Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
Afin que toutes les personnes désireuses de parrainer un réfugié puissent être sur un pied d’égalité, où qu’elles se trouvent au Québec, le dépôt du dossier devait être effectué par des messagers-coursiers — lesquels, dans les circonstances, ont dû être recrutés à des prix prohibitifs par de simples citoyens candidats au parrainage.
Afin que toutes les personnes désireuses de parrainer un réfugié puissent être sur un pied d’égalité, où qu’elles se trouvent au Québec, le dépôt du dossier devait être effectué par des messagers-coursiers — lesquels, dans les circonstances, ont dû être recrutés à des prix prohibitifs par de simples citoyens candidats au parrainage.

Une course de la honte pour le Québec

CHRONIQUE / Le ministre Simon Jolin-Barrette ne pouvait pas cautionner la honteuse course organisée dans les locaux montréalais du ministère de l’Immigration pour déposer des demandes de parrainage de réfugiés.

L’organisation de cette course a été cruelle et inhumaine. Elle n’a pas été à la hauteur de ce qu’une société comme la nôtre peut offrir; doit offrir.

Des personnes voulant parrainer des réfugiés ont dormi en fin de semaine sur des chaises dans des locaux du Ministère dans l’espoir de ne pas être trop loin dans la file au moment de l’ouverture des bureaux, lundi matin.

Trop loin dans la file d’attente signifiait être dans l’impossibilité de pouvoir présenter une demande de parrainage aux fonctionnaires.

Des citoyens ont rapporté des scènes d’intimidation, certains cherchant à couper la file et à soudoyer des gens arrivés avant eux.

Afin que toutes les personnes désireuses de parrainer un réfugié puissent être sur un pied d’égalité, où qu’elles se trouvent au Québec, le dépôt du dossier devait être effectué par des messagers-coursiers — lesquels, dans les circonstances, ont dû être recrutés à des prix prohibitifs par de simples citoyens candidats au parrainage. Cette condition a ajouté au chaos.

«Des améliorations doivent être apportées pour les prochaines périodes de dépôt. Le processus de dépôt de candidatures présentées par l’entremise de messagers soulève de nombreux questionnements quant à son efficacité. Il doit être revu», a bien entendu reconnu le ministre Simon Jolin-Barrette.

Programme public

On comprend les partis d’opposition d’avoir montré du doigt Simon Jolin-Barrette. On est en «politique» après tout. Et le ministre est l’ultime responsable dans l’ordre naturel des choses.

Mais pour que personne ne se lave les mains de ses propres responsabilités, il faut aussi de temps en temps rappeler que la haute hiérarchie des ministères — en l’occurrence, ici, celle de celui de l’Immigration — doit mettre en place des méthodes humaines d’organisation. Ou en proposer si elle le juge nécessaire.

L’a-t-elle fait dans ce cas-ci? Après tout, c’est cette hiérarchie qui est censée posséder la mémoire des choses.

La prise de décision politique ne lui appartient pas, mais la livraison optimale d’un programme public, oui.

Elle a ses torts dans cette affaire.

Le système de présentation des dossiers avait été le même en septembre 2018 — avant l’élection du gouvernement Legault. Il n’avait pas donné lieu à autant de problèmes que cette fois. Mais sa logique était déjà tout aussi viciée.

Si l’on veut bien partager correctement toutes les responsabilités, faut-il ajouter qu’en tenant comme il le fait le goulot d’accès au Québec pour les réfugiés, l’actuel gouvernement accroît la pression sur le système de parrainage? 

Il est vrai que l’exercice qui vient de se tenir «comporte les mêmes quotas que le précédent», comme l’a noté le ministre. C’est vrai pour ce programme précis de parrainage, qui dispose de peu de places.

Mais de façon générale, un fait demeure : le Québec accueillera moins de réfugiés en 2020 qu’il y a deux ans, soit un maximum de 7500 contre 8832. Et, selon les plans du Ministère, il n’en accueillera pas plus de 7500 par année jusqu’en 2022 au moins.

Ce chiffre demeurera le même, alors que le nombre total de personnes immigrantes au Québec passera d’environ 42 000 en 2019 (les données précises sont à venir) à quelque 52 000.

Ici, on est bel et bien en présence d’un choix politique.