Même si le premier ministre François Legault et son ministre Simon Jolin-Barrette (photo) sont tentés d’inclure une clause de droit acquis pour les enseignants qui seront touchés par l’interdiction de porter un symbole de foi, il existe encore pas mal de réticences dans l’équipe gouvernementale.

Une leçon pour le gouvernement?

CHRONIQUE / Le Québec demeurera longtemps une terre attractive et le nouveau système d’immigration basé sur une «déclaration d’intérêt» le démontrera chaque année sans peine. Son succès sera indéniable.

N’empêche que les difficultés qu’éprouve le gouvernement Legault avec sa décision de rayer d’un trait de plume quelque 18 000 dossiers d’immigration devraient le convaincre d’arrondir les angles dans le projet de loi à venir sur les signes religieux.

La question est à ce point délicate pour lui qu’il n’a toujours pas décidé si oui ou non il inclura une clause de droit acquis pour les enseignants qui seront touchés par l’interdiction de porter un symbole de foi. Le Parti québécois l’incite à opter pour cette solution.

Même si François Legault et son ministre Simon Jolin-Barrette sont tentés par ce chemin, il existe encore pas mal de réticences dans l’équipe gouvernementale. Mais compte tenu des contrecoups qu’encaisse le gouvernement depuis sa décision de jeter brutalement ces dossiers d’immigration, ces réticences devraient en toute logique tomber — ne serait-ce que pour des raisons stratégiques.

Être confronté à des témoignages de détresse et de colère n’est jamais facile. Il se passera la même chose sans clause de droit acquis pour les enseignants.

C’est vrai : les caquistes se feraient dire qu’ils ne respectent pas tout à fait leur engagement, qui comprend les enseignants du primaire et du secondaire des écoles publiques. Mais ils seraient plus près des recommandations du rapport Bouchard-Taylor, qui lui ne les incluait pas.

Une telle disposition permettrait aux enseignantes et aux enseignants concernés de continuer d’enseigner jusqu’à leur retraite ou alors pendant un certain nombre d’années — si le gouvernement optait pour une formule de protection s’étirant sur une longue période de temps.

Le Québec doit agir sur les symboles de foi qui pourraient être portés par certains représentants de l’État comme les policiers et les juges, mais il doit avancer avec un doigté à la fois humain et politique. Dans le monde de l’enseignement, la règle ne devrait donc concerner que les nouveaux enseignants.

Pour aller vite

Si le gouvernement Legault a annulé quelque 18 000 demandes d’immigration, c’est pour répondre le plus vite possible au problème de rareté de la main-d’œuvre. C’est parce qu’il a annoncé que moins d’immigrants s’établiront au Québec en 2019 qu’il veut que ceux qui seront autorisés à s’installer puissent répondre en plus grande proportion aux besoins du marché du travail. D’où sa volonté de s’appuyer le plus vite possible sur le système de déclaration d’intérêt lancé par le gouvernement Couillard — et ainsi mettre en vigueur ce fameux «arrimage» entre les candidats et des emplois.

Il demeure toutefois incompréhensible que cette décision ait été prise alors que M. Legault avait assuré que ces dossiers seraient traités selon les règles en vigueur au moment où ils ont été envoyés. Il est également difficile de comprendre qu’ils ne soient déjà plus traités alors que le projet de loi du ministre Simon Jolin-Barrette ne sera pas adopté avant plusieurs semaines.

Le ministère de l’Immigration devrait au minimum faire en sorte que les personnes déjà au Québec n’aient pas à soumettre un nouveau dossier ou traiter en toute priorité les nouvelles demandes acheminées par les candidats déjà établis parmi nous.