À part les bombes et les mitrailleuses, le Maid in the Shade n’a pas changé depuis 1944.

Vol de guerre à Gatineau

CHRONIQUE / Dire que des ti-culs de 19-20 ans partaient à la guerre dans ces gros avions-là. J’ai fait une virée à 200 milles à l’heure dans le ciel de Gatineau, lundi matin, à bord d’un vieux bombardier de la Seconde Guerre mondiale.

L’avion est à Gatineau pour une semaine dans le cadre d’une tournée nord-américaine. Il s’agit d’un B-25 Mitchell toujours en parfait état de marche, 75 ans après ses premières missions de guerre.

L’appareil est de toute beauté avec son fuselage métallique souligné de bleu pâle. Les aviateurs de l’époque avaient baptisé leur appareil Maid in the Shade. D’ailleurs, ils ont peint la plantureuse ménagère en question, langoureusement étendue sous le cockpit.

Le B-25 est moins gros que le bombardier quadrimoteur B-29 venu nous visiter en juillet. Cet appareil n’a que deux moteurs. Mais c’est toute une machine de guerre avec ses 12 mitrailleuses. En mission de combat, il pouvait transporter jusqu’à 4000 livres de bombes.

On nous a assis dans le ventre de l’appareil, entre les deux grosses mitrailleuses de 12,7 mm. À l’intérieur de la carlingue, la chaleur est presque insoutenable. Le bruit des moteurs est assourdissant au point où il nous faut enfiler des oreillettes de protection.

L’appareil appartient à l’Arizona Commemorative Air Force. Le guide, Ted, nous explique que les sièges où nous prenons place n’existaient pas durant la guerre. « Il n’y avait que les deux mitrailleurs. Dès qu’ils se mettaient à tirer sur les avions ennemis, le plancher se jonchait de douilles de balles. »

D’où nous sommes, on ne voit pas la cabine de pilotage puisqu’il y a la soute à bombes entre eux et nous. Vers l’arrière, on aperçoit très bien le poste de tir du mitrailleur de queue. Il avait une vue imprenable sur le paysage. Et sur les avions ennemis qui tenteraient de l’abattre par-derrière…

Durant la guerre, la moyenne d’âge des équipages de Mitchell tournait autour de 19 ans. Aujourd’hui, ils ont en moyenne 65 ans. Ce sont d’anciens pilotes, mécaniciens ou retraités de l’aviation qui s’adonnent à leur coûteux loisir par pur plaisir. Aux commandes de mon B-25 aujourd’hui, ce sont deux pilotes de la American Airlines. Pour eux, conduire un vieux coucou de la dernière guerre, c’est comme une distraction. Ça les change de leurs gros Boeing commerciaux qui se conduisent tout seul !

Le Maid in the Shade est piloté à Gatineau par deux habitués des gros Boeing de l’American Airlines.

Parlant du pilote, il vient de mettre les gaz à fond. Le B-25 Mitchell prend rapidement de la vitesse. L’accélération m’enfonce dans mon siège. Quelle puissance ! En quelques secondes, on est à 1500 pieds d’altitude. Le pilote vire sec à droite. Ça brasse plus que sur un vol commercial. C’est grisant, pour peu qu’on aime l’action !

Le vol dure une trentaine de minutes. À peine le temps de s’amuser à viser avec les mitrailleuses dont on peut actionner la double-gâchette. L’un de nous a vite rampé jusqu’à la tourelle de queue. Vu des hublots, le paysage de Gatineau vaut le coup d’œil.

Mais l’intérêt du vol est ailleurs. Il est dans l’imagination. Il nous permet de nous mettre un peu à la place des très jeunes aviateurs qui volaient à bord de cet appareil, en 1944, pour aller bombarder des ponts et couper les lignes de ravitaillement des troupes nazies.

L’appareil appartient à l’Arizona Commemorative Air Force.

L’avion dans lequel j’ai volé n’est pas une réplique. C’est un vrai de vrai. Il a accompli 15 missions en Italie durant le dernier conflit mondial. Sous la vitre du cockpit, 15 petites bombes noires témoignent de son passé guerrier.

Celui-là a combattu surtout en Italie. Il bombardait des ponts de chemin de fer derrière les lignes ennemies. Des missions en rase-mottes très périlleuses, puisque l’appareil s’exposait de près au feu de l’ennemi. 

L’ingénieur de vol, Paul Hlavaty, me dit que l’avion est resté tel qu’il était en 1944. La seule différence, c’est que les bombes installées dans la soute sont des répliques et que les mitrailleuses ne sont plus armées.

Pour le reste, c’est le même avion qui décollait de sa base située en Corse pour aller bombarder les lignes de ravitaillement allemandes. « Une vraie mission aurait été bien sûr pas mal plus longue. On aurait aussi volé plus bas encore, puisque les Mitchel bombardaient à basse altitude. Et ça n’aurait pas été aussi plaisant. Ce n’est jamais plaisant de se faire tirer dessus », rigole M. Hlavaty qui est le doyen de l’équipage, à 71 ans.

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EN CHIFFRES

Type : Bombardier B-25 Mitchell

Équipage : six

Construction : 1944

Appareils assemblés : Près de 10 000

Appareils en état de vol : 34

Autonomie : 1350 milles

Envergure : 67’6’’ d’une aile à l’autre

Longueur : 52’11’’ du nez à la queue

Poids : 21 120 livres

Chargement des bombes : 3000 livres

Poids maximal pour décoller : 41 500 livres

Vitesse de croisière : 375 km/h

Vitesse maximale : 385 km/h