Pourquoi souvent, dans les films, on voit les filles dévorer de la dure aux cerises noires ou «trois couleurs» à même le pot en déprimant?

Vraiment comme dans les films?

CHRONIQUE / « Maman. Pourquoi, quand on est en peine d’amour, on mange tout un pot de crème glacée ? »

Ah les enfants ! J’adore leur façon de poser une question sur un sujet sorti de nulle part, comme ça, pour s’informer, mais aussi pour calmer le hamster qui court dans leur tête. Et vous remarquerez, selon l’âge, ça tire dans tous les sens.

L’autre soir, ma petite m’a demandé, en moins de 23 secondes, « qui » était le premier dinosaure sur la planète et d’où venaient les pêches...

La question sur le pot de crème glacée, elle, vient de ma grande. Non, à 14 ans, on n’a visiblement pas les mêmes questionnements et préoccupations qu’à 9 !

Mon ado se trouve pourtant à des années-lumière d’une première peine d’amour. Les gars, je me demande si elle les regarde. Bon, vous allez me dire que peut-être qu’elle ne les voit tout simplement pas, plusieurs lui arrivant en dessous du menton, mais quand même.

Je sais, la croissance des garçons est souvent plus lente. Je lui ai d’ailleurs souvent répété. Elle doit être patiente, quoiqu’elle ne pense pas à ça du tout. Mais un coup de foudre peut si vite arriver...

Bref, à sa jolie question, j’ai tout de suite répondu que c’était parce qu’en peine d’amour, on avait tendance à manger nos émotions.

Une réponse un peu générale-psycho-pop-à-cinq-cennes avec laquelle son père ne semblait pas du tout d’accord. « Moi, quand je suis triste, au contraire, je n’ai pas faim », qu’il a avoué.

À bien y réfléchir, et en replongeant dans mon passé, je me suis souvenue, qu’effectivement, quand mon premier chum m’a laissée, j’ai fondu comme une glace à la vanille un jour de canicule. C’est d’ailleurs le seul lien que je peux faire avec la crème glacée. J’étais rendue maigre sèche.

Alors pourquoi souvent, dans les films, on voit les filles dévorer de la dure aux cerises noires ou « trois couleurs » à même le pot en déprimant, que j’ai donc demandé à voix haute à mon clan.

Notre expérience ne collait pas du tout à cette image de « gavage » pourtant véhiculée depuis que la glace en pot existe.

Du coup, ma réponse ne tenait plus la route.

J’ai donc lancé ma recherche.

Les conséquences d’une peine d’amour sur notre organisme peuvent être nombreuses. Et elles peuvent varier d’une personne à l’autre. C’est clair qu’un jour, quelque part, une fille au cœur brisé a vidé un pot de Coaticook pacanes, chocolat et double caramel en une soirée. Mais dans les faits, un chagrin d’amour entraîne normalement la libération d’hormones liées au stress. Un phénomène qui se traduit, entre autres, par la perte d’appétit.

Dans une étude menée aux Pays-Bas, le docteur en neurobiologie Gert ter Horst a remarqué que notre organisme passait en « mode survie » pour se remettre d’une grande tristesse. Il a noté que les zones du cerveau qui gèrent la douleur veillent aussi à dicter ce que nous avons le goût de manger. « Pour lutter contre la peine causée par un chagrin d’amour, la faim n’est pas une priorité, et c’est pour cela que notre appétit est impacté, explique-t-il. Notre organisme a d’autres choses à gérer pour nous aider à aller mieux. »

Et le fameux pot d’Häagen-Dazs dans tout ça ?

Eh bien, il arrive... une fois la peine d’amour passée.

Toujours selon l’étude de Gert ter Horst, le besoin de sucre se manifeste quand l’envie de manger revient. En fait, le manque d’appétit causé par la déprime crée un déficit en terme de calories. Déficit que notre organisme souhaite compenser par l’absorption d’aliments riches. « Sans oublier, termine le chercheur, que ces derniers aident également à réguler le taux d’ocytocine, l’hormone de l’amour, dont la production chute en cas de rupture. »

Morale de cette histoire : il ne faut pas croire tout ce que l’on voit dans les films !

C’est fou pareil. Avant même d’avoir lu le « guide pour parents d’ado amoureuse », j’aurai survolé tout ce qui a été écrit sur « comment réconforter un cœur d’ado brisé après une rupture ».

Je ne lui souhaite pas, mais si ma grande doit vivre ça un jour, au moins, je saurai quoi faire. Je serai disponible pour elle, à l’écoute et je l’inviterai à sortir de la maison pour lui changer les idées.

Et si nous allons au cinéma, ce sera avec pas de pop corn.