Trevor Harris ne reçoit pas toujours le respect qu’il mérite, pense notre chroniqueur. Ça pourrait changer prochainement.

Une opportunité pour Harris

CHRONIQUE / Trevor Harris ne sera peut-être jamais parfaitement à l’aise dans son rôle. Il ne comprendra peut-être jamais toutes les responsabilités qui viennent avec.

Nous avons reçu une nouvelle preuve, vendredi, dans la petite salle où les journalistes s’étaient entassés pour échapper au froid, à la Place TD.

Il s’est présenté pour se prêter au jeu des entrevues en se traînant les savates...

«Je n’en reviens pas. Vous avez tous vraiment hâte d’entendre ce que j’ai à dire», a-t-il déclaré, en essayant le plus possible d’avoir l’air au-dessus de ses affaires.

Un journaliste du réseau TSN, qui couvre la Ligue canadienne d’un océan à l’autre, lui a demandé un peu de sérieux.

Fallait-il vraiment lui expliquer pourquoi on s’intéresse au quart-arrière partant des champions en titre de la Coupe Grey?

Le même reporter a poursuivi l’entrevue. 

«Trevor... Tu ne vas quand même pas essayer de nous faire croire que le prochain match n’a pas de saveur particulière...

— Honnêtement, c’est juste un autre match. Je refuse de voir les choses différemment. Tout le monde a l’air d’attendre ou d’espérer une réponse différente. Je répète partout que c’est juste un match de football. L’équipe à l’attaque enverra 12 joueurs sur le terrain. L’équipe en défensive répliquera, à son tour, avec une douzaine de joueurs. L’enjeu sera élevé. Ce sera bien amusant. Mais je ne vais pas travailler plus fort que d’habitude. Je travaille de la même façon, avec la même intensité, chaque semaine.»

C’est à ce moment précis que j’ai ajouté mon grain de sel.

«La fierté n’entre pas en jeu? Certains de vos coéquipiers, comme Patrick Lavoie, en ont contre tous ces soi-disant experts qui ne croient pas au Rouge et Noir. Ça ne vient pas vous chercher, un tout petit peu?

— Bof... Les gens ont droit à leur opinion. C’est correct. Moi, je me fiche pas mal de ce que les gens pensent de notre équipe. Ces gens-là ne se placeront pas derrière le centre pour accepter le ballon. Ils ne jouent pas, ils ne font que regarder. Ils ont peut-être raison de douter de nous. Ils ont peut-être tort. On verra bien...»

Harris a continué à répondre aux questions pendant quelques minutes. Son ton, son débit n’ont jamais changé.

C’est comme si l’opportunité de remporter un championnat ne changeait rien pour lui.

On peut choisir de le croire sur parole.

On peut aussi le croire... jusqu’à un certain point.

Harris aurait le droit d’en avoir un peu plein le dos. Il pourrait être contrarié.

Un peu comme son équipe, il ne reçoit pas toujours le respect qu’il mérite.

Il a complété la saison régulière au quatrième rang dans la LCF, avec 4679 verges accumulées par la voie des airs.

Il partage le haut du pavé avec Mike Reilly, des Eskimos d’Edmonton, dans l’autre catégorie de statistiques la plus importante chez les quarts. Ils ont tous les deux complété 30 passes de touché.

Les stats de Harris seraient encore meilleures s’il n’avait pas raté quelques parties en raison d’une séparation de l’épaule.

Avec ses performances, sur le terrain, Harris devrait être considéré comme un des meilleurs quarts au pays.

Ce n’est pas nécessairement le cas.

Même à Ottawa, dans la ville où il gagne sa croûte, Harris continue d’exister dans l’ombre de quelqu’un d’autre.

Henry Burris a été le porte-étendard du Rouge et Noir lors de ses trois premières saisons dans la LCF. Près d’un an après son dernier match, il n’a pas réussi à se détacher complètement.

C’est vrai qu’il n’a pas raté sa sortie.

Il nous a d’abord fait croire qu’il ne serait pas capable de jouer. Il s’est ensuite fait une raison. À la dernière seconde, il est arrivé sur le terrain au pas de course, en titubant légèrement. Il a livré une performance sans tache. Il est allé chercher une victoire que personne n’attendait. Il a donné à une ville de «bons perdants» son premier championnat sportif d’envergure depuis 1976.

Harris n’a pas besoin d’en faire autant.

Il est évident que les fans aimeraient revoir leur équipe dans le match de championnat, surtout que ce match sera présenté chez eux.

Pour que cela se produise, le Rouge et Noir n’a qu’à gagner deux fois. Contre deux équipes qui sont à sa portée.

Encore faut-il prendre ces deux parties pour ce qu’elles sont réellement. C’est-à-dire, des rendez-vous spéciaux, très importants.