Le sénateur de l’Utah Mitt Romney est le seul républicain, membre du Congrès, à oser critiquer publiquement le président Donald Trump.

Une érosion sans précédent des valeurs américaines

CHRONIQUE / Depuis son assermentation en janvier 2019 comme sénateur de l’Utah, Mitt Romney est devenu le seul républicain, membre du Congrès, à oser critiquer publiquement le président Trump. En effet, à la suite du décès de John McCain et des retraites des sénateurs Flake et Corker, il ne reste plus aucun autre sénateur ou représentant républicain qui ose s’opposer ouvertement au président. Néanmoins, dès janvier dernier, l’ancien candidat républicain à la présidence de 2012 n’a pas hésité à se distancer de son président pour des raisons morales.

Conscient que le leadership moral d’un président peut façonner irrémédiablement le caractère d’une nation, Romney juge que Trump ne dispose pas du caractère moral nécessaire pour assumer la présidence américaine. Il juge que la présidence de Donald Trump n’a été depuis deux ans qu’une descente aux enfers.

Romney déplore que les collaborateurs les plus expérimentés de l’administration, comme les généraux H. R. McMaster, John Kelly et James Mattis, l’aient quittée pour n’être remplacés que par des fonctionnaires plus dociles. Romney ne considère pas les politiques ou les nominations du président comme étant en soi erronées. Ces politiques correspondent largement à l’agenda défendu par les républicains depuis des années. Mais ces politiques ou nominations ne sont qu’un aspect pour évaluer une présidence.

Romney regrette que sous la gouvernance de Trump, les États-Unis n’offrent plus un leadership moral. Il s’oppose à la rhétorique xénophobe et populiste du président qui, au lieu de renforcer les liens, promeut « le tribalisme en exploitant la peur et le ressentiment » et refuse de défendre des principes fondamentaux comme une presse libre, un état de droit, le droit à la syndicalisation, etc.

En un mot, au lieu d’offrir le leadership moral dont les Américains étaient en droit de s’attendre de la part de leur président, l’administration Trump a été minée par la multiplication des scandales. Décidément, Donald Trump ne fut pas selon Romney à la hauteur de ses responsabilités depuis deux ans.

Romney s’insurge particulièrement devant l’incapacité du président de « démontrer les qualités essentielles d’honnêteté et d’intégrité et d’élever le discours national avec clarté et respect mutuel ». Pour lui, un président ne doit pas miser sur la division, le ressentiment et la colère, mais afficher un leadership qui fait appel à la grandeur de l’esprit américain. C’est à ce niveau que l’insuffisance du président Trump est la plus criante.

Donald Trump

Par les déclarations irréfléchies et les sorties intempestives de leur président, les États-Unis sont devenus une sorte de « ventouse » dans les affaires mondiales qui fait fuir leurs alliés les plus proches. Romney rejette particulièrement l’attitude admirative de Trump à l’égard des régimes autocratiques corrompus et brutaux qu’ils soient en Chine, en Russie ou en Turquie. À une période où beaucoup de pays en Asie, en Amérique latine et en Europe repensent leur engagement en faveur de la démocratie, le monde a besoin plus que jamais du leadership moral américain.

Pour Romney, le manque de leadership moral de Trump ne doit pas être sous-estimé. Ce manque de leadership est d’autant malheureux qu’il survient à un moment où les principaux alliés des États-Unis en Europe connaissent d’importants bouleversements. C’est avec consternation que Romney note que les États-Unis ont cessé sous l’administration Trump d’être un modèle moral et un phare de liberté. Si en 2016, 84 % des Européens considéraient que le président américain « agirait comme il se doit dans les affaires internationales », ils n’étaient que 16 % à penser ainsi en 2018.

Dans la foulée des révélations du rapport Mueller, Romney est le seul républicain à s’être levé et dire qu’assez c’est assez. Au-delà de savoir si Trump et son comité de campagne ont conspiré ou non avec la Russie, le rapport Mueller soulève selon le sénateur républicain une question fondamentale : l’érosion des valeurs morales américaines sous la gouvernance de Donald Trump.

Aussi, le sénateur Romney n’hésite pas à exprimer son écœurement personnel devant l’omniprésence de la malhonnêteté et des égarements réguliers du président Trump. Prenant acte comment le présent président américain incite son entourage à obscurcir les faits, à déformer la réalité et à mentir ouvertement pour cacher ses liens avec la Russie et les turpitudes de son administration, Romney lance un vibrant son d’alarme à ses concitoyens.

Se basant sur l’accumulation des faits et des turpitudes révélés par le rapport, le sénateur de l’Utah accuse le président Trump d’avoir mis en place une culture immorale au sein même du bureau ovale. Non seulement le personnel de la Maison-Blanche est entaché, mais le président lui-même est au centre de ce cancer moral.

Plusieurs représentants et sénateurs démocrates, partant des conclusions du rapport Mueller, proposent d’enclencher immédiatement un processus de destitution du président Trump. Mais cette approche a peu de chance d’aller bien loin. Le leadership démocrate au Congrès, conscient des embûches liées à ce processus, y est d’autant plus opposé qu’il sait pertinemment que le sénat dominé par les républicains refusera d’adhérer à toute proposition de destitution.

Romney est le seul républicain à ce jour à élever la voix, à exprimer sa consternation ou à dénoncer le caractère immoral des actions du président et de son équipe. Bien qu’isolé au sein de son parti, Romney incite ses concitoyens à réfléchir sur les causes qui ont amené la société américaine à abandonner les aspirations et les principes qui avaient guidé les pères fondateurs des États-Unis.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.