Offrant une opportunité sans précédent d’atteindre un large public, les médias sociaux permettent aux groupes de suprématie blanche de diffuser leur propagande, recruter de nouveaux membres, amasser de l’argent, publiciser leurs déplacements et manifestations, dispenser de la formation et maintenir en général la communication avec leurs membres.

Une radicalisation des suprématistes blancs à travers les réseaux sociaux

ANALYSE / Le nombre d’hommes blancs qui se radicalisent et joignent des groupes de suprématie blanche ne cesse d’augmenter aux États-Unis depuis 20 ans. Entretemps, le nombre de groupes suprématistes s’accroit sans cesse. En conséquence, les tentatives d’attentats et les actes de violence se multiplient.

Les nombreuses tragédies perpétrées par des groupes ou individus radicalisés s’apparentent aux actes terroristes commis par des membres d’Al-Qaïda ou de l’État islamiste. Dans les deux instances, les auteurs de ces actes odieux sont motivés par un sentiment de haine et une vision extrémiste.

Entre le 11 septembre 2001 et la fin 2008, le FBI recensa 201 cas de terrorisme ou complots visant à commettre un acte terroriste aux États-Unis. Ce nombre était trois fois plus grand que celui de la décennie précédente. Or 115 de ceux-ci, soit 57 %, provenaient de membres de groupes extrémistes de droite, comparé à seulement 31 % venant des islamistes et 9,5 % de groupes de gauche.

Depuis trois ans, les attentats commis par des individus blancs isolés et radicalisés ou des membres de groupes d’extrémistes blancs n’ont cessé de croître. En 2016 et 2017, ces actes ont quadruplé par rapport à ceux de la décennie précédente. Entre 2007 et 2011, le nombre de ces attaques représentait une moyenne de 5 par année. Entre 2012 et 2016, leur nombre s’est sensiblement accru pour atteindre une moyenne annuelle de 11. En 2017, le nombre d’attaques augmenta à 31.

Donald Trump n’est pas étranger à cette montée. Non seulement il a régulièrement décrit les immigrants comme des criminels et des envahisseurs, mais il s’affiche aussi ouvertement comme un nationaliste tout en refusant de critiquer les groupes de suprématie blanche. Toutefois, ce sont d’abord les médias sociaux qui sont largement responsables de la diffusion de cette idéologie xénophobe et raciste.

Offrant une opportunité sans précédent d’atteindre un large public, les médias sociaux permettent aux groupes de suprématie blanche de diffuser leur propagande, recruter de nouveaux membres, amasser de l’argent, publiciser leurs déplacements et manifestations, dispenser de la formation et maintenir en général la communication avec leurs membres. En un mot, leurs plateformes représentent un outil idéal pour la mise en place d’un processus de radicalisation.

En effet, des groupes extrémistes violents, comme les suprématistes blancs, tirent parti des ressources mises en lignes par les réseaux sociaux pour échanger avec des individus ayant les mêmes idées. Les médias sociaux leur permettent non seulement de diffuser leur message de haine, mais aussi d’identifier et de recruter des recrues potentielles et même encourager des individus à commettre des actes de violence.

Depuis 15 ans, un constat incontournable ressort concernant l’influence des médias sociaux dans le processus de radicalisation. Ils représentent un puissant facilitateur. Un individu cherchant des nouvelles sensationnelles ou des scènes de violence sur Twitter, Facebook ou YouTube est redirigé rapidement grâce aux algorithmes à des vidéos et ses messages de plus en plus violents.

Par exemple, YouTube, avec 1,5 milliard d’utilisateurs, représente une sorte de nouvelle télévision. Les vidéos recommandées par YouTube peuvent être vues dans le monde entier. En associant les algorithmes de YouTube ou de Facebook avec des hommes mécontents, ces deux plateformes fournissent la recette idéale de radicalisation. Un individu en colère ou déçu peut ainsi trouver l’idéologie appropriée pour justifier sa rage ou sa déception.

CNN a mené en 2018 une enquête touchant plus de 300 entreprises « faisant la promotion des nationalistes blancs, des nazis, de la pédophilie, des théories du complot et de la propagande nord-coréenne » sur YouTube. Les dirigeants de YouTube répliquèrent que seulement 1 % du contenu de leur plate-forme comportait des messages extrémistes. Mais sur un milliard d’heures de diffusion par jour, ce pourcentage demeure important.

À la suite du massacre de Christchurch où 50 personnes furent tuées par un extrémiste blanc, Facebook a retiré 1,5 million de copies de la vidéo de l’attaque de la mosquée dans les 24 heures qui ont suivis celle-ci. Si 1,2 million de copies furent bloquées lors de téléchargement, Facebook fut incapable « de dire combien de personnes ont pu visionner les 300 000 vidéos restantes ».

Les dirigeants des médias ont été jusqu’ici réticents à prendre des mesures draconiennes pour contrer les suprématistes blancs. Ils bénéficient d’un point de marketing de manière importante avec leurs algorithmes. Comme ceux-ci sont conçus pour regrouper les individus, supprimer complètement l’accès à certains sites pourrait signifier la perte de millions de dollars de revenus publicitaires.

L’internet et les réseaux sociaux offrent des outils extraordinaires aux Américains, que cela soit pour effectuer des transactions bancaires, financières ou commerciales, collecter de l’information, se divertir et socialiser ou simplement partager des contenus. Si le développement d’internet offre d’immenses possibilités, ces changements technologiques présentent aussi d’importants risques.

Pour contrer les menaces de fraude, le gouvernement américain a développé une vaste gamme de mesures de sécurité pour protéger les citoyens américains. Dans la foulée des attentats du 11 septembre, l’administration américaine a déployé toute une panoplie de mesures pour contrer la présence de cellules d’Al-Qaïda et de l’État islamique sur son territoire et lutter contre la radicalisation islamiste aux États-Unis.

Or, la principale menace terroriste aux États-Unis provient aujourd’hui des groupes d’extrême droite ou de suprématistes blancs qui représentent une véritable bombe à retardement. Il est donc urgent que Washington prenne les mesures nécessaires pour contrer ces derniers.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke