Les niveaux d’eau continuent de baisser à Gatineau.

Vague d’optimisme

CHRONIQUE / Son visage m’était familier. Elle sortait du centre d’aide aux réfugiés à Gatineau, ses deux enfants âgés de huit et cinq ans derrière elle.

« On se connaît ?, que je lui demande.

— Un peu, oui. Vous m’avez interviewée pendant les inondations de 2017. »

Mélanie Proulx, son conjoint et leurs enfants habitent le chemin Hurtubise. Pour la deuxième fois en trois ans, leur maison est entourée d’eau et la petite famille doit à nouveau chambarder sa routine. Mme Proulx et ses enfants ont été logés par la Croix-Rouge à l’hôtel Holiday Inn Express de Gatineau et ils y vivent depuis une dizaine de jours. Le conjoint de Mme Proulx reste dans leur maison au sous-sol inondé afin de s’assurer que les pompes fonctionnent 24 heures par jour.

« Mais les enfants vont tout de même à l’école, souligne-t-elle. Ce n’est pas évident de vivre les trois dans une petite chambre d’hôtel pendant 10 jours, mais on se débrouille comme on peut. Et notre maison sera sauvée, ce qui ne sera malheureusement pas le cas pour tous les sinistrés. Donc, quand on se compare on se console. Et on espère que d’ici la fin de la semaine, on pourra rentrer à la maison. Si l’eau baisse de six ou de huit pouces d’ici vendredi, je pense qu’on pourra reprendre notre vie normale. J’ai hâte d’être dans mes choses.

— Songez-vous à vendre votre maison ?

— En ce moment, ça ne donnerait pas grand-chose (rires). Mais c’est drôle que vous me demandiez ça parce que je reçois récemment beaucoup de demandes d’amitié sur Facebook d’agents immobiliers de Gatineau que je ne connais même pas. Ils m’invitent sur Facebook depuis le début des inondations. Peut-être voient-ils une belle occasion. Je ne sais pas. Mais je n’ai pas accepté leurs demandes.

— Bonne chance et bon courage, Mme Proulx. »

J’allais lui lancer : « on se revoit aux prochaines inondations ! » Mais bien que l’optimisme revient tranquillement chez les sinistrés gatinois, l’heure n’est pas encore à la blague.

Et parlant d’optimisme…

Guy Beaupré, un électricien à la retraite, s’affairait hier matin à retirer des sacs de sable qui protégeaient sa maison de la rue Glaude, dans le district du Lac-Beauchamp.

« Vous êtes optimiste, vous !, que je lui lance en m’approchant.

— Je suis confiant. L’eau a baissé pas mal dans notre rue. C’est très encourageant.

— Mais la crue est venue en deux vagues en 2017. Vous ne craignez pas que la même chose se reproduise cette année ?

— Pas vraiment, non. J’imagine que ça va dépendre de la neige à fondre dans le nord. J’ai appelé un ami qui habite dans le nord [Abitibi], samedi, et il m’a dit qu’ils ont encore six pouces de neige au sol là-bas. Donc on verra. Mais je suis confiant. De toute façon, l’eau n’est pas montée si haut que ça cette année. Elle était beaucoup plus haute en 2017, ajoute-t-il en me montrant le niveau que l’eau avait atteint sur le perron de sa maison en 2017 comparé à cette année.

— Guy a raison, enchaîne son voisin, Gilles Raymond, venu se joindre à la conversation. L’eau était beaucoup plus haute en 2017. Là, elle baisse depuis quelques jours et elle va continuer de baisser. Je ne suis pas inquiet moi non plus. C’est fini pour cette année.

— Vous savez que la Ville demande aux gens d’attendre avant de retirer les sacs de sable ?, que je demande à M. Beaupré.

— C’est ce qu’ils disent. Et je n’enlève pas tous les sacs. Mais à la Ville, ils ont beau travailler en génie civil, ça ne fait pas nécessairement d’eux des génies. Parfois dans la vie, l’expérience est mieux que le génie.

— Et vous n’en êtes certes pas à votre première inondation, si je comprends bien.

— Non monsieur !

— Avez-vous déjà songé à vendre votre maison ?

— (Rires). Elle est à vendre depuis cinq ans ! Ça ne se vend pas, ça. Et quand des gens sont intéressés à l’acheter, ils se font refuser le financement par les banques parce que c’est un quartier inondable ici. Non… Je vais rester ici avec ma femme. Je vais rester ici jusqu’à ce que je meurs.

— Quitte à revivre d’autres inondations dans l’avenir ? »

Il a répondu par un haussement d’épaules qui se traduisait par un : « Ai-je le choix ? »