Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Mélanie Chiasson, sa conjointe Caroline Lemay et leur fille Maélie Chiasson-Lemay.
Mélanie Chiasson, sa conjointe Caroline Lemay et leur fille Maélie Chiasson-Lemay.

Une montagne d'anxiété

CHRONIQUE / On parle beaucoup d’anxiété ces jours-ci comme d’un effet secondaire de la pandémie. Les jeunes adultes en souffriraient tout particulièrement.

Forcés d’étudier à distance, privés de contacts sociaux, le tiers des 18-24 ans au Québec ressentent des symptômes s’apparentant à un trouble anxieux généralisé ou à une dépression majeure, selon un sondage Léger paru en octobre.

C’est presque un jeune sur trois!

J’en parlais cette semaine avec Mélanie Chiasson, adjointe à la direction de la Fondation Lani en Outaouais. L’organisme travaille depuis 20 ans à la prévention du suicide chez les 12 à 24 ans.

La bonne nouvelle, c’est que le message passe. Les gens semblent plus conscients que jamais de la détresse qui frappe notre jeunesse. En moins d’une semaine, du jamais vu, la Fondation Lani a atteint son objectif de financement de 15 000 $.

La moins bonne nouvelle, c’est la détresse en elle-même, plus présente que jamais. Mélanie Chiasson, une jeune mère de 31 ans, est bien placée pour en parler. «Moi, j’ai un trouble anxieux généralisé», glisse-t-elle au détour de la conversation.

Un quoi?

J’ai googlé l’expression pendant qu’elle parlait. Ah voilà: «Le trouble anxieux généralisé (TAG) est un état d’anxiété permanent, de soucis excessifs, durant au moins 6 mois…»


« Quand tu t’interdis de vivre des moments anxieux, c’est pire. Ça va mieux à partir du moment où tu te dis: "okay, je suis comme ça, je suis humaine". »
Mélanie Chiasson

L’article se poursuivait ainsi:

«L’anxiété n’est pas liée à un objet ou une situation précise. C’est une inquiétude excessive de tous les moments de la vie quotidienne, professionnelle, familiale, affective, sociale…»

«Dans mon cas, m’explique Mme Chiasson, c’était de l’anxiété de performance. Le besoin de performer partout dans ma vie. Comme maman, comme amie, comme intervenante… Je me mettais de la pression sur les épaules pour être la meilleure, pour plaire aux gens, tout le temps.»

«Mon trouble anxieux, poursuit-elle, c’était aussi la peur de perdre les gens qui m’entourent. La peur qu’ils meurent, qu’ils s’en aillent, qu’ils m’abandonnent…

Ce doit être épuisant, non?

«Ça fait en sorte que ton cerveau roule toujours à 100 milles à l’heure. Tu ressens une pression constante. Tu n’arrives plus à souffler, à profiter du moment présent. Quand ça devient trop, ça peut mener à des dépressions, à des idées noires. Pendant mon adolescence, j’ai dû être hospitalisée. Il y a eu une période où ça n’allait vraiment pas bien. Je voyais noir, je ne voyais plus d’espoir.»

Mélanie Chiasson accompagnée de sa conjointe Caroline Lemay

En l’écoutant, j’ai pensé à l’anxiété comme à un insecte harcelant. Elle voit plutôt son trouble comme une montagne de poussière. Petit à petit, la poussière s’accumule dans son esprit jusqu’à former une montagne gigantesque, infranchissable, désespérante…

Peut-on se libérer de cette anxiété dévorante?

«En fait, on apprend à s’en libérer à partir du moment où on l’accepte. Au début, je la combattais. Je me disais que j’étais stupide, pas assez bonne. Quand tu t’interdis de vivre des moments anxieux, c’est pire. Ça va mieux à partir du moment où tu te dis: "okay, je suis comme ça, je suis humaine". C’est d’accepter la détresse sans la combattre qui permet de lâcher prise, de trouver la paix.»

Dans son cas, c’est sa participation à un spectacle annuel de la Fondation Lani, il y a 4 ans, qui a servi de déclic. Elle qui ne s’était pas autorisée à chanter depuis la mort de ses grands-parents s’est retrouvée sur scène, avec sa conjointe, avec des vedettes de la chanson…

Ce fut une révélation.

«Le gros tas de poussière, j’ai appris à le décortiquer tranquillement. À me dire: ce n’est pas la fin du monde. Aller mieux, ça se peut.»