Vivre avec les fourmis

CHRONIQUE / Chaque été, c’est la même chose. Ça commence avec une seule fourmi qu’on voit passer rapidement sur le plancher, puis, du jour au lendemain, on se rend compte que la maison est devenue une autoroute de fourmis.

Je vais vous avouer que la première année où on a été envahis, c’était la panique générale. On avait nettoyé la maison de fond en comble afin de s’assurer que les fourmis ne trouveraient plus la moindre miette de quoi que ce soit, puis je m’étais rendu au magasin pour aller acheter un tas de produits afin d’éliminer complètement ces envahisseurs.

En fait, j’avais tellement placé de pièges à fourmi dans la maison que je suis convaincu qu’il y en a encore un ou deux qui traînent quelque part entre un vieux meuble et un mur.

Je me souviens qu’à l’époque, j’avais partagé mon désarroi à mon ami Raphaël et il m’avait lancé avec amusement que sa maison familiale rencontrait le même problème depuis une éternité et qu’un jour, on finissait par « vivre avec ».

Donc, au cours des deux premiers étés où des invasions s’étaient produites, on avait mené des opérations de choc afin d’enrayer la crise, puis pendant un an ou deux, j’imagine que les fourmis ont fait une espèce de réunion et elles ont décidé de déclarer notre maison comme étant une zone temporairement sinistrée.

Et puis hop, c’était ensuite reparti de plus belle, et j’avais alors essayé une méthode trouvée sur le Web qui consistait à disposer des petites boules de coton imbibées de sucre et d’insecticide afin de piéger mes envahisseurs, mais en vain.

Il faut aussi souligner que pendant toutes ces années, on a changé les portes et isolé tout ce qui pouvait s’isoler, mais ces satanées fourmis trouvent toujours le moyen de se faufiler. Et juste pour ajouter à leur bonheur, l’arrivée de Billy le chien à la maison leur facilite la vie plus que jamais, étant donné que je ne peux plus employer de pièges et de stratagèmes empoisonnés puisque c’est écrit dans le ciel qu’il va s’empoisonner en les bouffant.

La bonne nouvelle dans tout ça, c’est que d’ici quelques semaines à peine, les fourmis partiront vers d’autres aventures et pendant les dix mois suivants, j’aurai quand même une petite pensée pour elles chaque fois que je laisserai traîner un truc sucré sur le comptoir de la cuisine.

Bref, on finit par « vivre avec ».

Puisqu’on parle d’insectes, ça me fait penser à une histoire que mon ami Pascal m’a racontée cette fin de semaine.

Il y a quelques années de cela, Pascal et un de ses amis s’étaient rendus dans un genre de vieux chalet et voilà qu’au moment d’ouvrir la porte, l’ami de Pascal a hurlé de douleur en plaçant sa main sur une oreille. « Ayoye ! Faut faire de quoi, j’ai une guêpe dans l’oreille. »

Le duo est donc parti à toute vitesse vers l’hôpital le plus proche et vous devinerez que chaque seconde comptait. Pendant que Pascal roulait à toute vitesse, son ami sentait cette guêpe qui se débattait à l’intérieur de son oreille et la seule pensée qu’elle puisse finir par le piquer faisait certainement grimper la tension d’un cran.

Puis, une fois que le duo est arrivé à l’hôpital, l’ami de Pascal a subi une espèce de traitement consistant à verser du liquide dans son oreille et voilà qu’à la grande surprise de tout le monde, c’est un gigantesque papillon de nuit qui est ressorti.

Ça doit bien faire deux ou trois jours que je repense souvent à cette histoire et chaque fois, je n’arrive tout simplement pas à comprendre comment un papillon de nuit peut trouver le moyen d’entrer si rapidement à l’intérieur d’une oreille.

Quelles étaient les chances qu’une telle chose puisse se produire ?

Le plus con dans tout ça, c’est qu’hier, un gros papillon jaune s’est mis à voler autour de moi et je me suis soudainement rendu compte qu’au lieu de m’émerveiller devant lui, j’étais complètement terrorisé à l’idée qu’il se faufile dans l’une de mes oreilles.

J’imagine que si la tendance se maintient, je devrais avoir peur de tous les insectes d’ici la cinquantaine.