Doug Ford semble dire que l’Université de l’Ontario français n’a jamais existé.

Une université bien en vie

CHRONIQUE / Plus ça change, plus c’est pareil…

Il y a 20 ans, le gouvernement ontarien du premier ministre conservateur, Mike Harris, voulait fermer l’Hôpital Montfort. « Votre hôpital disparaîtra, mais ce n’est pas grave, disait-il aux Franco-Ontariens. L’Hôpital d’Ottawa est bilingue. Vous n’aurez qu’à vous faire soigner là. C’est quoi votre problème ?».

Aujourd’hui, 20 ans plus tard, c’est ni plus ni moins le même discours que ces mêmes conservateurs nous livrent.

« Votre université disparaîtra, mais ce n’est pas grave. L’Université d’Ottawa est bilingue. Vous n’aurez qu’à poursuivre vos études là. C’est quoi votre problème ?».

J’ai fait mes études en journalisme dans un collège dit « bilingue ». Le Collège Algonquin, à l’ouest d’Ottawa. C’était avant la création du collège La Cité. Et à l’époque, tout francophone de la grande région d’Ottawa qui voulait poursuivre ses études postsecondaires au collège dans sa langue et sans devoir s’exiler n’avait pratiquement autre choix que de s’inscrire au Collège Algonquin.

Les salles de classe du programme de journalisme français se trouvaient dans une portative installée dans le terrain de stationnement. À l’écart. Et dans le collège même, là où se trouvaient la cafétéria, la bibliothèque et le reste, tout était en anglais. Tout. Nous étions une minorité dans une mer anglophone.

Il était là, le problème. Enfin, c’était l’un des problèmes…

J’entendais un commentateur anglophone l’autre jour dire que le gouvernent de Doug Ford n’a pas fermé notre université. « Comment peut-on fermer quelque chose qui n’existe même pas ? », se demandait-il d’un ton plus que sarcastique.

Pardon monsieur ? L’Université de l’Ontario français n’existe pas, dites-vous ? Heu… « I beg to differ ». L’Université de l’Ontario français (UOF) existe depuis un an, mon cher.

Au cours de la dernière année, L’UOF a recruté 13 membres à son Conseil de gouvernance. Une équipe administrative de dix personnes, incluant le recteur par intérim, Normand Labrie, a été mise sur pied.

Un groupe conseil de 30 étudiants a été formé. Quatre programmes d’études ont été officiellement soumis au ministère de la Formation et des Collèges et Universités de l’Ontario. Onze partenaires privés se sont joints à l’équipe de l’UOF. Et les services de consultants venant de plus de 25 universités et collèges au Canada et à l’international ont été retenus.

Bref, la machine roulait à fond de train et tout tombait en place pour son ouverture prévue en septembre 2020.

Mais maintenant, qui sait ce qu’elle deviendra, cette université bien en vie. Même la présidente du Conseil de gouvernance, Dyane Adam, ne le sait pas.

Celle-ci n’a reçu aucune nouvelle du bureau du premier ministre Doug Ford depuis que ce dernier a annoncé, jeudi dernier, que son gouvernement n’allait pas poursuivre la mise sur pied de cette université par et pour les Franco-Ontariens.

« J’attends toujours une lettre qui m’expliquera les prochaines étapes », m’a répété Mme Adam, hier.

Chose certaine, Dyane Adam n’a pas l’intention d’abandonner ce projet sur lequel elle travaille depuis plus d’un an. Comme on l’apprenait la semaine dernière, elle et son Conseil de gouvernance ont demandé un avis juridique à l’avocat franco-ontarien, Ronald Caza.

« Et on examinera les options envisageables au cours de la prochaine semaine, a-t-elle dit, hier. Après tout, nous sommes redevables à la communauté qui a revendiqué cette université », d’ajouter Mme Adam.

Tout ça risque donc de se retrouver devant les tribunaux. Comme à l’époque de S.O.S. Montfort.

Plus ça change, plus c’est pareil, disais-je…

TOUT LE MONDE EN PARLE

Parlant de Mme Adam et de Me Caza… Ils seront les invités de Guy A. Lepage, dimanche, à l’émission Tout le monde en parle, à Radio-Canada. Ils seront accompagnés de la présidente du Regroupement étudiant franco-ontarien, Marie-Pierre Héroux.

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