Vacances obligatoires

CHRONIQUE/ Je vais être franche avec vous : cette chronique est la dernière que j’écris avant mon congé de maternité. Eh oui! Dans quelques semaines déjà — ou enfin, me dis-je par moments —, je tiendrai dans mes bras ce bébé-surprise qui m’a fait tant paniquer il y a quelques mois déjà.

J’étais certaine d’accoucher facilement de mon dernier texte, pour ne pas faire de jeux de mots. Mais à ma grande surprise, l’inspiration ne vient pas. Je suis à quelques heures de mon deadline, et mes doigts ne font qu’aller sans direction précise sur mon clavier.

« Parle de l’accouchement qui s’en vient, du congé de maternité qui n’en est pas un, de tes craintes, de tes angoisses, de tes attentes, etc. », me suggère-t-on, avec bienveillance.

Je pourrais, mais je n’en ai pas envie. Je considère que tout ça n’est aucunement d’intérêt public, et surtout, que ça m’appartient. J’ai envie et j’ai besoin de garder ça pour moi.

J’ai pensé m’inspirer de la fin de la maternelle de ma plus grande, ou du premier passage imminent de la Fée des dents. De ma petite/grande deuxième, qui commence, à travers des comportements difficiles et inacceptables, à chercher sa place entre l’aînée et le bébé à venir. Ou encore de mon ami papa, qui m’a confié sa détresse parentale cette semaine.

Normalement, j’aurais trouvé de quoi dire. Mais pas cette semaine. 

J’ai la tête ailleurs. Je suis dans une bulle. Dans un cocon qui me surprend moi-même. Comme c’est la troisième fois que je vis l’expérience d’une grossesse, j’étais persuadée de savoir à quoi m’attendre…

Ce à quoi je n’avais pas pensé, toutefois, c’est aux préoccupations familiales qui s’ajouteraient aux angoisses et inquiétudes « normales » qui surviennent en fin de grossesse. L’une d’entre elles : la gestion des vacances. Quoi faire de son été quand on accouche en plein mois de juillet ? Et, surtout, quoi faire avec les plus grandes, qui voudront quand même vivre un minimum d’activités ?

Dolce farniente

Je l’admets : j’ai toujours aimé mes étés bien remplis. L’hiver est si long et la saison chaude si courte. Il faut en profiter au max, que je me dis toujours. Mais cette année, avec un nerf sciatique qui ne collabore plus du tout et qui me fait claudiquer, puis avec un bébé d’à peine quelques semaines dans les bras et des nuits entrecoupées, j’avoue que je n’aurai d’autres choix que de prendre ça mollo. À mon grand désarroi.

Puis, comme plusieurs sans doute, je suis tombée sur ce texte qui circule sur les réseaux sociaux et intitulé Nous n’avons que 18 étés à passer avec nos enfants. Essentiellement, la blogueuse de Sea You Son y liste en détails tous les petits plaisirs partagés qui ne passeront plus lorsque son fils, qui n’a que deux ans, aura quitté le nid familial.

« Dix-huit étés de barbecues, de bombes dans la piscine, de siestes sur un transat grillagé qui s’imprimera sur la joue. Seize étés de demi-sommeil lors de longs trajets en voiture, de tours de manège, de pique-nique sur un banc ou une couverture, de balançoire à pousser, de piqûres de moustiques, d’observation de fourmis, de melon qui jute sur les doigts. Seize étés de réveils paresseux; de soirées qui s’éternisent; de jeux de société qu’on joue à la lueur de l’ampoule de la terrasse, celle qui grésille… »

« Ce post est un message d’intérêt général aux parents qui se prennent la tête sur les réservations de vacances, fait-elle valoir, sous prétexte qu’il «faut bien essayer de contenter tout le monde», et ceux qui s’énervent quand l’enfant trop heureux leur met du sable dans les cheveux : tout ça ne durera pas. »

« On s’en fout de la météo capricieuse, du serveur mal luné, du retard sur le planning. Arrêtez de remplir vos journées de vacances d’obligations en tout genre, de visites culturelles que vous croyez nécessaires (…) Rien d’autre ne compte cet été que d’être ensemble », termine-t-elle.

Dit comme ça, je crois que je commence à trouver l’idée du dolce farniente séduisante pour cet été. On fera des siestes dans le hamac, on mangera des guimauves cuites sur le feu, on lira à l’ombre dans un parc, on soupera à la crèmerie du coin. On apprivoisera ensemble la simplicité, les petits plaisirs, le moment présent… en même temps que ce petit être tout neuf et la naissance de notre nouvelle dynamique familiale à cinq. Et qui sait, peut-être aurons-nous envie de répéter l’expérience… 

Du dolce farniente, là, pas d’un quatrième enfant!


Bon été!