Une seconde famille en Amérique du Sud

CHRONIQUE / Ça a débuté à quelques semaines de Noël.

Je travaillais devant mon ordinateur en écoutant de la musique sur Spotify lorsque soudainement, l’excellente chanson qui jouait s’est arrêtée pour être aussitôt remplacée par une très mauvaise chanson de style « reggaeton ».

Comme je partage mon compte avec mon amoureuse et mon fils, c’est le genre de truc qui peut se produire une fois de temps en temps, or ce qui m’avait beaucoup surpris cette fois-là, c’était que la musique écoutée par mon fils ou ma blonde était particulièrement merdique.

D’ailleurs, lorsque Julie était arrivée à la maison quelques minutes plus tard, je n’avais pas manqué de lui faire remarquer que ses goûts musicaux du jour étaient plutôt « spéciaux », chose à laquelle mon amoureuse s’était contentée de me répondre en me faisant un drôle de regard.

Un incident similaire s’était encore produit quelques jours plus tard et décidément, je commençais vraiment à croire que Julie s’était découvert une véritable passion pour ce style musical combinant les rythmes brésiliens et la musique reggae. Disons que ça faisait beaucoup changement avec les chansons de Joe Dassin et de Jean Lapointe qu’elle avait toujours eu l’habitude d’écouter.

Puis, un matin, j’ai reçu un courriel en provenance de Spotify qui m’annonçait joyeusement que je bénéficiais désormais d’un forfait familial et qu’il ne me restait plus qu’à ajouter les autres membres de ma famille afin qu’ils aient droit à leur propre profil personnel. J’aurais dû trouver cela suspect, mais quelques jours auparavant, j’avais vu passer une promotion pour un truc auquel je suis abonné qui affirmait que je pourrais rehausser sans frais mon forfait pour qu’il soit familial, alors je me suis dit : « Pour une fois que j’ai rien à faire pour en profiter ».

Ce n’est que quelques jours après cela que j’ai compris avec stupéfaction que rien de tout cela n’était normal. Comme lors des incidents précédents, j’écoutais bien calmement de la musique lorsque tout s’est arrêté pour laisser place à une autre chanson horrible aux rythmes explosifs, or cette fois-ci, je pouvais très bien voir par la fenêtre que mon amoureuse et mon fils jouaient avec Billy dans la neige à l’extérieur.

L’instant d’après, je me suis connecté à mon compte Spotify pour aller vérifier les paramètres, puis c’est là que j’ai tout compris.

Tout d’abord, mon lieu de résidence avait été modifié et voilà que j’habitais désormais en Amérique du Sud. Et puis en bonus, j’avais maintenant une famille élargie avec des noms aux accents espagnols.

Certes, on est bien loin d’une hypothèque à mon nom ou d’un achat sur ma carte de crédit, mais bordel, ça donne quand même un sacré choc de découvrir que son compte Spotify héberge désormais toute une famille d’inconnus.

Ce qui m’a le plus étonné dans cette histoire, c’est que cette famille a eu le culot d’aller jusqu’à modifier mon forfait et même d’indiquer leur propre lieu de résidence.

Après ça, je vais avouer que j’ai un peu paniqué et je le regrette. Sans même y réfléchir, j’ai aussitôt changé mon mot de passe qui était d’une vulnérabilité déconcertante, puis j’ai modifié mon forfait pour qu’il redevienne à compte unique et j’ai corrigé mon lieu de résidence. Je dis que je regrette d’avoir agi avec autant d’empressement, car après coup, j’ai pensé que j’aurais pu prendre en note l’adresse de cette famille pour leur envoyer une carte-cadeau d’un abonnement d’un an à Spotify en leur laissant une note leur indiquant que c’était de la part de leur « père adoptif ».

Mais bon, disons que cette mésaventure m’a été très utile, car ça m’a un peu botté le derrière afin de faire le survol de mes mots de passe vulnérables que je me promettais de faire depuis quelques mois.

Enfin, je n’oublierai pas de sitôt cette famille, car chaque fois que j’écoute les listes de lecture que Spotify me recommande, il y a toujours une ou deux chansons de reggaeton qui s’y faufilent, en souvenir de cette époque où j’avais malgré moi une seconde famille en Amérique du Sud.