En voulant acheter un sac de café et qu'un jeune employé m'a tutoyé, je me suis aperçu que la société avait réussi à nous conditionner au protocole du vouvoiement, au fil des années.

Vouvoiement

Il y a quelques soirs de cela, alors que je faisais ma célèbre promenade de nuit, j’ai décidé d’arrêter au Tim Hortons pour y acheter un sac de café. Je savais que la dame à la caisse me répéterait probablement pour une centième fois que ces sacs étaient vendus à un meilleur prix à l’épicerie, mais bon, j’avais oublié d’aller en acheter à l’épicerie en soirée, et ce, malgré le fait que quelques heures plus tôt, j’avais passé une bonne dizaine de minutes à le noter en grosses lettres de couleur sur l’ardoise de la cuisine. D’ailleurs, au moment même où je dessinais ma note pour ne pas l’oublier, je me souviens très bien avoir dit à mon amoureuse: « Check ben ça, c’est sûr que je vais l’oublier ».

Finalement, alors que je pensais que ce serait la dame qui me conseille toujours d’acheter mon café à l’épicerie qui me répondrait, voilà qu’un jeune employé s’est présenté devant moi. Je dis ça à la blague, mais de toute évidence, comme tous les gars de son âge, il aurait certainement préféré être ailleurs qu’au Tim Hortons en cette chaude nuit d’été.

C’est donc sur un ton admirablement peu enjoué qu’il m’a fait payer mon café et alors que j’attendais que la machine Interac me confirme que la transaction était approuvée, j’ai soudainement réalisé que le gars me tutoyait gros comme le bras.

Ici, n’allez surtout pas croire que je suis le genre de gars qui se sent offusqué quand on le tutoie, mais je vais vous avouer qu’en combinant ce tutoiement avec un manque incroyable d’enthousiasme, ça m’a fait me sentir tout drôle. J’ai failli demander subtilement au garçon si on se connaissait en me disant que j’avais peut-être simplement oublié son visage, puis j’ai pensé: « Ah non! Ça va faire vieux con qui tente de faire passer un message de façon passive-agressive ».

Ça m’a plutôt rassuré par la suite d’être arrivé à la conclusion que si l’employé avait été un gars de 20 ans de plus que moi qui m’avait répondu de la même façon, j’aurais probablement ressenti la même chose. En fait, je crois avoir compris que ce qui m’avait rendu si confus, c’est qu’au cours de mes 38 années d’existence, la société est au moins parvenue à réussir un truc à mon sujet: me conditionner au protocole du vouvoiement lorsqu’on est client quelque part et que vous ne connaissez ni d’Ève ni d’Adam la personne de l’autre côté du comptoir.

Cela dit, je tiens vraiment à préciser que si j’ai pris le temps de vous raconter cette histoire banale, ce n’est pas pour critiquer le travail de cet employé, mais bien parce que mon interaction avec lui m’a permis de réaliser que la société était parvenue à me conditionner au vouvoiement.

D’ailleurs, n’espérez jamais de moi que je profite de cette tribune pour casser du sucre sur ceux et celles qui travaillent dans le public, car à mon humble avis, ils rencontrent assez d’idiots en une seule journée pour mériter un bon mois de vacances chaque année.

Ça me fait justement penser à une publication que j’ai vue passer sur un Spotted il y a peu de temps et où un internaute se vidait le coeur à propos de l’attitude des clients à l’égard des employés de nuit au McDonald’s.

Le truc, c’est que les clients ne sont pas contents parce qu’ils doivent attendre « trop longtemps » pour recevoir leur fast-food. Alors au lieu de questionner les employés sur les raisons qui pourraient expliquer un tel délai, ils les engueulent comme du poisson pourri. C’est doublement con, car non seulement ça ne les avance en rien d’engueuler les employés, mais en plus, si l’on en croit certains travailleurs, ce délai s’explique par le fait que quelqu’un quelque part a décidé que ce serait une bonne idée de faire travailler moins d’employés pour servir toujours plus de clients. En fait, c’est tellement con comme théorie que je veux bien y croire.

Alors à ceux et celles qui n’arrivent pas à respecter ces travailleurs, j’ai un truc pour vous: faites-vous à manger à la maison. Ça fera une nuit de travail un peu moins nulle pour les employés et en plus, ça fera moins d’argent dans les poches des vrais responsables. Et puis hop, ça vous fera peut-être du bien, un ou deux kilos en moins.