La ministre déléguée aux Affaires francophones, Caroline Mulroney

Une rupture avec les libéraux

CHRONIQUE / Ce qui saute aux yeux en tout cas, c’est que l’approche Mulroney marque une nette rupture, à plusieurs égards, avec les façons de faire de l’ancien régime libéral.

Que ce soit en matière d’immigration francophone ou du rôle de l’Ontario au sein de l’Organisation internationale de la francophone (OIF), la nouvelle ministre déléguée a donné le signal que son gouvernement allait faire les choses différemment.

Ainsi, Mme Mulroney ne sera pas de la prochaine rencontre de l’OIF en Arménie. « J’ai une autre vision de la francophonie et une façon différente de répondre à ces enjeux. Les libéraux nous ont laissé un trou de 15 milliards. Je ne pense pas que les Ontariens voudraient que j’aille en Arménie. Je vais plutôt me concentrer sur le territoire ontarien », a-t-elle dit.

En matière d’immigration francophone, un moyen que l’ancien gouvernement voulait favoriser pour freiner le constant déclin démographique des francophones en Ontario, Mme Mulroney a aussi annoncé une rupture. La cible de 5 % d’immigration francophone par année demeure.

« Le problème, ce sont les moyens pour y parvenir. Les politiques du passé n’ont pas marché. On va essayer de travailler avec les intervenants de partout dans la province pour trouver quelque chose qui va marcher. » Comment fera-t-elle ? Ce n’est pas clair. Chose certaine, les relations déjà tendues entre le nouveau gouvernement Ford et les libéraux de Justin Trudeau à Ottawa sur l’immigration laissaient déjà présager un changement de cap.

Autre signe de rupture : Mme Mulroney compte faire une tournée des entrepreneurs francophones et des entreprises qui font affaire en français. Or tout au long de son discours, elle s’est référée aux 1,5 million de personnes parlant le français en Ontario, plutôt qu’au chiffre de 622 340 Franco-Ontariens habituellement utilisé, comme l’observe le site #ONfr.

Est-ce que la ministre compte miser sur le bilinguisme des entrepreneurs plutôt que sur le seul fait français pour stimuler l’économie ? L’approche est intéressante.

L’ancienne ministre libérale des Affaires francophones, Marie-France Lalonde, est prête à donner une chance à sa successeure. « Mais c’est certain que s’il devait y avoir des coupures majeures en francophonie, je vais jouer mon rôle de critique de l’opposition. Et vous allez entendre la députée d’Orléans parler plus fort ! », a-t-elle promis.

En passant, savez-vous combien d’employés compte l’Office des affaires francophones de l’Ontario ? Je vous le donne en mille : 20.

Vingt employés pour diriger le trafic entre les gros ministères de l’Éducation, de l’Immigration ou de l’Économie sur des enjeux énormes comme l’Université de l’Ontario français ou l’immigration francophone.

Oui, les Francos ont leur « place » et leur monument à Queen’s Park. Mais ont-ils vraiment la place qui leur revient ?