bousculée durant un mandat minoritaire.

Ça commence à peine...

CHRONIQUE / Lundi, le Québec laissera derrière lui une campagne électorale qui risque de marquer l’histoire en élisant un parti n’ayant jamais exercé le pouvoir. Une première depuis celui de René Lévesque en 1976. Ce sera aussi le premier scrutin qui aura été réalisé dans le respect de la loi instaurant les élections à date fixe. Une des conséquences de cette souhaitable innovation aura été le démarrage réel de cette campagne longtemps avant son déclenchement officiel et une contamination sévère du fonctionnement des institutions.

La politique québécoise est peut-être en transition du bipartisme vers le multipartisme. Plusieurs ont abordé cette question, dans certains cas dans le but d’annoncer la disparition de l’axe constitutionnel dans le débat politique. La polarisation Canada-Québec aurait contribué au maintien du bipartisme, prétend-on. Or, le Québec et le Canada ont connu depuis 50 ans plusieurs épisodes de gouvernements minoritaires, attributs du multipartisme. En annonçant la fin de l’«axe de la souveraineté», on omet opportunément que s’ils ne se divisaient pas, les souverainistes progressistes déclasseraient nettement la CAQ pour «battre les libéraux». Allez jeter un coup d’œil sur le BAROMÈTRE (PQ + QS = 37 % chez les décidés et enclins), en particulier chez les Francophones (PQ + QS = 43 % chez les décidés et enclins).

Il se peut ainsi qu’après les moutures de 2007 et de 2012, le Québec se donne de nouveau un gouvernement minoritaire. Un gouvernement minoritaire, ça ne dure pas quatre ans. Pauline Marois a fait le choix de provoquer une élection en 2014. On a prétendu qu’elle a payé le prix de n’avoir pas respecté sa propre loi. Qui pense vraiment que le mandat aurait duré quatre ans? Personne. Les oppositions auraient fait tomber les péquistes avant le terme. Pauline Marois n’a qu’essayé d’en choisir elle-même le moment. Le poing en l’air de PKP a disposé de l’aventure en livrant un argument de campagne rêvé à Philippe Couillard : l’agenda référendaire caché des conspirateurs péquistes.

Un gouvernement minoritaire, c’est la campagne électorale permanente, une crise aigüe et ininterrompue de partisanerie. Ça ne rend toutefois pas l’État inopérant. Depuis 50 ans, le Canada en a connu quatre, et depuis 12 ans, le Québec en a vu deux.

Comptez sur le PLQ pour se reconstruire. L’instrument politique d’une influence plutôt économique rebondira rapidement et revendiquera le pouvoir dont il croit qu’il lui appartient en propre. Les Moreau, Anglade, peut-être Taillefer ou Proulx et certainement quelques surprises piaffent déjà d’impatience. Au contraire, la CAQ, inexpérimentée, confrontée à une machine de l’État mise à la main du PLQ par 15 années de pouvoir, collage de gens d’allégeances multiples ou inexistantes et qui se voient tous ministres, aura bien du mal à ne pas être gravement bousculée durant un mandat minoritaire. Jamais les deux mains sur le volant, comme dirait l’autre.

Enfin, les affaires intimes du Parti québécois et Québec solidaire se perpétueront sur la voie publique. Téléréalité singulièrement ludique, un peu perverse. Imaginez un QS avec quelques sièges seulement de moins et quelques points seulement de moins que le Parti québécois. Qui croit que les factions les plus extrêmes et les moins souverainistes de QS demanderont autre chose qu’une humiliation complète du PQ? Il s’y refusera. Déjà, ici et là, on entend la voix de la raison répéter que le prolétariat du monde entier, c’est bien beau, mais que ça assure le pouvoir aux fédéralistes de droite ad vitam æternam. Y aura-t-il une normalisation des relations entre ces frères ennemis.

Surtout qu’il y aura aussi un scrutin à Ottawa dans un an. Ou avant.

Imaginons Justin Trudeau jeté hors de l’ALENA comme un malpropre. Ça ressemble déjà à ça. Affrontera-t-il l’électorat en pleine humiliation et avec une économie gravement ébranlée ou sera-t-il tenté de solliciter un «mandat fort» pour négocier même si, évidemment, Trump se moquera totalement de son mandat, fort ou pas? Il n’en faut pas davantage pour que de nouveau, les couloirs de la colline Parlementaire à Ottawa ne frémissent d’une théorie d’élections précipitées. Très précipitées… Les conservateurs sont prêts et Maxime Bernier n’a pas commencé à infliger de réels dommages. Le NPD est en lambeaux. Tentant, au moins comme rumeur d’officines.

J’oubliais le Bloc québécois qui frayait encore avec les 20 % il n’y a pas si longtemps. En mauvais état, mais rassemblé, sans beaucoup d’argent, sans candidats, sans chef(fe). Ce qui nous ramène… à QS. 

On parle beaucoup trop de Québec solidaire dans cette campagne compte tenu de son poids réel, dira-t-on. Parlons plutôt de son utilité réelle. Chaque point gagné par QS sur le Parti québécois fait tomber un comté dans la besace de la CAQ. Ne vous étonnez donc pas qu’au cours de la prochaine année, une des principales questions de la politique au Québec soit de déterminer si les troupes de Québec solidaire renoueront avec les fédéralistes du NPD ou soutiendront les souverainistes du Bloc québécois. Ils pèsent lourd, chez QS, et ils le savent… 

Gouvernement minoritaire, courses à la direction des partis défaits, mariages et divorces, scrutin fédéral anticipé ou pas… Les 12 prochains moins ne seront pas moins intenses que les 12 derniers.

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