À quelques jours du scrutin, les sondages placent les conservateurs de Doug Ford et les néo-démocrates d’Andrea Horvath dans une course à deux à l’issue incertaine.

Une jambette à Doug Ford

CHRONIQUE / C’est rare, très rare qu’on voit ça.

Un chef de parti qui admet sa défaite moins d’une semaine avant l’élection. C’est pourtant ce qu’a fait Kathleen Wynne, samedi dernier, avec une grosse boule d’émotion dans la gorge.

« Après jeudi, je ne serai plus première ministre de l’Ontario. Et ça me va, a dit la chef libérale. Parce que comme je l’ai déjà dit tant de fois, cette élection n’est pas à propos de moi. C’est à propos des gens de cette province, de leur bien-être, de leur avenir, de leur emploi. Pas du mien. »

Même s’il y a une part de calcul politique là-dedans, disons que l’humilité de Mme Wynne contraste avec l’amertume revancharde d’une Martine Ouellet. S’il y en a une qui n’a jamais voulu s’effacer derrière sa cause, c’est bien l’ex-chef du Bloc Québécois.

En annonçant sa démission lundi, Mme Ouellet a jeté le blâme sur à peu près tout le monde — sauf sur elle — lors d’une conférence de presse franchement malaisante de 28 minutes.

Tout ça au lendemain d’un référendum qui lui donnait à peine 32 % d’appuis. Pourtant, les membres de son propre parti ont accepté en majorité la mission résolument indépendantiste que Mme Ouellet voulait donner au Bloc. Mais ils ne voulaient pas d’elle comme chef.

À lui seul, ce clair désaveu aurait dû inviter Mme Ouellet à un minimum d’introspection. Elle a préféré laver son linge sale en public, sans rien concéder à personne. Un spectacle franchement affligeant.

À l’inverse, Kathleen Wynne a décidé de s’effacer pour éviter que sa propre impopularité comme chef nuise aux rares candidats libéraux qui ont encore une chance de survivre à l’élection de jeudi prochain en Ontario.

À quelques jours du scrutin, les sondages placent les conservateurs de Doug Ford et les néo-démocrates d’Andrea Horvath dans une course à deux à l’issue incertaine.

Lointains troisièmes, les libéraux sont menacés de subir une raclée qui les laisseraient avec seulement une poignée de députés à Queen’s Park.

Pour des raisons difficiles à expliquer, Mme Wynne ne passe pas auprès de l’électorat ontarien. Son taux de popularité a atteint un bas-fond de 12 % en début d’année, avant d’osciller sous la barre des 20 % par la suite.

La première ministre de l’Ontario, qui s’était présentée en 2014 comme la candidate du renouveau libéral, paye sans doute pour les scandales (centrales au gaz, Ornge et eHealth) qui ont marqué les mandats de son prédécesseur Dalton McGuinty.

Même le débat des chefs, où elle a pourtant bien performé avec sa ligne « Sorry, not sorry », n’a pas permis à Kathleen Wynne de redorer son blason auprès d’un électorat désabusé après 15 années de règne libéral.

S’il y a une chose sûre dans cette élection, c’est que les Ontariens veulent du changement. À leurs yeux, Mme Wynne est tout, sauf du changement.

C’est à partir de ce constat qu’elle a décidé de se mettre en retrait, dans une tentative désespérée de sauver ce qui peut encore l’être.

Maintenant, qui sait si Kathleen Wynne n’a pas servi une victoire sur un plateau aux néo-démocrates d’Andrea Horwath en concédant qu’elle ne sera pas la prochaine première ministre de l’Ontario.

Officiellement, Mme Wynne prétend que son retrait stratégique vise à empêcher l’élection d’un gouvernement majoritaire à Queen’s Park — qu’il soit conservateur ou néo-démocrate.

Dans les faits, on peut deviner que sa cible n’est pas les néo-démocrates, avec qui les libéraux ont plusieurs affinités, mais les conservateurs.

À quelques mètres du fil d’arrivée, Kathleen Wynne a cherché à faire une jambette à Doug Ford dont elle abhorre les politiques simplistes et le manque de substance.

Sera-ce suffisant pour faire d’Andrea Horwath la nouvelle première ministre de l’Ontario ? Bien malin celui qui peut le prédire.