Si tout se passe comme prévu, des médicaments faits à base de cannabis testés par Tetra obtiendront un numéro d’identification de médicament au début de l’année prochaine.

Une poffe ou deux poffes?

CHRONIQUE / Beaucoup de médecins hésitent encore à prescrire du cannabis médical à leurs patients qui souffrent de douleur chronique.

C’est que la prescription de pot médical demeure une science moins précise que celle des médicaments traditionnels. Le dosage, entre autre, est problématique.

Que doit prescrire le médecin? Une poffe, deux poffes, trois fois par jour? Un biscuit au cannabis après le déjeuner? Une dose d’huile de pot avant le coucher?

Bref, le flou scientifique et juridique qui entoure la prescription de pot médical refroidit les ardeurs de bien des spécialistes de la santé.

Or une compagnie pharmaceutique d’Ottawa a bon espoir de dissiper une partie de ce flou artistique dans les prochains mois.

Tetra-Bio Pharma veut prouver scientifiquement, une fois pour toutes, l’efficacité et l’innocuité de plusieurs médicaments à base de marijuana médicale.

Cotée à la bourse de Toronto (TBP), cette société d’une douzaine d’employés se targue d’être la seule entreprise en Amérique du Nord à travailler avec Santé Canada et la Food and Drug Administration aux États-Unis dans la réalisation de ses essais cliniques.

Si tout se passe comme prévu, des médicaments faits à base de cannabis testés par Tetra obtiendront un numéro d’identification de médicament au début de l’année prochaine. Qu’est-ce que ça veut dire?

Que non seulement les médecins n’hésiteront plus à les prescrire, ils deviendront aussi disponibles dans les pharmacies, en plus d’être couverts par les assurances, explique le Dr Guy Chamberland, PDG par intérim de la compagnie.

«Nous allons démontrer aux agences et aux autorités que nous sommes capables de développer un médicament à base de cannabis avec la même rigueur que tout autre médicament sur le marché. C’est important non seulement pour l’industrie mais aussi pour le gouvernement.»

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La compagnie établie dans le secteur Orléans s’attaque à un marché au potentiel énorme.

Près de 100 millions de Nord-Américains vivent avec des douleurs chroniques. Un marché gigantesque, évalué à près de 37 milliards. Tant au Canada qu’aux États-Unis, on évoque de plus en plus les médicaments à base de cannabis comme une solution de rechange aux dangereux antidouleurs à base d’opioïdes, comme le fentanyl.

L’épidémie d’opioïdes fait des ravages et a déjà coûté la vie à des milliers de personnes au Canada. Si on parvenait à établir de manière scientifique que le cannabis peut remplacer efficacement les opioïdes, ce serait une percée immense dans le domaine médical.

Or en juin dernier, Santé Canada a approuvé un protocole d’essai clinique visant à comparer l’efficacité d’un médicament à base de cannabis de Tetra-Bio Pharma par rapport au fentanyl. Les premiers tests effectués sur des patients de la clinique Cannabis Santé, à Montréal, ont démontré des résultats encourageants, explique le Dr Chamberland.

«Un patient cancéreux qui prend du fentanyl pour soulager des douleurs aiguës doit compter entre 20 minutes et une heure avant d’en ressentir les effets. Autant dire une éternité quand on parle de douleurs sévères!» explique-t-il. Alors que lorsqu’on consomme du cannabis par inhalation, comme c’est le cas avec notre médicament, on va voir les effets à l’intérieur de 2 à 4 minutes. On pourrait donc soulager le patient tout de suite, tout en évitant les dangers liés à la consommation de fentanyl, comme la dépression respiratoire.»

Tetra vise également le marché des médicaments antidouleur contre le cancer, un marché de 2 milliards, appelé à croître de 9% d’ici 2020. Un de ses médicaments pour contrer les nausées et les vomissements liés à la chimiothérapie est à la veille d’entamer les essais cliniques de phase 2.

Le fait d’être la seule compagnie à travailler avec Santé Canada et la FDA procure un avantage concurrentiel considérable à Tetra, estime le Dr Chamberland. «Le premier sur le marché jouit d’un avantage, note-t-il. Or nous sommes en train d’établir la norme que les prochains devront suivre pour faire approuver des médicaments à base de cannabis.»