Mark Borowiecki a dû se défendre après avoir asséné une violente mise en échec à l'attaquant des Golden Knights Cody Eakin, dimanche soir.

Une simple victime de son époque

CHRONIQUE / Il ne faut pas oublier ce que Gerard Gallant a dit, immédiatement après le match, dimanche soir.

« Je ne crois pas que Mark Borowiecki visait nécessairement la tête de Cody Eakin. La rondelle est simplement arrivée au moment où il cherchait à s’imposer physiquement. Les arbitres n’ont pas pris une mauvaise décision en l’envoyant au banc des pénalités, à ce moment-là. Mais je ne pense pas qu’il cherchait délibérément à blesser un adversaire sur le jeu. »

Il s’agit d’une déclaration très importante.

Gallant, l’entraîneur-chef des Golden Knights de Vegas, venait de perdre un de ses plus fiables plombiers. Eakin a subi une blessure à la suite de la collision qui est survenue en fin de première période. On devine qu’il s’agit d’une commotion cérébrale.

À chaud, il était quand même capable de faire la part des choses.

Pour s’assurer d’être bien compris, il a pris le temps de résumer sa pensée dans une deuxième déclaration.

« Borowiecki est un dur, a-t-il rappelé. Avec sa dernière mise en échec, il a atteint un adversaire à la tête. Je ne crois pas que c’était son intention. »

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Les commentaires de Gallant m’ont rassuré.

J’avais vu les choses du même œil. Le problème, c’est que je ne me fiais pas entièrement à mon jugement.

Je côtoie Borowiecki sur une base presque quotidienne depuis une dizaine d’années, maintenant. Assez longtemps pour me forger une opinion très favorable de l’individu.

Borowiecki est un bon gars. Un vrai. Gentil, affable, et généreux de son temps avec tous les gens qui se retrouvent sur son chemin.

J’ai bien du mal à imaginer qu’un homme aussi respectueux à l’extérieur de la glace puisse se transformer en chasseur de têtes une fois ses patins lacés.

Rude ? Borowiecki l’est assurément. Agressif ? Très souvent. Vicieux ? Ça ne me rentre tout simplement pas dans la tête.

D’ailleurs, un dernier mot sur Gerard Gallant. Avant d’être le coach souriant qu’on connaît aujourd’hui, il fut d’abord un ailier gauche capable de marquer des buts. Les plus vieux se souviendront de sa courte, mais productive carrière. Il a connu quatre saisons consécutives de plus de 30 buts à Détroit pour deux raisons. Il faut reconnaître qu’il jouait avec un des meilleurs fabricants de jeux de l’histoire. Il faut cependant lui rendre ce qui lui revient. Il n’a jamais eu peur d’encaisser un double-échec pour défendre son droit de fréquenter les zones payantes sur la patinoire.

On parle ici de la fin des années 1980. À l’époque, les arbitres étaient bien plus tolérants. Et les bâtons de bois faisaient mal.

Bref, Gallant sait reconnaître un coup salaud quand il en voit un.

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Borowiecki aura certainement besoin de soutien dans les prochaines semaines. On pourra discuter longuement de la mince ligne sur laquelle il marche. La réalité, c’est qu’il vient d’être suspendu pour une deuxième fois cette saison. La saison n’est même pas vieille d’un mois.

La première fois, le préfet de discipline George Parros lui a fait rater un match. Cette fois, il doit passer trois parties dans les gradins et renoncer à 44 000 $ US.

S’il fallait qu’il commette une autre faute...

On peut facilement s’imaginer que Parros se montrerait encore plus sévère la troisième fois.

On se demandait à quoi ressemblerait Borowiecki, l’an dernier, quand il est revenu au jeu après avoir soigné sa plus récente commotion cérébrale.

Il a maintenant une deuxième raison de se remettre en question.

Or, Borowiecki n’a pas les moyens de changer quoi que ce soit à sa façon de jouer. Le jour où il hésitera, sur la patinoire, sera le jour où il sera dans le pétrin.